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Mieux connaître les plastiques

Inoffensifs les plastiques ? Pas si sûr, nombre de leurs composés sont sur la sellette...

Films, bâches, gouttières, fenêtres et portes, câbles et faines, revêtements de sol, canalisations..., dans le domaine de la construction, nous n'échappons pas plus qu'ailleurs à l'omniprésence des matières plastiques. Mais derrière l'appellation plastique se cachent plusieurs types de matières synthétiques dont certaines sont préférables à d'autres.

« Les matières plastiques sont des matériaux organiques de synthèse fondés sur l'emploi des macromolécules (polymères). Les caoutchoucs sont aussi regroupés sous cette appellation. ». Ainsi l'encyclopédie libre Wikipedia définit-elle ce que nous appelons communément des plastiques. En termes plus scientifiques, ce sont des « matériaux artificiels qui, au moment de leur mise en oeuvre, sont suffisament modelables pour être mis en forme sous l'effet de contraintes extérieures (température, pression...) relativement faible avant de se solidifier ». Parmi la multitude de plastiques existants, nous avons retenu trois produits répandus ; un qu'il faut absolument éviter, et deux matières plastiques plus acceptables au regard des critères sanitaires et écologiques.

Écotoxique et coûteux à éliminer : le PVC

Fenêtres, câbles électriques, tuyaux, canalisations, revêtements de sol, gouttières... le PVC (polychlorure de vinyle, -(CH2-2CHCIn-) est sans aucun doute le plastique le plus utilisé dans le bâtiment. Or, de sa fabrication jusqu'à sa gestion en fin de vie, ce matériau pose de graves problèmes de santé et d'environnement1.

La production de PVC consomme beaucoup d'énergie, et le produit intermédiaire de fabrication, le chlorure de vinyle, est un gaz explosif et cancérigène. Les additifs (stabilisants, plastifiants, pigments, lubrifiants, retardateurs de flammes), que l'on ajoute au PVC en quantités élevées pour obtenir diverses propriétés, sont en majorité nocifs pour la santé ou écotoxiques (nocifs pour l'environnement) voire les deux à la fois. Les stabilisants sont souvent composés de sels de métaux comme le cadmium et le plomb ou de composés organoétains, composés que la Commission européenne a classé, pour nombre d'entre eux, comme nocifs et écotoxiques. Les plastifiants, essentiellement des phtalates, dont le plus connu est le DEHP (di-éthyl-hexyl-phtalate), peuvent provoquer des troubles du système immunitaire, du système nerveux et de la fécondité.

Vers l'interdiction du PVC ?

Suite à un incendie dans l'aéroport de Düsseldorf en avril 1996, lors duquel les émanations de dioxine ont causé la mort de seize personnes, environ 200 villes et municipalités allemandes ont appelé à renoncer au PVC. Depuis, dans nombre de ces villes, l'utilisation de PVC dans la construction, en particulier les bâtiments municipaux, est restreinte ou soumise à conditions. À Brême, par exemple, les papiers peints et les films en PVC sont interdits. L'utilisation de PVC à l'intérieur de bâtiments est admise uniquement lorsque cela est « techniquement inévitable ». La commune de Berlin interdit purement et simplement l'utilisation du PVC à l'intérieur des bâtiments.

NB : L'acide chlorhydrique gazeux (HCI), irritant, toxique et corrosif, est susceptible de provoquer la mort par oedème aigu du poumon. À titre d'exemple, indiquons que cent kilos de PVC peuvent libérer plus de 57 kilos de HCI, représentant 35 000 litres de gaz pur.

Source : site internet des sapeurs pompiers http://www.lessapeurpompier.fr

Une directive adoptée par la Commission européenne en décembre 199 interdit l'utilisation des phtalates dans certains jouets et articles de puériculture en PVC souple destinés à être mis en bouche (Le guide de l'habitat sain, Éditions Médiéco, 2002). De plus, trois pays européens ont ou vont légiférer pour réduire l'utilisation des phtalates ; la Suède, le Danemark et l'Allemagne (Idem, 2004). Enfin, le DEHP est classé cancérigène aux États-Unis.

