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Au secours, l'écriture manuelle se meurt...


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29 réponses à ce sujet

#21 DzC

DzC

    Bricoleur de génie

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Posté 06 janvier 2017 - 07:52

Appel de Beauchastel¹

 

Une journée dans l’école numérique

 

Ma journée d’école commence, la sonnerie vient tout juste de retentir, je rentre dans ma salle de cours et déjà je m’interroge : dois-je accueillir la classe ou me tourner vers mon écran pour effectuer l’appel électronique ? Dans un souci de «diversification de mes pratiques», dois-je capter le regard des élèves à l’aide de l’écran de mon vidéo projecteur, vérifier la mise en route de toutes leurs tablettes² ou décider de me passer de tout appareillage numérique ? Alors que la séance se termine, prendrons-nous le temps de noter le travail à effectuer à la maison ou dois-je renvoyer chaque élève devant son écran pour consulter le cahier de textes numérique que je remplirai en fin de journée ? C’est la pause du repas ; à la cantine, que penser de ce flux d’élèves identifiés par leur main posée sur un écran biométrique et du bip régulier de la machine signalant son aval à leur passage ? Ces adolescents dans la cour scrutant sans cesse leur téléphone, ces surveillants et ces professeurs derrière leur ordinateur, tout ce monde se disant parfois à peine bonjour, est-ce cela le progrès ? En fin de journée, dans la salle des profs, dois-je, toujours face à mon écran, trier mes courriels administratifs et remplir le cahier de textes numérique, ou ai-je encore le temps d’échanger de vive voix avec mes collègues sur le déroulement de cette journée de classe ?

Ces questions ne se posent pas en 2084 mais aujourd’hui, dans nos écoles, collèges et lycées. D’ailleurs, le numérique a déjà une emprise telle sur nos vies et celles de nos élèves, que parfois nous ne nous les posons même plus. Et pourtant, si on nous avait dressé un tel tableau il y a quelques années nous l’aurions trouvé outrancier. Mais les innovations apparaissent progressivement, elles sont déjà dans l’air du temps avant de s’imposer à nous et il n’y a apparemment pas de limite à ce que l’on peut accepter.

Accepter, nous nous y sommes maintes fois résignés, et nous sommes bien conscients que l’informatisation de l’enseignement n’est que le point d’orgue de son délitement. Nous avons déjà cherché à suivre des programmes incohérents, à comprendre l’incompréhensible jargon de l’Éducation Nationale, à simuler une prétendue évaluation par compétences, à enseigner à des élèves de plus en plus déconcentrés parce que de plus en plus connectés. Pourquoi ne pas aller plus loin ?

Ainsi nous nous apprêtons à renseigner sur chaque élève des données conservées à vie et bientôt consultables par un employeur grâce au logiciel de notes et d’appréciations et le livret personnel de compétences numérisé. On nous encourage à scotcher nos élèves aux écrans durant les seuls moments où ils y échappent encore, et cela sous le prétexte de les éduquer aux médias. Et finalement, pourquoi ne pas renoncer à enseigner en feignant de croire qu’une connexion internet suffit pour s’approprier un savoir réel ?
Pour nous, ça suffit.

De la part de ceux qui nous enjoignent d’utiliser le numérique dans nos classes (hiérarchie administrative, ministère, inspecteurs et formateurs, ainsi que toute la classe politique), nous n’entendons que des justifications a posteriori de ce qui paraît aller de soi : une transformation implacable de nos gestes quotidiens, de notre langage, de notre rapport aux autres, de notre métier.

Ce bouleversement est pourtant décidé par d’autres, politiques et industriels, qui défendent leurs intérêts politiques et économiques, et bénéficient de notre complicité passive. Or nous savons bien que le numérique n’a rien à voir avec l’éducation. En effet l’informatisation a pour but premier de gonfler le chiffre d’affaires des firmes qui produisent matériels et logiciels. Puis elle réduit la part humaine de chaque activité (pas seulement scolaire) pour la rendre plus conforme aux besoins de l’économie et de la gestion bureaucratique. Tout cela pour doper la croissance par les gains de productivité et les nouveaux marchés qu’elle offre.

