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Nuit du 4 août


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9 réponses à ce sujet

#1 gregore

gregore
  • Localisation:23000

Posté 18 juillet 2011 - 18:34

Une info à faire circuler ;)

Dans le bourg de Peyrelevade, sur cette vieille terre de résistances, nous avons décidé de fêter à notre manière l’abolition des privilèges que la Révolution française proclama, et qu’il nous reste à réaliser. Deux siècles et demi après la première nuit du 4 août, la mise à sac de la planète par une oligarchie prédatrice qui vaut bien les aristocraties d’antan, atteint un point de non-retour. Les gouvernements qui avaient renfloué la Banque aux dépens des peuples prétendent maintenant sacrifier les peuples pour satisfaire la Banque.

Mais, des revolutions arabes aux places occupées d’Espagne et d’Europe, des émeutes de Grèce à celles de Londres, des blocages français aux grèves chinoises, le rêve d’un monde plus libre, plus égalitaire et plus fraternel connaît une nouvelle jeunesse.

Du 4 au 6 août prochain, venus des quatre coins du monde, insurgés victorieux, musiciens, travailleurs en butte à l’exploitation, saltimbanques, chômeurs heureux, étudiants enragés, citoyens au bord de la crise de nerf, cinéastes, irradiés en furie, militants lassés de s’indigner ou radicaux mélancoliques, écrivains, habitants des campagnes et des banlieues, bloggeurs, tous peu soucieux de leur reconnaissance par la société existante, se retrouveront dans les rues du bourg de Peyrelevade. Deux jours et deux nuits durant, il y aura des films, des interventions, des discussions, de l’ivresse, de la musique et des chants, l’inattendu au coin de la ruelle et les murs couverts d’expressions énigmatiques, un banquet et un bal populaire aussi. Il y aura sur cette nouvelle place Tahrir en zone rurale la même disposition à se rencontrer et à se parler que dans les rues de Tunis le 14 janvier dernier ou sur les piquets de blocage en France pendant le mouvement contre la réforme des retraites. Pour s’arracher ensemble au cours programmé de la catastrophe, et crier « Dégage ! » à tout ce qui entend nous gouverner.

Il y aura à la fin une assemblée d’où partiront, à coup sûr, des projets de bouleversement pour le siècle qui vient.

Comme disait un graffiti de la Puerta del Sol : « L’impossible ne peut qu’advenir. »

Nous vous attendons donc à Peyrelevade pour les Nuits du 4 août.


==========

Les 4, 5 et 6 août, à Peyrelevade

En présence de Satoshi Ukai, Fantazio, Gilles Clément, Zoubeir Chahab, Gilles
Perrault, Ouffnoon, Eric Hazan, Hakima Berrada, Quntet de bœufs, John Jordan,
Isabelle Frémeaux, Krekekekex koax koax, Florent Gouget, Danser dans le
silence, Arterroriste, Mylène Sauloy, bien d’autres encore et vous peut-être.

Le site des Nuits du 4 août :
http://www.nuitsdu4aout.com

Pour télécharger l'affiche :
http://ddata.over-blog.com/4/54/92/03/nuitsdu4aoutweb.pdf


Pour info ça devait se passer à Eymoutiers et ça a tout simplement été interdit quelques semaines avant... donc le rdv est maintenant à Peyrelevade !

#2 crepidule

crepidule
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Posté 18 juillet 2011 - 20:02

J'ai eu l'info, je me tatais pour y aller, ça fait loin du centre bretagne, enfin on verra j'aimerai bien!

#3 gregore

gregore
  • Localisation:23000

Posté 01 août 2011 - 14:58

hello,

Le programme est en ligne : Programme 4 août

Hésitez pas à faire le déplacement, y a un camping gratuit sur place...