Le déchet PVC pose autant de problème que sa fabrication. Son recyclage est techniquement possible, mais économiquement inintéressant : moins de 3 % des déchets de PVX sont recyclés en produits de moindre qualité. Le PVC en fin de vie se retrouve donc en grande partie dans les décharges ou dans les usines d'incinération. Cependant, en décharge, stabilisants et plastifiants continuent de se dégager. La combustion du PVC génère, quant à elle, des dioxines et de l'acide chlorhydrique corrosif. D'après Greenpeace, le PVC fait partie des sources plus importantes de pollution par les dioxines. On notera que la nocivité du PVC une fois posé (revêtement du sol, tuyaux) fait débat : selon certaines sources, le PVC nuirait surtout lors de sa fabrication et de son élimination. Au contraire, la revue allemande Oekotest soutient que les composés organoétains, tout comme les plastifiants contenus dans les revêtements analysés s'échappent constamment dans l'air des habitations.

Les alternatives parmi les matières plastiques

Mis à part des produits très particuliers (dans le domaine médical par exemple), il existe des alternatives pour toute application de PVC. Certaines matières plastiques sont facilement recyclables, ne causent pas de déchets toxiques et présentent un bon écobilan. Voici les deux plus importants :



Souvent imprimés sur les étiquettes
des produits, ces codes permettent de
reconnaître les plastiques auxquels on a affaire.

Les avantages des matières plastiques du types PE et PP par rapport au PVC sont évidents : non toxiques, leur écobilan est assez bon, leur élimination ne pollue pas beaucoup, et surtout ils sont recyclables en produits de haute qualité.

Des « tuyaux verts »

Pour choisir un produit à base de matière plastique, cherchez les abréviations des plastiques non toxiques (PE, PP, PET pour polyéthylène téréphtalate utilisé plus dans le domaine alimentaire et textile), ou leurs chiffres correspondants (1 = PET, 2 ou 4 = polyéthylène et 5 = polypropylène) sur le produit en question, et renseignez vous auprès du fabricant.


Les tubes de polyéthylène :
pour le transport de l'eau à la maison

Un produit à base d'une seule matière plastique est préférable à un mélange, car les plastiques mélangés ne sont que difficilement recyclables (coûts élevés) et ils donnent des produits de moindre qualité (downcycling). Vous pouvez également consulter les documents de Greenpeace qui dénonce depuis des années l'utilisation du PVC tout en valorisant les alternatives. Les tuyaux mis en vente par l'entreprise allemande Aquatherm sont un bon exemple : entièrement fabriqués en polypropène, ils portent l'indication « future product approved by Greenpeace »2.

Face à la montage vertigineuse de nos déchets (0,5 t par an et par personne dans l'Union européenne, selon l'Agence européenne de l'environnement), la Commission européenne vise à faire augmenter le recyclage, d'ici à 2008. Il devrait passer de 55 à 80 % pour tous les déchets. Au plus tard le 31 décembre 2008, les taux de recyclages suivant devront être atteints pour les matériaux contenus dans les déchets d'emballage : 60 % pour le verre, le papier et le carton ; 50 % pour les métaux ; 22,5 % pour les plastiques et 15 % pour le bois. Cette directive devrait être transposée en droit national au plus tard fin 2005. En prenant en considération les quasi 80 % des matières plastiques qui resteront à éliminer, le meilleur matériau de construction reste malgré tout celui qui est biodégradable ou recyclable, celui qui ne nécessite aucune gestion du type enfouissement ou incinération. Nous avons le choix, même si les alternatives sont malheureusement souvent plus onéreuses que le PVC et ses collègues : châssis de portes et de fenêtres en bois3 (local et/ou portant la garantie Forest stewardship council, pas d'essences tropicales !), revêtements de sol en bois, liège, carrelage ou vrai linoléum, gouttières en zinc, tuyaux en PP, en cuivre ou en grès, et câbles en PE et PP.

Si aujourd'hui vivre sans plastique est difficile, il est néanmoins possible de choisir parmi les produits existants ceux qui sont le moins polluants et le plus facilement recyclables. À vos logos...

Article mis en ligne le 19/01/06
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