dédicace pour l'ex-président :
Voilà c'est fini....de jean-louis Aubert
Présidentielles 2012: les sujets qui ne seront pas abordés
Commencé par flanar l'ancien, jui 11 2011 22:43
144 réponses dans ce topic
#141
Posté 07 mai 2012 - 08:23
#143
Posté 07 mai 2012 - 13:06
Merci Flanar pour ce très pertinent texte de Vaneigem.
#145
Posté 14 mai 2012 - 20:26
Un texte pas du tout pertinent (
), quoique....
Un texte en tout cas léger et sympathique de l'humoriste suisso-slovène Gaspard Proust:
Cap Nègre, le 23 mai 2012
Cher Brice,
Merci de prendre de mes nouvelles. Tu es l'un des rares à le faire encore. Tu sais, j'ai changé. Fini le stage que j'ai décroché chezBouygues à ma sortie de l'Élysée. Martin m'a dit qu'on ne voyait plus que moi, au conseil d'administration, on commençait à l'appelerFillon. Je suis parti.
Je me suis installé au cap Nègre où je consacre mon temps à la littérature. C'est Estrosi qui me fait les lectures. Il a le talent de dédramatiser les textes les plus ardus. Dans sa bouche, Houellebecq sonne comme du Gavalda. Il le faut bien, car la vie n'est pas toujours rose ici.
Il y a les cigales, c'est insupportable, les cigales... Je ne m'y ferai jamais. Ça me fait penser à un groupe de lépreux se desquamant la peau à l'Opinel...
Heureusement que mon fidèle Guéant veille. C'est lui qui se charge de les reconduire aux frontières de la propriété. Il se soucie tellement de mon bien-être qu'il a même fait construire un mur sur le cap pour m'empêcher de voir passer les yachts. Il trouvait que ça affectait mon moral. Il n'avait pas tort.
Et puis, il y a les voisins ! Arrivée au pouvoir, la gauche a fait passer une loi qui oblige les riches à vivre avec les pauvres. Par souci de "diversité", de "vivre-ensemble" et autres niaiseries dont eux seuls ont le secret... Du coup, le premier étage de la villa est occupé par trois logements sociaux. Les riverains ont porté plainte ; ils n'en pouvaient plus des odeurs mêlées de friture et de truffe. Va comprendre cette logique qui consiste à faire vivre un alcoolique au-dessus d'une cave à vins. Cette gauche qui m'a tellement reproché l'impudeur individuelle, elle ne cesse de mettre en scène l'impudeur collective.
Bon, je sais bien qu'à ce niveau-là je ne suis pas irréprochable. En début de mandat, j'aurais pas dû transformer les médias en caméscope familial. Tout ça pour chauffer mon ex. Tout ça pour lui dire que j'en avais rien à foutre qu'elle se fasse démonter à tous les étages du Skyline de Manhattan par son Coppola du court-métrage publicitaire. J'ai perdu à ce jeu-là, je l'aimais encore. Dans le fond, les premiers mois, je n'ai pas fait autre chose que de lui hurler du Gloria Gaynor par écran interposé.
En agissant comme ça, en un rien de temps, je me suis accroché aux pieds la production mondiale de casseroles. Au moindre accroc, les médias n'avaient plus qu'à rappeler leur bruit. Ça m'a ravagé d'être à ce point coupable de tout et n'importe quoi. Parfois, au fond du trou, j'allais en cachette mater sur Internet des polices d'assurance pour vérifier que je n'étais pas une cause d'exclusion de couverture.
Je me console en regardant les premiers pas du nouveau. Il n'est pas assez maigre, tu ne trouves pas ? Vu les couleuvres qu'il va bientôt devoir avaler, il aurait dû prévoir large. De toute façon, pour lui, c'est facile. Partout, on s'enthousiasme sur sa gentillesse, on loue sa simplicité, on pérore sur sa normalité. J'avais balisé le chemin, il ne lui restait qu'à faire l'inverse de moi. Le soir de l'élection, les médias ont collé sa caisse au plus près pour bien montrer à la France qu'il roulait en Scenic, la Volkswagen du Français. Il ne manquait plus que l'autocollant "J'aime La Plagne !" au cul du coffre.
Dans les agences de pub, on brainstorme sans doute déjà sur cette nouvelle tendance : "Plouc is chic !" Si à 50 ans t'as pas une Scenic, t'as raté ta life ! On n'oublie pas de mentionner le détail essentiel ; un soir de victoire, le président carbure aux sandwichs ! Après le président des riches, le président des quiches ! C'est aussi à moi qu'on doit ça... Désormais, les quinquennats seront à l'image du type de miettes qu'on fait dans les premières heures du sacre. Les sandwichs qu'on avale, les restos qu'on fréquente, les copains qu'on croise ; l'avenir est à l'exégèse du casse-croûte postélectoral.