#4 Tis

Tis

    Curieuse palmée

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Posté 07 août 2011 - 11:29

Ces nuits et journées étaient passionnantes mais bien trop courtes pour pouvoir assister et participer à tous les débats, conférences, films, concerts, etc. dans tous les lieux différents.
A mon avis une semaine entière aurait été nécessaire pour ne pas repartir frustrée de tout ce que j'ai loupé.
Bravo en tous cas aux organisateurs pour la richesse de ces rencontres avec probablement plus d'un millier de participants venus de partout et qui ont su s'autogérer tranquillement dans toutes les activités.

#5 Tis

Tis

    Curieuse palmée

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Posté 26 août 2011 - 17:54

Pour ceux qui n'ont pu venir voici le texte de l'intervention de Satoshi Ukaï (Professeur à l'université d'Hitotsubashi) dans le débat sur le Japon après Fukushima :

    Les nuits du 4 août (4, 5, 6 août 2011@ Peyrelevade)

Qu’on parle d’un avant et d’un après du 11 mars 2011 en référence au 11 septembre, est-ce que cette césure te semble pertinente pour l’histoire du Japon, est-ce que le pays a changé ?

La double rime entre les noms propres et les dates, c’est-à-dire entre Hiroshima et Fukushima, d’une part, et entre le 11 septembre 2001 aux Etats-Unis et le 11 mars 2011 au Japon, d’autre part, s’est imposée à un certain imaginaire historique japonais. Elle peut être heuristique, mais elle risque aussi de désorienter tant notre réflexion que notre pratique. Heuristique, dans la mesure où cette double rime nous permet de situer le triple cataclysme causé par le séisme, par le tsunami et par l’accident nucléaire qui a affecté le Japon oriental dans le contexte historique d’un pays largement déterminé par son rapport aux Etats-Unis. Je me permettrais de vous rappeler que la réalité même de Hiroshima et de Nagasaki après les bombardements atomiques était largement ignorée par la majorité de la population japonaise à cause de la censure imposée par les Américains pendant toute la période de l’occupation qui n’a pris fin qu’en 1952. Or deux ans après de l’indépendance du pays, en mars 1954, un bateau de pêche japonais, qui s’appellait Dai-go-Fukuryumaru, s’est trouvé juste par hasard dans les parages de l’atoll de Bikini quand les Américains y ont effectué une expérimentation de l’explosion d’une bombe à hydrogène. Un des pécheurs, M. Kuboyama, a été gravement irradié et a trouvé la mort quelques mois après. A ce moment-là, un groupe de femmes à Tokyo a pris l’initiative de lancer une pétition pacifiste pour protester contre toute forme d’expérience nucléaire et a réussi à rassembler une trentaine de millions de signatures. C’est au cours de ce mouvement que les Japonais sont enfin parvenus à connaître ce qui s’est vraiment passé à Hiroshima et à Nagasaki et la suite. Ce qui a eu un impact assez important sur l’administration Eisenhower qui a commencé à s’inquiéter de voir le Japon devenir hostile aux Etats-Unis et basculer dans le camp communiste. La guerre de Corée venait de prendre fin et nous étions au cœur d’une guerre froide qui n’a pas toujours été «froide» en Asie orientale.
Ce que je vais te dire maintenant n’est pas un roman policier, mais un fait historique aujourd’hui parfaitement établi à l’appui des documents diplomatiques américains qui sont aujourd’hui accessibles : un agent de la CIA a été envoyé au Japon avec la mission d’introduire dans l’opinion publique l’idée d’un usage pacifique de la technologie nucléaire conformément à la fameuse déclaration par le président américain en 1953 sur «Atoms for peace». Il a trouvé un interlocuteur valable dans la personne d’un employé d’une chaîne de télévision privée nouvellement créée, Nihon TV, qui a su le présenter à nombre de politiciens conservateurs dont Nakasone Yasuhiro, le futur premier ministre dans les années 80. C’est comme ça que l’histoire du nucléaire civil a commencé dans un pays qui, en même temps, s’est doté d’un nouveau consensus national selon lequel il est la seule victime des bombardements atomiques dans le monde et il a donc la mission de prendre l’initiative de faire disparaître toutes les armes nucléaires de la surface de la terre. Depuis le déclenchement de l’accident nucléaire à Fukushima, toute cette page historique absolument contradictoire et donc profondément refoulée a refait surface si bien que, en revenant à la césure à laquelle tu a fait allusion, je dirais que l’après 11 mars a jeté une lumière crue sur l’avant 11 mars, je veux dire sur toutes les conditions historiques par lesquelles nous sommes arrivés à cette catastrophe. Bref, tout cela n’a eu lieu que sous l’ombre américain et cela jusqu’à l’opération «Tomodachi» (mot pour «ami» en japonais) que les Américains ont lancée au titre de l’aide internationale aux victimes, et grâce laquelle ils ont espéré améliorer leur «image» au Japon, ternie par leur tentative d’imposer la construction d’une nouvelle base militaire à Okinawa.
Mais je crains fort d’autre part qu’un accent excessif mis sur cette césure ne soit parfois incantatoire au point qu’on a tendance à croire qu’un changement irréversible s’est déjà produit. A mon avis, cette nouvelle situation nous donne plutôt pour tâche de bien orienter la pratique sociale pour qu’un changement profond enfin intervienne, et cela aussi bien dans la politique énergétique au sens précis du terme que dans l’ensemble de la culture politique du pays. Bref, le 11 mars 2011 pour le Japon, à mes yeux, tout comme le 11 septembre 2001 pour les Etats-Unis, constitue, plutôt qu’une rupture imprévisible, un aboutissement d’un processus historique dont la responsabilité incombe essentiellement à son pouvoir étatique et capitaliste, bien sûr, mais aussi, au peuple japonais entier qui somnolait si longtemps dans un «mythe de la sûreté nucléaire» et n’a pas su empêcher l’industrie nucléaire de mettre sa survie en danger. Avec la prise de conscience de l’élargissement incontrôlable de la contamination alimentaire et la perte de la légitimité de l’ordre établi qui s’ensuivra, j’espère que le peuple japonais se frayera une voie pour se rendre autonome vis-à-vis de l’appareil d’Etat et de la domination des grandes entreprises.

