Lintérêt de
largent
« Leffet papillon » du
monde économique
Lintérêt procuré
par largent est probablement le concept économique le plus
pernicieux car étant apparemment de petite valeur, quelques pour-cents,
il a tendance à être négligé, sous-estimé,
accepté comme une chose naturelle. Il avance masqué, et
comme il est lami de tous, ses méfaits ne lui sont jamais
attribués et son existence nest ainsi jamais remise en
cause. Pourtant, leffet papillon que la science nous a révélé,
montre que des petites causes peuvent engendrer de grands effets. Il
en est de même avec lintérêt. Nous allons en
examiner quelques aspects.
Il
a le pouvoir de transférer largent de ceux qui en manquent
à ceux qui en ont le plus.
Il masque bien sa capacité
fondamentale à transférer largent des mains de ceux
qui nen ont pas, à ceux qui en ont le plus. En effet, les
premiers sont obligés demprunter de largent car ils
en ont besoin pour vivre et les seconds leur prêtent puisquils
en disposent, nen ayant pas besoin. Ainsi, par exemple, pour 100
euros prêtés, il faut en rembourser 110. Les 10 euros dintérêts
sont donc pris à ceux qui ont besoin dargent, pour être
donnés à ceux qui en ont déjà. Lintérêt
est donc bien le facteur prépondérant de laccumulation
de richesse.
Un exemple, plus quantitatif, est tiré dune étude
qui a été faite en Allemagne par Margrit KENNEDY pour
montrer le fonctionnement insidieux de notre système monétaire.
Il ny a pas que ceux qui empruntent de largent qui payent
des intérêts, car, contrairement à ce que lon
pourrait croire, nous en payons tous, sans même nous en rendre
compte.
En effet, dès que nous achetons un bien ou un service, nous payons
toujours une part dintérêts incluse dans le prix
et cette part est fonction des investissements qui ont été
nécessaires pour la production considérée. Pour
des services de main-duvre, cette part est voisine de 10
%, mais elle peut atteindre 80 % si la production nécessite beaucoup
de capital et peu de main-duvre. En moyenne, la moitié
de nos prix hors taxes représente le coût du capital.
Létude a porté
sur 25 millions de foyers allemands, répartis en 10 classes (de
1 à 10) selon leurs revenus.
Pour chacune de ces classes, il a été pris en compte les
intérêts payés, inclus dans les achats de biens
de consommation, et ceux perçus par les placements de lépargne.
Les résultats figurent sur une courbe qui ne figure pas ici.
Cette courbe met en lumière que lintérêt ne
profite quà la tranche supérieure, cest-à-dire
à 10 % de la population la plus aisée, quil est
neutre pour les 10 % de la classe 9 et quil est prélevé
sur les 8 premières tranches soit 80 % de la population. Cette
courbe justifie aussi lappauvrissement des classes moyennes.
Le problème est quon a fait de largent une denrée
rare et chère, une « marchandise », et que largent
« créé » est réservé aux riches
qui en ont déjà... alors que ça devrait être
linverse.
La
croissance exponentielle ne se trouve pas dans la nature.
Pour justifier cela, il est intéressant
de rappeler lhistoire de la découverte du jeu déchecs
par un sujet dun empereur perse. Celui-ci, par enthousiasme, voulut
récompenser linventeur de ce jeu en lui offrant ce quil
désirait. La demande du rusé inventeur parut bien modeste
et fut donc acceptée. Il sagissait de placer un grain de
blé sur la première case de léchiquier, deux
grains sur la seconde, quatre sur la troisième puis de continuer
ainsi à doubler sur chacune des autres cases. Notre malheureux
Empereur, peu mathématicien, a été victime, sans
pouvoir lanticiper, dune croissance exponentielle car la
quantité de blé nécessaire à la dernière
case représentait des centaines de fois la production de toute
la planète.
Une seconde anecdote rappelle que le placement de quelques sous à
lépoque du Christ, à 4 % dintérêt,
correspondrait aujourdhui à plusieurs fois le poids en
or de la planète.