Je te dis tout ça, c'est peut-être parce que je ne me suis pas encore remis du débat d'entre-deux-tours. On m'avait promis une fraise des bois, je suis tombé sur une canneberge ! La baie diurétique ; en deux heures de débat, elle te fait suer cinq ans de bilan. C'était sa force. Lui, de bilan, il n'en avait pas. Et pourtant, quel aplomb ! On aurait dit moi. À 57 piges, le type a un passif aussi vierge que le surmoi d'un dictateur africain, et il te cause comme s'il avait libéré Paris et négocié Yalta. Je n'en revenais pas ! On aurait dit un puceau qui explique à un syphilitique comment on fait jouir une femme ! Quand il a eu son moment de l'anaphore, je me suis retenu pour ne pas pouffer. Le drame, c'est que dans les chaumières ça a produit son effet. La France qui découvre un nouveau mot ! Ouf, l'extension du domaine du champ lexical présidentiel est en marche !
C'est du passé. La République a repris ses droits. Le 8 mai, on a fait bonne figure, même si ça m'amusait de le voir hausser l'épaule gauche devant la gerbe pour éviter que la France ne s'aperçoive qu'on mesurait pareil au garrot.
De toute façon, c'était injouable. Le vote est devenu un grand zapping. Les Français en voulaient un autre, c'est tout. Ils s'en lasseront pareil. Plus personne ne fera jamais deux mandats. L'époque ne s'y prête plus. Mitterrand a été réélu, parce qu'il y a eu la cohabitation, Chirac, parce que Jospin s'est pris Le Pen au premier tour. L'Élysée va devenir une annexe du musée Grévin. Ce n'est peut-être pas plus mal. Pour couper des rubans tricolores, fleurir des tombes ou discourir avec les mots "République, rassemblement et France", un huissier peut faire l'affaire.
Tu me trouveras amer, je suis réaliste. Et heureux, d'être loin. Certes, parfois l'ennui me pèse et je suis au bord de péter les plombs. Dans ces cas-là, je déchire une Princesse de Clèves, ça me soulage. Et puis, Carla est là. Elle est restée, tu le crois ? Son filet de voix s'amincit de jour en jour, j'ai le sentiment que sur le prochain album on n'entendra plus que des acouphènes. Giulia grandit, elle est adorable malgré ses quelques problèmes de dyslexie. Elle commence ses phrases par "Toi, je". Je pense qu'elle manque de surmoi. On réfléchit à une transplantation, je suis un donneur compatible, mais le psy préfère attendre un peu.
Et toi, comment vas-tu ? L'Auvergne est belle ? Écris-moi encore, les mots "halal", "insécurité" et "immigration" me manquent.
Bien à toi,
Ton ami Nicolas

http://www.lepoint.f...1461266_562.php
Un texte en tout cas léger et sympathique de l'humoriste suisso-slovène Gaspard Proust:
Cap Nègre, le 23 mai 2012
Cher Brice,
Merci de prendre de mes nouvelles. Tu es l'un des rares à le faire encore. Tu sais, j'ai changé. Fini le stage que j'ai décroché chezBouygues à ma sortie de l'Élysée. Martin m'a dit qu'on ne voyait plus que moi, au conseil d'administration, on commençait à l'appelerFillon. Je suis parti.
Je me suis installé au cap Nègre où je consacre mon temps à la littérature. C'est Estrosi qui me fait les lectures. Il a le talent de dédramatiser les textes les plus ardus. Dans sa bouche, Houellebecq sonne comme du Gavalda. Il le faut bien, car la vie n'est pas toujours rose ici.
Il y a les cigales, c'est insupportable, les cigales... Je ne m'y ferai jamais. Ça me fait penser à un groupe de lépreux se desquamant la peau à l'Opinel...
Heureusement que mon fidèle Guéant veille. C'est lui qui se charge de les reconduire aux frontières de la propriété. Il se soucie tellement de mon bien-être qu'il a même fait construire un mur sur le cap pour m'empêcher de voir passer les yachts. Il trouvait que ça affectait mon moral. Il n'avait pas tort.
Et puis, il y a les voisins ! Arrivée au pouvoir, la gauche a fait passer une loi qui oblige les riches à vivre avec les pauvres. Par souci de "diversité", de "vivre-ensemble" et autres niaiseries dont eux seuls ont le secret... Du coup, le premier étage de la villa est occupé par trois logements sociaux. Les riverains ont porté plainte ; ils n'en pouvaient plus des odeurs mêlées de friture et de truffe. Va comprendre cette logique qui consiste à faire vivre un alcoolique au-dessus d'une cave à vins. Cette gauche qui m'a tellement reproché l'impudeur individuelle, elle ne cesse de mettre en scène l'impudeur collective.