La catastrophe nucléaire a effacé de la conscience collective d’autres fléaux, à savoir le tremblement de terre et le tsunami, donc on se focalise sur Fukushima alors que les régions sinistrées sont beaucoup plus vastes… Où en sont les populations concernées ?

C’est aussi pour cela que j’ai évoqué à l’instant le risque d’une désorientation. Fukushima, un nom propre aussi bien pour le département que pour le siège de la municipalité, n’est pas apte à représenter l’ensemble des lieux affectés. D’une part, au niveau du nombre des victimes, des morts et des disparus, le département de Fukushima vient, il faut bien le rappeler, en troisième position après ceux de Miyagi et de Iwate, dont la partie côtière a été presque complètement rasée par le tsunami et où la population reste gravement traumatisée comme si le temps s’était arrêté le 11 mars… D’autre part, il faudra avoir le minimum de connaissances historiques pour comprendre les relations très complexes entre les trois zones composant le département de Fukushima. Celles-ci, en effet, n’étaient pas du même bord dans une guerre civile qui a abouti à la Restauration de Meiji en 1868 et cette mémoire troublante, vielle d’un siècle et demie, risque d’être réactivée  dans la conjoncture actuelle dans la mesure où, à la différence de Hiroshima et de Nagasaki, l’accident nucléaire à Fukushima pose la question de la responsabilité au niveau local : qui a accepté l’installation des centrales nucléaires ? ; qui en a profité depuis des décennies?, et finalement, qui a déshonoré le nom de Fukushima devant le monde? etc. La radioactivité contamine non seulement l’environnement – la terre, la mer et l’air - mais aussi le nom propre. Notons qu’il devient déjà quelque peu difficile qu’une jeune femme, plutôt qu’un homme, se dise issue de Fukushima de peur de faire l’objet d’une discrimination lors d’un mariage, par exemple. Donc, nous devrions être très prudents devant une certaine politique du nom propre qui s’organise inexorablement autour du nom de Fukushima. A vrai dire, la région nord-est du Japon dont fait partie Fukushima a toujours été à la fois sous-développé et surexploité par le pouvoir central depuis la série des guerres de conquête de caractère colonial qui remonte au 9e siècle. L’électricité produite par les centrales nucléaires à Fukushima a été toute destinée à la consommation de Tokyo. Il faut remettre en cause à cette occasion ce rapport dissymétrique entre les grandes villes et les communautés rurales avec tous les privilèges dont jouissent les habitants de la capitale.
En ce qui concerne la situation des populations des trois départements qui ont été évacués, il faut bien dire que la plupart d’entre elles continuent à vivre, soit dans des refuges, soit dans des bâtiments préfabriqués précipitamment construits pour elles, dans une angoisse qui, au fil du temps, ne fait que grandir d’autant plus que la série des répliques à une magnitude assez importante est loin d’être terminée. On propose par ailleurs l’appellation d’une nouvelle catégorie de victime : «diaspora nucléaire». Parmi les producteurs agricoles ou pécheurs, il y en a qui se sont suicidés, désespéré de trouver un avenir dans leur travail...

