Revenir au sommaire de la série d'articles "Un autre regard sur l'économie"
Lire l'article précédent : 08 - Les évolutions génératrices de la crise

L'anémie monétaire du circuit économique
La cause essentielle du chômage

Il est intéressant d'établir les relations entre M1, P.I.B. et taux de chômage afin d'essayer de démonter que l’insuffisance de la masse monétaire est la cause de ce taux de chomage.

Avant tout, quelques précisions d’ordre général en ce qui concerne les «masses monétaires»

Il existe quatre « agrégats » monétaires qui s’emboîtent les uns dans les autres :
   M1, regroupe tous les moyens de paiement, billets, pièces, dépôts à vue (c’est-à-dire la monnaie scripturale). En résumé c’est M1 qu’on appelle la masse monétaire et elle comprend la monnaie fiduciaire (billets et pièces) ainsi que la monnaie scripturale (dépôts à vue).
   M2, regroupe M1 et la quasi-monnaie, c’est-à-dire les comptes sur livrets que l’on peut liquéfier sur-le-champ.
   M3, regroupe M2 et tous les avoirs à court terme gérés par les banques (Sicav, Fonds communs).
   M4, regroupe M3 et les titres négociables à court terme émis par le Trésor (Bons du Trésor) et par les institutions non bancaires (Crédit Foncier, Caisse des Marchés de l’État).

L’agrégat M4 est maintenant supprimé dans les bilans de la BCE, et se trouve inclus dans M3.
M2 et M3 sont des « ensembles vides ». Il n’y a de monnaie que dans M1 car la comptabilité de ces agrégats M2, M3 ne représente que des « transits » ; comme le disent les économistes, ce sont des « bulles monétaires ». Nous ajoutons que leur caractéristique est qu’elles sont vides.
Contentons-nous de vous laisser voir les relations existantes entre M1 (masse monétaire en circulation), le PIB et le taux de chômage...

Constatation des évolutions de M1, du PIB, du chômage

Dans le tableau qui suit, les trois colonnes de droite représentent des « possibilités » à partir des données des colonnes M1, PIB, Vitesse de rotation de M1 et pourcentage de chômage.

La vitesse de rotation est le nombre de "circuits" que réalise la monnaie en un an, de quoi produire le PIB. Elle ne se "décrète" pas, c’est juste une donnée qui est une observable à postériori et sur laquelle les pouvoirs publics ne peuvent avoir aucune prise, sauf à créer un impôt sur la thésaurisation (thèse de Gesell).

M1
PIB
Vitesse de rotation
de M1
% de chomâge
PIB possible
avec
chomâge=0
M1 souhaitable en
gardant la même
vitesse de rotation
Insuffisance
de M1

2000

2481
9216
3,7
9,9%
10128
2737
256
1995
1823
7675
4,2
11,6%
8690
2064
241
1990
1685,2
6509
3,9
8,9%
7150
1851
166
1985
1301,6
4700
3,6
10,2%
5242
1452
150
1980
678,4
2808
4,1
6,3%
3001
725
47
1975
426,5
1468
3,4
4,1%
1531
445
18
1970
234,2
794
3,4
2,5%
814
240
6
1965
177,2
483
2,7
1,5%
491
180
3
1960
95,8
297
3,1
1,4%
301
97
1

Pour 2000, le PIB a été de 9216 Milliards de francs. Il aurait été de 10128 Milliards de francs si tous les chômeurs avaient travaillé [9216 x 109,9 % ]. Mais dans ce cas la masse monétaire aurait dû être de 2737 milliards de francs en conservant la vitesse de rotation de 3,7 (calculée par le quotien PIB divisé par M1).
L’augmentation à 4,1 de la vitesse de rotation de la monnaie aurait le même effet puisque dans ce cas une masse monétaire de 2481, qui "tourne" 4,1 fois dans l'année, aurait produit 10172 milliards de F de PIB…
À vitesse constante de rotation de la monnaie (3,7), il aurait donc fallu (en 2000) un excédent de masse monétaire de 256 milliards de francs pour assurer le plein emploi.
Et la surprise est de constater que cela représente quasiment l’intérêt de la dette nationale, somme prélevée dans le monde réel économique pour enrichir le monde symbolique, financier.
Nous voyons bien que dans les années 60 à 70 "l'insuffisance de M1" était très faible... et que le taux de chômage l'était également .. la dégradation a commencé en 1975 pour atteindre des sommets à partir de 1985, année où l'écart entre la masse monétaire réelle et la masse monétaire souhaitable a été de 150.

