De l'électricité grâce
au soleil
La production d'électricité grâce
à l'énergie solaire trouvera bientôt son second souffle.
Les pessimistes qui estiment que le solaire ne peut subvenir à nos besoins
modernes en seront pour leur frais. En Californie, on construit depuis plus
de dix ans des centrales solaires de puissance, c'est à dire capables
d'alimenter en électricité des centaines de milliers d'Etasuniens,
ce qui n'est pas rien quand on sait que ces gens-là consomment en moyenne
six fois plus d'électricité que nous. A l'autre bout du monde
social, en Afrique, des pompes solaires désormais fiables permettent
l'irrigation de terres arides.
Il s'agit là de deux applications différentes en théorie mais qui aboutissent toutes deux à la production d'électricité. L'application dans les centrales californiennes par par un stade thermique : on produit de la vapeur grâce à la chaleur du soleil et cette vapeur fait tourner des turbines comme dans la plupart des centrales. Quant aux pompes sahéliennes, elles sont alimentées par de l'électricité qui provient d'une réaction du silicium à la lumière, l'effet photovoltaïque.
L'exemple
californien
Le soleil à peine levé sur le désert de Mojave, plusieurs
milliers de miroirs commandés par ordinateur se découvrent pour
lui faire face. Cylindro-parabolique, ils concentrent ses rayons sur des tubes
d'acier, enfermés sous vide dans une enveloppe de verre. A l'intérieur
de ces tubes, une huile synthétique est chauffée à près
de quatre cents degrés, puis mise en mouvement vers un générateur
de vapeur. Celle-ci ira alors frapper les pales d'une turbine d'alternateur.
Bienvenus sur les lignes de la South California Edison, 30 méga-watts
prennent aussitôt le chemin de Los Angeles, à deux cents kilomètres
de là. Ils sont rejoints par les 120 méga-watts des quatre tranches
contiguës et par les 44 méga-watts venus de la centrale de Dagget,
à quelques miles de là. Au total, près de 200 méga-watts
ou de quoi alimenter 270 000 californiens.
Science-fiction ? Nullement. La scène, devenue banale et quotidienne,
se passe à Kramer Junction. A Harper Lake, un peu plus loin parmi les
épineux et les cactus, une installation de 80 méga-watts s'est
vue progressivement rejointe, en cinq ans, par cinq autres de même puissance.
C'est dire qu'il ne s'agit plus de recherche,
ni même de démonstration, mais d'une réalité industrielle,
commerciale, énergétique : les centrales solaires de puissance
existent. Cette percée du solaire aux Etats-Unis ne pouvait sans doute
survenir qu'en Californie. La proximité géographique d'un désert
et d'une mégalopole comme Los Angeles l'explique moins que la concordance
entre les besoins et les ressources. En Californie, où la plupart des
bureaux et maisons sont dotés de climatiseurs, c'est quand le soleil
tape le plus dur que la demande électrique est la plus forte. Aussi la
majeure partie de l'électricité solaire est-elle vendue au tarif
des heures de pointe, le plus rentable pour les investisseurs.
Cette percée doit aussi beaucoup à une volonté politique.
Pour favoriser les ressources énergétiques nationales, et plus
particulièrement les énergies renouvelables, une loi oblige depuis
1978 les "utilities", sortes d'EDF locales, à acheter le courant
des producteurs indépendants. Mieux, elle en a fixé les tarifs,
selon le principe du coût évité, c'est-à-dire de
l'investissement auquel les "utilities" peuvent ainsi renoncer. Enfin,
l'Etat fédéral, puis celui de Californie, ont accordé aux
investisseurs des crédits d'impôts très avantageux. Fort
critiquée à l'étranger, cette politique a pourtant fait
la fortune des fabricants d'éolienne au Danemark, en Hollande et au Japon
autant qu'aux Etats-Unis. Ils ont ainsi construit des dizaines de milliers d'aérogénérateurs
près de San Francisco et de Los Angeles, dont la puissance totale approche
2000 méga-watts.