Il y a quand même des mouvements de solidarité avec ces populations, liés ou non à une mobilisation anti-nucléaire. Peux-tu nous en expliquer l’origine et la structure ?

Oui. Mais je dirais d’abord que les organisations de solidarité avec les sinistrés et celles qui se donnent prioritairement la mission de faire sortir le pays du nucléaire sont relativement distinctes même s’il y en a qui s’occupent des deux aspects. L’appel aux jeunes pour venir en aide auprès des sinistrés comme volontaires est lancé en permanence par différentes instances qui vont des partis politiques aux groupes religieux en passant par les ONG. L’originalité de la mobilisation anti-nucléaire telle qu’on l’a vécue jusqu’au 11 juin et au-delà requiert un autre type d’analyse. Je souligne d’abord l’importance d’un groupe de jeunes qui se nomme «la révolte de n’importe qui (shirouto-no-ran) » grâce auquel le mouvement a pu surmonter une faiblesse de mobilisation dont on a longtemps souffert à Tokyo. La participation massive des jeunes à la manifestation organisée par eux le 5 avril à Kôenji -leur fief-, a été effectivement une bonne surprise, surtout pour les vieux militants comme moi. Derrière l’apparence de la spontanéité, on doit imaginer des années d’efforts pour réanimer politiquement les rues de la capitale avec l’invention d’un nouveau langage…
Je suis actuellement un membre de l’organisation, le Conseil d’urgence sur l’accident nucléaire à Fukushima, qui englobe plusieurs organisations et nombreux individus partageant la volonté de faire évoluer la politique énergétique du pays. Il se donne particulièrement trois objectifs :
- organiser le lobbying auprès du gouvernement, des ministères concernés et des parlementaires, ayant pour le moment pour objectif principal du retrait d’un critère inacceptable, décrété par le Ministère de l’Education nationale, selon lequel les enfants ne courraient aucun danger sur le plan de la santé si la radioactivité dans leur environnement ne dépassait 20 m/sv par an ;
- faire pression sur les syndicats des compagnies d’électricité qui sont maintenant complices de l’industrie nucléaire pour ébranler leur hégémonie parmi les travailleurs et, espérons-le, faire évoluer leur position ;
- construire un réseau de soutien pour les travailleurs des centrales, qu’ils soient embauchés à titre individuel ou employés dans des sociétés de sous-traitance, pour que ceux-ci prennent conscience des risques encourus et des moyens pour se protéger.