C’est bien parce qu’Internet ne peut pas améliorer l’enseignement, mais qu’il est conçu pour détourner l’attention, que les ingénieurs de la Silicon Valley en protègent les écoles de leurs enfants.

Nous savons aussi sur quelle gabegie démente des ressources terrestres, y compris les plus rares, les plus coûteuses, les plus  dangereuses, repose la mensongère  “dématérialisation”.  Il faut compter aussi avec la part croissante de consommation d’énergie consacrée à l’informatique.

Pourtant, nous laissons dire que le numérique est la solution à tous les problèmes de l’institution, qui vont du décrochage à l’intégration des élèves en situation de handicap en passant par les problèmes de lecture. Et qu’en plus il serait “écologique” parce qu’il permettrait d’économiser du papier. Quelle vaste plaisanterie !

Pour notre part ce que nous voulons c’est être avec nos élèves, et non servir d’intermédiaires entre eux et les machines car sous couvert d’innovation pédagogique pour répondre aux besoins d’élèves devenus zappeurs, c’est bien ce qui nous guette. Une telle dissociation entre la machine stockant les données et l’être humain assurant le flux de transmission ne peut être envisagée de façon positive que par des esprits bêtement mécanistes. Ils réduisent le savoir à de l’information. Ils négligent l’importance de son incarnation chez un individu en imaginant une simple médiation extérieure. Ils oublient tout bonnement que la relation d’apprentissage est avant tout une relation humaine.

Par ailleurs, et quoi qu’on en dise, l’administration numérique (appel en ligne, SMS aux parents, etc.) ne renouera pas les liens entre les enfants, leurs parents et l’école. Au contraire, elle aggrave déjà les problèmes qu’on agite pour l’imposer. L’absentéisme demeure, la défiance et le mensonge se banalisent au sein de l’école et dans les familles. On cherche à tout prix à éviter le conflit et on se fie plus aux ordinateurs qu’aux êtres humains. Et pour masquer ce désolant constat on maquille l’isolement en l’appelant
“autonomie”.

Ce que nous voulons également, c’est enseigner, et non exécuter des procédures. L’enseignement numérique n’est pas une “révolution pédagogique” mais la fin du métier d’enseignant. Les matières, c’est-à-dire les savoirs et savoir-faire qui les constituent, se trouvent morcelées en une liste de tâches exécutables, puis regroupées artificiellement en aptitudes générales. On appelle cela le socle de compétences. Dans ce cadre, une leçon, un exercice, peuvent être réduits à un protocole creux, qui peut bien effectivement être “partagé” en ligne, puisqu’il ne nécessite ni connaissances précises ni réflexion pédagogique personnelle pour être reproduit. Un cours construit de cette façon n’apprend pas à penser mais à se comporter de la façon attendue.

Nous pourrions nous réclamer de la liberté pédagogique et de mander à ne pas être contraints à l’utilisation de machines dans nos classes. Mais nous savons que c’est impossible, qu’à partir du moment où une technique est introduite, la liberté de l’utiliser ou non devient illusoire car elle s’insère dans un système global qui l’exige. Après un court moment, le choix encore possible cède le pas à l’obligation de fait.

C’est pour cela que nous refusons en bloc notre mise à jour programmée. Nous n’utiliserons pas le cahier de texte numé­rique, ni les multiples écrans dont on prétend nous équiper (tablettes, tableaux numériques ou même smartphones). Nous nous opposerons aux équipements générant d’importants champs électromagnétiques ainsi qu’à la concentration des données scolaires dans des bases centralisées.