L’anémie monétaire du circuit économique est bien la cause essentielle du chômage

Nous allons essayer de démontrer l’affirmation que l’anémie monétaire est la cause essentielle du chômage
Un petit calcul simple va l’illustrer.

Soit :
   N = la population totale du pays
   a = le pourcentage des actifs dans le pays
   t = le taux de chômage
   q = la production moyenne par actif au travail

Relation entre chômage et monnaie en circulation :

Allez, courage, un peu d’algèbre...

L’équation générale des transactions utilisée par Irving FISHER, dès 1894, relie la production vendue PV à la masse monétaire M en circulation et à la vitesse de circulation v de la monnaie : PV = M x v

La production totale PT du pays est :
PT = q x (N x a) x (1- t) [La production totale d’un pays est égale à la production moyenne par actif multiplié par le nombre d’actifs.]. Ceci semble assez évident... Ils sont compliqués ces économistes !

Toute la production est vendue si PV = PT,
donc, si M x v = q x (N x a) x (1 - t) [… si la Masse monétaire multipliée par la vitesse de rotation de la monnaie est égale à la production totale d’un pays...]

En extrayant le terme « t » (taux de chômage), on obtient la relation :
t = 1 - [(M x v) / (q x N x a)] […. le taux de chômage est égal à 100 % diminué de la masse monétaire multiplié par la vitesse de rotation de celle-ci, ce dernier terme divisé par la production moyenne par actif, ou, dit autrement : le taux de chômage est égal à 100 % diminué de la production vendue divisé de la production moyenne par actif.]

Donc, si la masse monétaire est égale à zéro ou bien que la vitesse de rotation de la monnaie est nulle, le taux de chômage est égal à 1 soit 100 %.
Donc, si la masse monétaire qui circule [représentée par (M x v)], reflète exactement la production, on a (M x v = q x N x a) et le taux de chômage est nul (t = 1 - 1 = 0).
Donc, il est illusoire d’espérer réduire le chômage sans une injection de monnaie suffisante.

A ceci je rajoute que quand je parle "d'injection de monnaie", je veux parler de la monnaie permanente, et non de monnaie temporaire issue des demandes de crédit et "productrice" d'intérêts (monnaie payante)...

Et pour répondre tout de suite à l'objection habituelle de ceux qui, entendant parler d'injection monétaire, pensent immédiatement "planche à billet"... non ! l'injection de monnaie n'est pas inflationniste à deux conditions :
   capacités productives inemployées (en équipement et en hommes, c'est-à-dire jusqu'à un chômage plancher que les économistes estiment à 2%)
   elle doit être concommitante avec la production... augmentée en même temps que la production augmente, diminuée si la production diminue, de telle manière que la monnaie en circulation permette d'acheter la production...


Revenir au sommaire de la série d'articles "Un autre regard sur l'économie"
Lire l'article suivant : 10 - Le saviez-vous ?


Cet article a été lu fois
depuis le 19/08/04
Editorial · Accueil · Articles · Ils l'ont fait ! · Infos pratiques · Fiches techniques · Le Bickel du mois · Liens utiles · Forum · Chat
Livre d'Or · Petites annonces · Historique du site · Remerciements · Contactez-nous
Onpeutlefaire.com · Reproduction et distribution autorisée sous réserve d'indiquer les sources