  La réalisation de ce rassemblement a été rendue possible par la collaboration de différentes générations et de différents types de militantismes. Nous pouvions aussi compter sur lÂ’expérience et la connaissance des experts chevronnés, opposants au nucléaire civil pour nous orienter. L’émergence dÂ’un premier mouvement de contestation contre les centrales nucléaires date du début des années 70. Personnellement, jÂ’ai appris à cette époque lÂ’essentiel sur le problème des centrales nucléaires, sur le danger insoluble des déchets nucléaires aussi bien que sur la fragilité difficilement surmontable de la structure du réacteur atomique dans un pays menacé en permanence par les cataclysmes naturels. Depuis cette période, et surtout après le séisme survenu à Kobe en 1995, les alertes des experts se sont suffisamment multipliées pour pouvoir réfuter la thèse de Tepco selon laquelle cet accident n’était pas prévisible. Il faut bien dire quÂ’on a toujours pu trouver, dans des librairies japonaises, de nombreux livres critiques sur les centrales nucléaires auxquels, hélas, les partisans du nucléaire civil ont fait la sourde oreille.

Comment est-ce que tu as aperçu la forme d’empathisation qui était à l’œuvre dans les médias français, et plus généralement occidentaux ? Et la deuxième partie de la question : comment la puissance nucléaire qu’est la France est-elle perçue aujourd’hui par les rangs des mouvements anti-nucléaires japonais ?

J’ai été passablement surpris par l’apparition de la série d’épithètes avec lesquels les journaux occidentaux ont qualifié les comportements des populations juste après le tremblement de terre et le tsunami : calme, bien discipliné, patient, etc. A la réflexion, je crois maintenant pouvoir comprendre cette réaction qui pourrait paraitre néo-orientaliste comme un effet de la méconnaissance de la régularité historique des tremblements de terre et des tsunamis dans cette partie de l’archipel qui s’appelle le Sanriku, la régularité telle qu’elle impose un dispositif de prévention spécifique à l’égard de la population locale. J’ai été également surpris par le fait que Nicolas Sarkozy s’est invité à l’improviste seulement une dizaine de jours après les événements alors que la majorité des Français étaient rentrés chez eux en obéissant à la consigne donnée par l’ambassade de leur pays. Nous savons aujourd’hui que son objectif a consisté à vendre une machine de purification de l’eau contaminée fabriquée par la compagnie Areva, qui s’est révélée par la suite assez défaillante d’ailleurs, ce que je crains néanmoins n’être que le début d’une assistance technique qui risque de durer pour des décennies jusqu’à l’arrêt définitif des centrales. Nous sommes maintenant bien conscient de la complicité internationale profonde en matière de nucléaire civil et/ou militaire, surtout entre trois pays particuliers, à savoir les Etats-Unis, la France et le Japon. Le Japon est le seul d’entre eux qui ne soit pas doté de l’arme nucléaire. Mais nous, militants japonais anti-nucléaires, soupçonnons toujours l’ambition atomique du clan conservateur à laquelle le premier ministre actuel, Kan Naoto, malgré toutes ses prises de décisions au début de la crise qu’il faut dénoncer, aurait au moins le mérite de rester étranger. D’où la complexité de la conjoncture politique dans le Japon d’aujourd’hui. D’après ce que j’ai compris sur le processus historique qui a amené à un consensus quasi national sur la politique nucléaire en France, il me semble que le problème se pose toujours en terme de souveraineté : souveraineté militaire, souveraineté énergétique, etc. Mais la France est en train de se voir encerclée par les pays voisins qui ont décidé de sortir du nucléaire. Le contexte géopolitique européen ne lui permettra plus de se poser la question exclusivement en terme de souveraineté d’autant moins que, comme nous le vivons après Fukushima, les dégâts causés par un accident nucléaire sont immédiatement planétaires. J’espère qu’elle fera un pas décisif pour sortir de sa hantise hexagonale aussi bien sur ce point que sur bien d’autres car la sortie du nucléaire ne se réalisera que grâce à une solidarité d’emblée internationale…

Satoshi Ukaï


Modifié par Tis, 26 août 2011 - 17:58 .


#6 strychnine

strychnine

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Posté 27 août 2011 - 07:05

Merci Tis, très intéressante lecture...