Bon, je sais bien qu'à ce niveau-là je ne suis pas irréprochable. En début de mandat, j'aurais pas dû transformer les médias en caméscope familial. Tout ça pour chauffer mon ex. Tout ça pour lui dire que j'en avais rien à foutre qu'elle se fasse démonter à tous les étages du Skyline de Manhattan par son Coppola du court-métrage publicitaire. J'ai perdu à ce jeu-là, je l'aimais encore. Dans le fond, les premiers mois, je n'ai pas fait autre chose que de lui hurler du Gloria Gaynor par écran interposé.
En agissant comme ça, en un rien de temps, je me suis accroché aux pieds la production mondiale de casseroles. Au moindre accroc, les médias n'avaient plus qu'à rappeler leur bruit. Ça m'a ravagé d'être à ce point coupable de tout et n'importe quoi. Parfois, au fond du trou, j'allais en cachette mater sur Internet des polices d'assurance pour vérifier que je n'étais pas une cause d'exclusion de couverture.
Je me console en regardant les premiers pas du nouveau. Il n'est pas assez maigre, tu ne trouves pas ? Vu les couleuvres qu'il va bientôt devoir avaler, il aurait dû prévoir large. De toute façon, pour lui, c'est facile. Partout, on s'enthousiasme sur sa gentillesse, on loue sa simplicité, on pérore sur sa normalité. J'avais balisé le chemin, il ne lui restait qu'à faire l'inverse de moi. Le soir de l'élection, les médias ont collé sa caisse au plus près pour bien montrer à la France qu'il roulait en Scenic, la Volkswagen du Français. Il ne manquait plus que l'autocollant "J'aime La Plagne !" au cul du coffre.
Dans les agences de pub, on brainstorme sans doute déjà sur cette nouvelle tendance : "Plouc is chic !" Si à 50 ans t'as pas une Scenic, t'as raté ta life ! On n'oublie pas de mentionner le détail essentiel ; un soir de victoire, le président carbure aux sandwichs ! Après le président des riches, le président des quiches ! C'est aussi à moi qu'on doit ça... Désormais, les quinquennats seront à l'image du type de miettes qu'on fait dans les premières heures du sacre. Les sandwichs qu'on avale, les restos qu'on fréquente, les copains qu'on croise ; l'avenir est à l'exégèse du casse-croûte postélectoral.
Je te dis tout ça, c'est peut-être parce que je ne me suis pas encore remis du débat d'entre-deux-tours. On m'avait promis une fraise des bois, je suis tombé sur une canneberge ! La baie diurétique ; en deux heures de débat, elle te fait suer cinq ans de bilan. C'était sa force. Lui, de bilan, il n'en avait pas. Et pourtant, quel aplomb ! On aurait dit moi. À 57 piges, le type a un passif aussi vierge que le surmoi d'un dictateur africain, et il te cause comme s'il avait libéré Paris et négocié Yalta. Je n'en revenais pas ! On aurait dit un puceau qui explique à un syphilitique comment on fait jouir une femme ! Quand il a eu son moment de l'anaphore, je me suis retenu pour ne pas pouffer. Le drame, c'est que dans les chaumières ça a produit son effet. La France qui découvre un nouveau mot ! Ouf, l'extension du domaine du champ lexical présidentiel est en marche !
C'est du passé. La République a repris ses droits. Le 8 mai, on a fait bonne figure, même si ça m'amusait de le voir hausser l'épaule gauche devant la gerbe pour éviter que la France ne s'aperçoive qu'on mesurait pareil au garrot.
De toute façon, c'était injouable. Le vote est devenu un grand zapping. Les Français en voulaient un autre, c'est tout. Ils s'en lasseront pareil. Plus personne ne fera jamais deux mandats. L'époque ne s'y prête plus. Mitterrand a été réélu, parce qu'il y a eu la cohabitation, Chirac, parce que Jospin s'est pris Le Pen au premier tour. L'Élysée va devenir une annexe du musée Grévin. Ce n'est peut-être pas plus mal. Pour couper des rubans tricolores, fleurir des tombes ou discourir avec les mots "République, rassemblement et France", un huissier peut faire l'affaire.
Tu me trouveras amer, je suis réaliste. Et heureux, d'être loin. Certes, parfois l'ennui me pèse et je suis au bord de péter les plombs. Dans ces cas-là, je déchire une Princesse de Clèves, ça me soulage. Et puis, Carla est là. Elle est restée, tu le crois ? Son filet de voix s'amincit de jour en jour, j'ai le sentiment que sur le prochain album on n'entendra plus que des acouphènes. Giulia grandit, elle est adorable malgré ses quelques problèmes de dyslexie. Elle commence ses phrases par "Toi, je". Je pense qu'elle manque de surmoi. On réfléchit à une transplantation, je suis un donneur compatible, mais le psy préfère attendre un peu.
Et toi, comment vas-tu ? L'Auvergne est belle ? Écris-moi encore, les mots "halal", "insécurité" et "immigration" me manquent.
Bien à toi,
Ton ami Nicolas
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