Surtout, cette politique a donné
au solaire, et particulièrement à la technique de la société
Solar Luz, le coup de pouce nécessaire au démarrage. Le kilowatt/heure
fourni par la première centrale coûtait 24 cents. Il est tombé
à 8 cents pour la plus récente, grâce à de nombreuses
améliorations techniques et aux économies d'échelle. Cependant,
Luz mène une politique active de lobbying à Washington pour que
les crédits d'impôts soient reconduits, et aussi pour que soient
repoussées les deux limites fixées aux producteurs indépendants
: celle de la puissance maximale par installation et celle de la part de l'énergie
classique d'appoint utilisée à la production.
Les centrales de Luz utilisent en effet du gaz naturel, en hiver pour compléter
l'apport solaire de la journée, et en été pour produire
après le coucher du soleil, alors que la demande électrique reste
forte et le courant vendu un bon prix. Ce fonctionnement mixte assure aux parties
turbines à vapeur et alternateurs un rendement maximal.
Le succès de la technique cylindro-parabolique ne manquera pas de surprendre ceux qui misaient sur les centrales thermiques à tour, où toute l'énergie lumineuse est concentrée en un point unique, créant bien des difficultés. Ainsi la centrale française Thémis de 2,5 méga-watts est aujourd'hui totalement délaissée. A croire qu'EDF l'a fait exprès, comme pour la trop grosse éolienne d'Ouessant qui s'est écroulée tout de suite.
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Une fine parabole |
La recherche
nous rapproche des centrales photovoltaïques de puissance
Les centrales thermiques solaires utilisés en Californie sont très
en avance sur les espérances suscitées par le photovoltaïque,
des cellules solaires à base de semi-conducteurs qui convertissent directement
la lumière en électricité. Des centrales à photopiles
existent bien en Californie mais aucune ne fournit plus de quelques méga-watts.
Les photopiles sont tout simplement encore trop chères, même si
leur coût ne cesse de diminuer et l'éventail des techniques et
des matériaux employés, de s'accroître. Le Japon, les Etats-Unis,
l'Allemagne mettent en oeuvre d'importants programme de recherche pour pouvoir,
par exemple, produire des photopiles en continu, en rouleau, à des prix
très bas, même si leur rendement reste faible. Les cellules à
couches minces qui équipent les calculettes japonaises, moins onéreuse,
améliorent sans cesse leur résistance au vieillissement et leur
rendement, qui approche désormais les 10%, contre 15 à 20% pour
les cellules au silicium cristallin.
La recherche technologique va bon train.
Les Allemands auraient mis au point des peintures photovoltaïques qui pourraient
servir à peindre et alimenter des voitures... Ailleurs, on essaie d'améliorer
les rendements et des résultats encourageants sont obtenus avec des méthodes
de concentration de la lumière comme les lentilles de Fresnel. De nouveaux
systèmes onéreux mais productifs émergent dans les services
de développement des industriels.
Les cellules multicouches ont aussi fait leur apparition. Elles sont constituées
d'un empilement de deux différentes couches minces de semi-conducteurs,
chacune absorbant une fraction du rayonnement solaire dans une longueur d'ondes
spécifique. L'ensemble permet un rendement de plus de 15%. Les tenants
de ces filières affirment que les couches minces pourront constituer
des centrales de puissance là où le rendement importe moins que
le prix, là où la place au sol n'est pas chère. Ainsi,
l'étasunien Chronar, l'un des spécialistes du silicium amorphe,
s'intéresse-t-il à l'électrification villageoise dans le
Maghreb.
Pour l'instant, pour les applications professionnelles
telles que télécommunications, pompage de l'eau et autres, les
cellules cristallines gardent encore la préférence des utilisateurs,
avant tout désireux de fiabilité.
Dans ce secteur, la recherche est moins théorique qu'industrielle. Elle
porte principalement sur les procédés de fabrications susceptibles
d'abaisser les coûts à la sortie de l'usine. Ainsi la société
Photowatt à Caen a-t-elle développé une scie à fil
perfectionnée pour ramener à 150 microns l'épaisseur des
cellules et diminuer les pertes de sciage.
L'électricité photovoltaïque n'a donc pas dit son dernier
mot. Si elle n'est pas en mesure aujourd'hui de concurrencer, au sein des grands
réseaux électriques, ni les sources classiques d'énergie,
ni le nucléaire, ni même le solaire... thermo-électrique,
elle paraît chaque jour d'avantage à même d'apporter une
énergie précieuse entre les mailles de ces réseaux. Les
applications professionnelles en ont fait la preuve un peu partout dans le monde
: alimentation des satellites, relais de télécommunications, phares
et balises, électrification de villages ou maisons isolés, de
refuge de montage, protection des pipe-lines, parcmètres, surveillance,
etc...