Florent BERNON, Lycée La Découverte, Decazeville (12)
Armelle BRUNET-GAYET, brigade de remplacement du premier degré, Livron (26)
Christel CALMON, collège Bayle, Pamiers (09)
Marina CAVOURIARI, Lycée Bergson, Paris
Désir CYPRIA, Lycée des métiers Charles Pointet, Thann (68)
Joël DECARSIN, Collège Mignet, Aix-en Provence (13)
Florent GOUGET, Collège Joseph Durand, Montpezat (07)
Steven MASSON, Collège Paul Valéry, Valence (26)
Pierre MARIEY, Collège Gustave Monod, Montélimar (26)
Véronique MAZARD, Collège Marie Curie, Tournon (07)
Marine MOULINS, Collège Marie Curie, Tournon (07)
Laurent MURATI, Lycée Pyrène, Pamiers, Ariège (09)
Samuel PELRAS, Lycée du Parc, Lyon (69)
Emilie PISSARUK, Lycée Jean Puy, Roanne (42)
François ROUSSEAU, Collège Les Hauts de Plaine, Laragne (05)
Elise ROUVEYROL, Collège Marie Curie Tournon (07)
Clarie THERON, Collège Georges Gouy, Vals-les-Bains (07)
Jean-Marie VIGUIER, Collège privé de Montceau-les-Mines (71)

Nous appelons tous les personnels des établissements d’enseignement déjà réticents à faire connaître leurs raisons et à signer cet appel. C’est seulement par de tels gestes d’affirmation que nous pouvons briser notre isolement pour construire une opposition conséquente.
Nous demandons à toute personne qui ressent l’importance des enjeux ici évoqués de relayer largement cet appel, de nous faire connaître ses propres réflexions et initiatives.³

Beauchastel, 22 décembre 2015 (complété le 19 mars 2016)

 

Pour nous contacter, écrire à : Appel de Beauchastel, 27 ter rue des Terras, 07800, Beauchastel.



#22 Gaueca

Gaueca
  • Genre: Femme
  • Localisation:64 - Pays Basque

Posté 06 janvier 2017 - 08:20

Au sujet de l'écriture en cursive, très bonne analyse (source ici http://petitshomesch...-cursives.html):

 

"Plusieurs personnes m'ont posé la question de l'intérêt de faire apprendre les cursives aux enfants.

C'est en effet long, fastidieux, pour un résultat pas toujours... esthétique (Quand je vois les ordonnances de mon médecin, je me dis que certains feraient mieux de laisser tomber, vraiment!). D'ailleurs les petits français sont presque les derniers écoliers au monde à ne pas être passés au script, et passent pour des antiquités aux yeux des correspondants étrangers...

Je n'étais donc pas spécialement convaincue par l'intérêt de la chose, jusqu'à ce que je me renseigne, et que je découvre que de plus en plus d'écoles reviennent en arrière au profit des cursives...

 

Les enfants qui écrivent en cursives obtiennent de meilleurs résultats. 

Toutes les études comparatives démontrent l'importance des cursives.
Ecrire "en attaché" développe une meilleure motricité fine, et active des zones cérébrales différentes. Ces enfants retiennent beaucoup plus facilement ce qu'ils ont écrit et ont de meilleurs résultats en grammaire et en orthographe. Ecrire en attaché permet d'individualiser chaque mot et de les séparer par un espace; en script celadonnevite ungros bazarincompréhensible.
Lorsque vous recopiez un texte et que vous convertissez dans votre tête chaque lettre du script à la cursive, cela demande un petit effort supplémentaire au début, qui devient très vite transparent avec l'habitude. Mais cela reste, tout au long de la vie, une étape plus stimulante intellectuellement.
 

Les enfants sont capables d'apprendre directement l'écriture cursive. 

Commencer par apprendre aux enfants "l'écriture bâton" ou encore le script avant de passer aux cursives en cp est une mode récente. Cela n'apporte aucune plus-value, juste de la confusion.
 

Cela permet de lire des documents manuscrits. 

Les enfants qui apprennent à écrire en cursives sont aussi capables de les lire. C'est très important pour déchiffrer lettres et documents historiques par exemple. Aussi surprenant que cela puisse paraître, seuls les enfants qui écrivent en cursives sont capables de lire un document tel que la déclaration d'indépendance des usa: pour les autres, cela ressemble à des hiéroglyphes!
A l'inverse, un enfant qui écrit en cursives n'a aucune difficulté pour lire le script, puisqu'il y est confronté tous les jours.
 