#7 Tis

Tis

    Curieuse palmée

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Posté 28 août 2011 - 08:27

Oui Strychnine et, quoique trop courte, ce fut aussi une très belle rencontre avec lui.


A propos de cet évènement voici quelques petites anecdotes qui montrent un peu comment fonctionne la censure sur la toile.

La 1ère c'est que le 4 août j'ai tenté de me servir de viamichelin.fr pour voir mon itinéraire. Mais bernique ce jour-là il ne connaissait pas Peyrelevade en Corrèze !
Pour tout dire cela ne m'a pas gênée car, d'une part, il affichait tout de même la carte du département, d'autre part, je connais déjà ce coin du Limousin et, enfin, j'ai une bonne carte dans ma voiture.
Bien sûr à mon retour après la fête, 3 jours plus tard, ce site avait retrouvé la mémoire.

La seconde est que, sur place, j'ai lu un article du journal local La Montagne, daté du 5 août. A mon retour il n'était accessible sur le site internet qu'aux abonnés et actuellement n'est même plus référencé, même dans les archives.

La troisième est que Gogol actualités ne trouve aucun lien rapportant cet évènement au cours du dernier mois.


Histoire de montrer que la censure est vaine et inutile, nous pourrions donc nous amuser à mettre ici tout ce que nous pouvons trouver à ce sujet.

#8 strychnine

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Posté 28 août 2011 - 09:07

C'est une excellente idée!!
Référençons!!
Et sur nos blogs, si nous en avons...
Continuons d'être des grains de sable...
Il est certainement préférable de faire du copié-collé, avec les liens vers les sources, au cas où ... ;)

Ce fut donc à Peyrelevade …

Plus de 2000 personnes, venues de toutes parts, ont fait le chemin de Peyrelevade les 4, 5 et 6 août, en dépit des messages de panique répandus dans l’espoir d’empêcher que cette fête n’ait lieu.
La fête a donc bien eu lieu, dans une de ces rares communes françaises où des représentants élus mettent encore un point d’honneur à ne pas se contenter de fleurir les ronds-points et d’accueillir les vide-greniers.

Le nombre des participants dépassa même quelque peu les espérances des organisateurs. Deux jours, deux nuits, de liesse lucide pour une foule que tout parvenait à convaincre qu’elle vivait là un de ces moments réputés impossibles, un moment d’où s’étaient effacés la barrière de l’argent, le soi-disant fossé des générations, et tous ces messages de désespérance que les pouvoirs, médiatiquement appuyés, s’attachent, chaque instant que la vie fait, à envoyer aux populations pour nourrir le sentiment d’impuissance collective.

Deux jours, deux nuits, où tout n’était que rencontres, écoute attentive, intelligence, don et gratuité, portés par une centaine de musiciens, comédiens, acrobates, conteurs, poètes, cinéastes, conférenciers et autres combattants venus témoigner de leurs guerres contre l’actuel système de domination.

Une curieuse alchimie Â…

Organiser une fête, c'est viser ce point où l'organisation s'efface devant ce qui y advient. Ce point d'évanouissement de la logistique, de la séparation entre organisateurs et organisés, on peut dire que nous l'avons vécu assez continûment durant ces deux jours, et ce fut une grâce ! Si la fête a été réussie, c'est que, plus qu’une fête, elle fut une promesse vivante projetée sur l’avenir, l’ouverture délibérée d’une brèche dans le cours programmé des défaites et des renoncements.

Un des moments les plus magiques fut celui du banquet le vendredi soir, qui rassembla à la même table plus de 600 convives. Est-il si courant en ce bas monde, qu’un groupe de cinquante personnes sans moyens particuliers, s’offrent la compagnie de tant d’invités, illustres ou anonymes, sans devoir les faire passer à la caisse ?

Est-il si courant par ailleurs que se tienne un événement procédant d’autant de talents conjugués, réunissant tant d’intervenants, d'efforts cumulés, de concours spontanés et d’aides matérielles gracieuses, sans que personne ne songe à en tirer un euro ?