Le fonctionnement
des cellules photovoltaïques
L'énergie solaire a les mêmes caractéristiques de base que
l'énergie atomique. C'est d'ailleurs en espérant imiter le soleil
que des scientifiques ont cherché à exploiter les minerais radioactifs
de la Terre. Il s'agit dans les deux cas d'une réaction puissante de
la matière, la réaction nucléaire, qui dégage de
grandes quantités de chaleur et de rayonnement, lumineux ou pas, lorsqu'un
noyau d'atome se forme, la fusion, ou bien se disloque, la fission. Dans le
soleil, les deux réactions coexistent et il nous envoie une quantité
phénoménale de particules dont la plupart sont arrêtés
par notre atmosphère protectrice, par la couche d'ozone notamment. Néanmoins,
de très nombreux photons parviennent à la surface de notre planète
et le développement de la vie s'est fait en fonction de cette donnée
de base, voire grâce à elle. Les photons ne sont donc pas dangereux,
bien qu'ils peuvent tuer. Ils ont, avec l'eau, animé la matière,
la poussière des étoiles.
Les cellules photovoltaïques, des
petites plaques de silicium généralement regroupées en
panneaux, captent les photons du soleil pour les transformer en électricité
selon un principe assez simple que l'on peut résumer ainsi : le photon
tombe sur le silicium et y crée une petite tension. Toutes les cellules
étant reliées entre elles par des fils électriques, la
tension d'un groupe de cellules peut atteindre une certaine puissance et un
voltage suffisant pour alimenter des éclairages et de petits appareils.
Tout est affaire de rendement en matière de photovoltaïque et de
gros progrès technologiques seraient les bienvenus car ce mode de production
d'électricité reste encore limité en puissance et ne peut
prétendre au chauffage d'une habitation ou de l'eau chaude domestique,
ni de la cuisson des aliments, ni au repassage du linge, pas même l'utilisation
d'un aspirateur ou d'une machine à laver le linge. Pour ces fonctions,
d'autres alternatives existent, solaire thermique, énergie éolienne,
groupe électrogène, Pantone à eau.
Néanmoins, on peut couvrir facilement
les besoins en électricité pour l'éclairage, l'audiovisuel
et l'informatique, et même pour l'usage des ustensiles de cuisine comme
le robot électrique, à condition de ne pas trop prolonger l'utilisation.
Pour améliorer le rendement de son installation, on peut poser des panneaux
sur une terrasse de dallage clair bordée de murets peints en blanc, l'équiper
de réflecteurs, et surtout monter ses panneaux sur une structure orientable
aussi bien d'est en ouest que verticalement. Les panneaux solaires ont un rendement
de 30% d'électricité en plus si on prend soin de les orienter
au fur et à mesure de la journée et selon la hauteur saisonnière
de la course du soleil.
Le réseau
Hepsul
En attendant les centrales de puissance photovoltaïques, l'adage small
is beautiful fait une intéressante percée en France par l'intermédiaire
de l'expérience menée au sein du réseau Hepsul. Aujourd'hui,
environ 250 micro-centrales photovoltaïques ont été installées
chez eux par des particuliers.
Ces micro-centrales sont reliés au réseau EDF, ce qui permet
de faire l'impasse sur les batteries, qui sont des équipements chers
et polluants aussi bien à l'élimination qu'à la fabrication.
Avec ce système, la sur-production part directement dans le réseau
et en échange le réseau pallie au période de sous-production
ou aux besoins des appareils puissants. Cela fonctionne avec 2 compteurs : un
qui calcule la consommation normale et l'autre qui compte la production des
panneaux. Il reste à payer la différence à EDF. Sachant
qu'EDF rachète l'électricité produite par les particuliers
plus cher qu'elle ne facture l'électricité qu'elle produit, le
système permet d'avoir des factures très faibles et parfois positives
!
| Lecture
complémentaire : |
Sources
Guide
de l'Habitat Ecologique, Editions du Fraysse, pages 964 à 973