Enfin l'histoire vraie actuelle montre que les déficits budgétaires
successifs de la France ont conduit à une dette publique qui
aujourdhui (chiffres de 1999, mais ça ne s'est pas amélioré,
désolé d'être resté en francs, je trouve
que c'est plus "parlant", sans doute encore pour quelques
années) dépasse les 4000 milliards de francs, ce qui coûte
236 milliards de francs environ dintérêts par an,
soit plus de 646 millions par jour, ou 27 millions à lheure
ou enfin 450.000 F à la minute.
Par lintermédiaire de lintérêt, une
somme colossale est transférée du monde économique
au monde financier, et contribue à lasphyxie du premier
et à la congestion du second.
Les
banques créent bien largent des prêts, mais elles ne
créent pas simultanément largent des intérêts.
Quand on emprunte de largent
à une banque, par un simple jeu décriture dans ses
comptes (comme nous l'avons vu dans l'article "04
- Mais comment pousse la monnaie ?") , elle crée cet
argent ex nihilo et la masse monétaire saccroît dautant.
Cest linverse quand cet argent est remboursé, la
banque le fait alors disparaître de ses comptes et la masse monétaire
diminue.
Mais à cause de lintérêt, le mécanisme
est plus subtil. En effet, si lon emprunte à la banque
10.000 € à 10 % lan, on lui remboursera 11.000 €
lannée suivante. Mais la banque nayant créé
à lorigine que 10.000 €, comment pourra-t-on en rembourser
11.000 ? Doù proviendront les 1000 € de plus qui nauront
pas été créés par ceux capables de le faire
?
Eh bien ils proviendront de deux sources possibles :
Lune est celle des faillites, personnelles ou dentreprises,
car dans ce cas on perd bien un patrimoine qui avait une valeur, au
profit dune tierce personne.
Lautre est celle qui oblige à réemprunter pour rembourser
les intérêts du premier prêt, ce qui fait partir
dans la spirale sans fin du surendettement. C'est évidemment
la source la plus habituelle et la plus pernicieuse.
Comment
largent qui est passif, peut-il « produire » de largent,
cest-à-dire sautogénérer ?
Cest bien sûr une
impossibilité physique qui met bien en lumière la perversité
du mécanisme. Un billet de 100 € ne va pas générer
une pièce de 10 € et la masse monétaire qui tourne
pour dynamiser léconomie ne produit pas des billets pour
payer des intérêts. Ce nest que le travail qui crée
des richesses et si lon prête de largent à
un ami qui veut réaliser un projet, il est bien normal que ce
dernier partage ensuite les fruits quil en aura obtenus. Il pourra
alors rembourser celui qui lui a fait confiance et ajouter des "intérêts"
(que je préfère appeler "dividendes"), cest-à-dire
une partie de ses gains.
Mais au niveau dun pays ou de toute communauté autonome,
lintérêt na aucun sens puisquune collectivité
doit émettre la monnaie nécessaire à ses échanges.
Pourquoi
la monnaie est-elle sous-estimée en économie ?
Parce que la pensée économique
libérale historique veut quune monnaie soit « neutre
» et ne soit quun « voile » ne modifiant en
rien les échanges de biens et de services.
Cela est vrai, mais il y a un présupposé quil nétait
pas nécessaire de relever à lépoque.
La monnaie est bien neutre, mais à une seule condition, cest
quelle existe en quantité suffisante pour permettre de
réaliser les échanges.
Or aujourdhui ce nest plus le cas, il y a bien anémie
monétaire du circuit économique et elle est la cause du
chômage puis de lexclusion.
Il en est de même pour le corps humain. Quand il est en parfaite
santé, le sang est « neutre », on ne sen soucie
pas, il alimente harmonieusement tous les organes. Mais si les globules
rouges viennent à manquer, lanémie sinstalle,
le corps entier devient malade et le sang ne peut plus être «
neutre ». Eh bien, il en est de même pour la monnaie !
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