Retour du politique Â…

Les Nuits du 4 août, ce fut aussi tellement d’heures de prises de parole et de discussions passionnées, qu’il est presque impossible d’en faire la synthèse. Retenons seulement quelques points :

- Des centaines de personnes ont réussi à parler et débattre politiquement, deux jours durant, sans se référer à aucun des partis existants, fût-ce pour les conchier. Cela est signe qu'une vie politique arrive à maturité, qui ne doit rien au théâtre des institutions : la scène politique n'est à l'évidence plus le lieu du politique, mais de son occultation.

- Il semble qu'à mesure que le politique déserte la scène, ce soit à même les territoires, donc localement, que le conflit resurgisse, avec une vigueur et une résolution inédites. Comme actuellement dans le Val de Suse en Italie.

- L'exemple tunisien nous enseigne que le principal piège qui est tendu aux révolutionnaires de ce temps, quand ils parviennent à faire trébucher le régime, est l'illusion, issue de la Révolution Française, d'un « processus constituant ». C’est-à-dire l'idée que l'on pourrait à nouveau déléguer à une assemblée élue, à une « Constituante », le soin de fixer les conditions modernisées de l'usurpation du pouvoir du peuple par un nouveau régime. Ces processus constituants ont pour principal effet de désarmer le peuple en redivisant ce qui avait réussi à s'unir au moment de la révolte, effaçant jusqu'aux traces de celle-ci.

- Sous toutes sortes de formes, ce qui revient au centre des combats de l'époque est la question de la « démocratie », c'est-à-dire de son caractère problématique.

- Devant la démonstration assénée par Fukushima, le mouvement anti-nucléaire est à la veille d'une renaissance. La France ne sera pas épargnée.

- Au terme de ces deux jours de discussion, la confusion reste grande sous le ciel et dans les esprits. De futures initiatives devraient contribuer à la résorber.

S’organiser contre les « organisations » …

Par leur déroulement même, les Nuits du 4 août ont au moins prouvé ceci :

- Un collectif, en s'organisant pratiquement, parvient à faire de la pluralité des sensibilités une source de richesse, et non de paralysie et de querelles.

- L'époque est bien notre condition commune. Il est possible de se ressaisir de l'époque localement sans que ce qui se passe au loin, dans le temps ou dans l'espace, ne soit traité comme une chose exotique, comme simple objet de curiosité.

- En dépit de l'extrême séparation régnant dans cette société, notre aptitude à nous organiser collectivement est à peu près intacte, comme restent bouleversantes les joies qui en découlent.

- Au prix d'un peu d'entêtement, et malgré l'hostilité des autorités, on peut organiser de grandes choses à quelques-uns, sans rien attendre de personne. La satisfaction est alors à la mesure des risques pris.

Faire mentir les bonimenteurs Â…

Si les Nuits du 4 août sont parvenues à démontrer quelque chose, c’est avant tout que « la guerre de tous contre tous » n’est qu’une chimère dans l’imaginaire ravagé des Pouvoirs. Si nous sommes parvenus à rassembler 2000 personnes au fin fond du plateau de Millevaches, à partir d’une plateforme de révolte et d’exhortation au combat - en restant par ailleurs convaincus que nous aurions pu en faire dix fois, voire cent fois plus, si nos forces l’avaient permis - c’est simplement que le peuple réel diffère fondamentalement de ce qu’en reflètent les télévisions.

Le peuple réel est tout autre chose que ces visions de foules hagardes que l’organisation dominante convoque dans ses espaces sous contrôle : pour un rallye, un match de foot, un bain de soleil sur une plage, une quelconque grand-messe du showbiz ou de la culture, ou dans la galerie marchande du samedi après-midi.

Quand lÂ’impossible ne peut quÂ’advenirÂ…

Non, la détermination populaire et la vie qui résistent n’ont pas été éradiquées. Elles restent entières, contrairement à ce que martèlent, toujours prompts à vendre la peau de l’ours, tenants et valets d’un système dont ils sont les seuls à s’éblouir.