Leur prise de notes est plus rapide. 

Ecrire en cursives est plus rapide que d'écrire en script. Cela peut leur servir au cours de leurs études mais aussi durant leur vie professionnelle.
 

Ils développent moins de troubles liés à l'écriture. 

Lorsque l'on écrit en attaché, les lettres se suivent, elles ont un sens "naturel". Vous ne pouvez pas après un o écrire un "s" à l'envers par exemple. Prenons l'exemple du b et du d: les lettres sont presque identiques en script, mais radicalement différentes en cursives!
Apprendre à écrire en cursives demande un apprentissage plus long, avec une plus grande présence de l'adulte au démarrage, mais les échecs sont moindres.
 

C'est beau!

Une belle écriture manuscrite, en cursives, est un héritage: c'est tout un art, chargé d'histoire! Les majuscules sont d'ailleurs sublimes! Vous vous imaginez recevoir une lettre d'amour en script? Non... la cursive est autrement plus poétique...
 

L'écriture cursive est plus sûre. 

L'écriture en script est beaucoup plus facile à falsifier.
Savoir écrire en cursives, c'est un moyen de protéger ses documents en ayant une signature plus difficile à copier."



#23 gunday

gunday

Posté 06 janvier 2017 - 08:59

Un article de bastamag parlait de la numérisation de l'éducation il y quelques mois. ;)


Modifié par gunday, 06 janvier 2017 - 09:00 .


#24 _(re)passant_

_(re)passant_

Posté 23 janvier 2017 - 10:22

Je m'intéresse de plus en plus à l'apprentissage des langues et au fonctionnement de la mémoire. J'ai pas mal approfondi le sujet: la mémoire est nettement moins performante en vieillissant mais elle peut l'être plus que l'on imagine, il faut être vraiment systématique.

 

Pour résumer: Les enseignants de langues étrangères que je connais ( que des apprenants adultes mais de 20 à 60 ans et quelques*) sont unanimes: rien ne remplace l'écriture manuscrite dans un processus de mémorisation. La première phase c'est de déchiffrage de notes pour la mise au propre. Dans un cours de langue étarngère on note vite (0 mémorisation), dans les 24 h (impératif) on met au propre (effort de déchiffrage) et on note les mots nouveaux dans deux carnets (un par entrée dans chaque langue). En trois recopie une partie de la mémorisation s'est faite. Faudrait que je fasse un topic là dessus d'ailleurs!                      


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#25 Livy-Dagore

Livy-Dagore
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Posté 23 janvier 2017 - 11:48

Préservons l'écriture manuelle,car tous le monde n'a pas ordinateur.Et il y a la plus part des choses,que je fait pas courrier postal.



#26 Roublard

Roublard
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Posté 23 janvier 2017 - 21:16

De plus ils sont en train de changer les regles de la langue Francaise , le C.O.D par exemple va disparaitre . Voir les conferences de MR Asselineau



#27 Livy-Dagore

Livy-Dagore
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Posté 25 janvier 2017 - 12:31

C'est scandaleux!



#28 bobonne

bobonne

Posté 25 janvier 2017 - 17:24

J'adore ce forum, décidément. On s'émeut de la disparition imminente du COD ??? Pour de vrai ?

Allez, à+



#29 _(re)passant_

_(re)passant_

Posté 30 janvier 2017 - 19:34

J'aime beaucoup faire ce genre de truc minutieux, en parlant de truc c'est du turc et l'absence de point sur certains i coté langue turque n'est pas un négligence, ça ne se prononce pas pareil.

 

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Modifié par (re)passant, 30 janvier 2017 - 19:43 .

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#30 DzC

DzC

    Bricoleur de génie

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Posté 20 octobre 2017 - 17:00

VERS UNE ÉCOLE SANS ÉCRANS

Un dossier interessant dans le n° 459 de Silence.

 

http://www.revuesile...-Septembre-2017