Si, au fond, les Nuits du 4 août ont pu s’envisager et se dérouler avec cette texture si singulière, c'est que « el imposible no puede que ocurrir ». Ce qui était perceptible là, c’était non le caractère exceptionnel des organisateurs, mais bien celui des circonstances historiques dans lesquelles nous vivons.

Tout reste donc à faire !

http://www.nuitsdu4aout.com/

#9 Tis

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    Curieuse palmée

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Posté 29 août 2011 - 11:18

Sur le même site on trouve aussi 3 interviews enregistrées par Radio Vassivière :

- Eric Hazan sur la révolution française
- Serge Quadruppani et Gérard Monédiaire à propos des résistances
- Guy Valente sur l'organisation des Nuits du 4 août

Cette dernière me semble particulièrement intéressante car elle explique comment un petit groupe informel peut organiser ce genre de rencontre : http://www.nuitsdu4a...re-5313226.html


Voici aussi le compte-rendu de Quadruppani sur son blog :

Alors, c'était comment, les nuits du 4 août?

Un ami, dès l'aube de ce jour, m'a envoyé un mot pour me demander comment s'étaient passées les Nuits du 4 août, je lui ai répondu: "P…, ce n'est pas pour retourner les couteau dans la plaie, je suppose que tu sais que je n'emploie pas les superlatifs à tort et à travers, mais ça a été extraordinaire. Salle des fêtes du village que nous avons été obligés d'afficher complet (contenance 180 personnes) et haut-parleurs placés sur les fenêtres pour que dehors plusieurs dizaines d'autres puissent suivre les rencontres-débats très riches sur les révolutions arabes, la révolution française, Fukushima, etc. Forum qui se tenait en même temps également complet, les deux points cinémas pleins, expo sur Oaxaca vraiment bien, débat sur no-tav un triomphe pour les copains venus du val de Susa, musique partout, banquet populaire offert à plus de 700 personnes (menu: la soupe faite en commun, le ragoût d'agneau cuisiné par 20 personnes différentes dans leurs cuisines, et les gâteaux apportés par chacun). Les gens de La Borde surgis au dernier moment contents d'avoir attiré beaucoup de monde dans leurs trucs sur la psychiatrie (moi je les trouvais trop sinistres). Au début, on s'est retrouvés à plus d'une centaine d'organisateurs, et à la fin, il n'y avait plus de différence entre organisateurs et organisés. On a démonté les 4 chapiteaux, les toilettes sèches et non sèches, et tout laissé propre en un après-midi. La population était enchantée (et pas seulement les commerçants). Et tout ça sans l'ombre d'une subvention (très délibérément). Quand on aura soufflé, on va débriefer. Une seule chose sûre: on ne recommencera pas la même chose."
Deux points à rajouter:
-Avec ses contrôles (avec ouverture de coffres et parfois pistolet mitrailleur au côté ) aux carrefours routiers des alentours, la maréchaussée qui voulait sans doute trouver de quoi justifier l'interdiction de la manifestation à Eymoutier, a seulement réussi à faire rire tout le plateau.
-Ce sont des moments pareils qui font sentir concrètement qu'on peut s'organiser, mettre les compétences en commun, vivre ensemble joyeusement, affirmer notre puissance, en se passant de l'Etat, de son parlement et de ses médias. En ce qui me concerne, je compte bien fournir un effort personnel de réflexion là-dessus.
Comme j'avais autre chose à faire, je n'ai pas pris de photos et demandé qu'on m'en envoie. Voici un premier lot, envoyé par Satoshi, notre intervenant japonais.


Pour les photos et les commentaires voir : http://quadruppani.b...nuits-du-4.html et http://quadruppani.b...nuits-du-4.html

#10 Tis

Tis

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Posté 17 novembre 2011 - 17:07

Une petite vidéo pour se remettre un peu dans l'ambiance de quelques bribes de concerts et débats et de la visite guidée de l'expo sur Oaxaca :


Modifié par Tis, 17 novembre 2011 - 17:08 .