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La norme... Ca me sort par les yeux, besoin d'en parler


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59 réponses à ce sujet

#41 gunday

gunday

Posté 22 mai 2013 - 09:51

Comme polaris, j'ai été surpris par cette discussion.

 

Le sujet était démarré sur une dénonciation des normes comportementales en vigueur.

Et rapidement, la discussion se dirige sur quelle est la meilleure montre pour remplacer une Rolex.

Ça a de quoi surprendre dans une critique de la norme. Comme si la norme était d'avoir une belle montre aux poignets à montrer à tout le monde.

 

Bizarrement je suis également comme polaris : je vis sans montre.

En général, je parviens de manière assez fiable a estimé l'heure. (question d'habitude je suppose)



#42 _movaizerbe_

_movaizerbe_

Posté 22 mai 2013 - 10:09

C'est peut être ça le danger de "la norme": chercher a acheter la meilleure montre au meilleur prix sans se demander s'il est bien nécessaire d'avoir l'heure précise.

la norme sociale: manger à 12 h et 19 h

la norme naturelle; manger quand on a faim.

Finalement, tout est "norme", à chacun de choisir ses références.

Mais je crois que la colère originelle du post devait plutot correspondre aux refus de "norme" sociale qu'on n'a pas choisi.

Normes subies, normes mal vécues.

Mais aucune norme ne peut être imposée à un individu, même si c'est toujours plus confortable, libre à lui de se marginaliser et d'en assumer les conséquences, car vous savez quoi?: y a rien de gratuit dans la Vie.!



#43 _(re)passant_

_(re)passant_

Posté 22 mai 2013 - 15:06

Ma norme: Déjeuner quand le restaurant d'entreprise est ouvert ou alors manger froid! Utiliser une montre ou ce qu'on veut comme heure gratuite pour prendre le RER à temps plutôt que de poirauter 20 minutes sur le quai.



#44 ambre

ambre

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Posté 22 mai 2013 - 15:08

Ma norme, j'ai horreur de m'installer dans des habitudes, çà m'étouffe.......Là c'est mon homme qu'est à plaindre pas moi......

 

C'est d'une logique implacable non??? S'installer dans des habitudes ou des normes c'est finir par empêcher tout changement et donc toute évolution...

 

Et ben purée, je l"ai dit...Alors soyons fous, créons, habillons nous différemment et créons des normes (si vous y tenez) mais ne pas s'y installer c'est vital. S'y installer pour moi c'est synonyme de  mort (de l'âme et de l'esprit pour ceux qui l'aurait mal placé, l'esprit....)


Modifié par ambre, 22 mai 2013 - 15:17 .


#45 _(re)passant_

_(re)passant_

Posté 22 mai 2013 - 15:22

Ma norme, j'ai horreur de m'installer dans des habitudes, çà m'étouffe.......

 

C'est d'une logique implacable non??? S'installer dans des habitudes ou des normes c'est finir par empêcher tout changement et donc toute évolution...

 

 

Je travaille depuis 37 ans environ, cela fait 30 ans que je fais exclusivement de l'intérim pour ne pas m'encroûter voir du paysage, des gens, des activités. Entre deux missions je fais les choses nécessaires comme le gros entretien de la maison, les visites à la maison de retraite mais sans la pression de devoir le faire En  PLUS du boulot, c'est le cas cette semaine.  



#46 FLOYD

FLOYD

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Posté 22 mai 2013 - 18:44

La montre de luxe et la voiture neuve ou récente (et tout le tintouin…) sont à la fois des signes extérieurs de richesse et un standard de caste, pour les gens du même monde.

- La montre ne sert à rien quand on consultera son portable ou sa tablette pour savoir l'heure. (la plupart des jeunes n'ont déjà plus de montre à leur poignet)
- La voiture reste au garage, c'est d'ailleurs pour ça qu'elle est propre. On la sort pour les grandes occasions, pour la faire voir plus que pour se déplacer.

Donc norme du tape à l'œil. Avoir pour paraître.

Ceci dit, on peut paraître et tout de même "être"…
… car les écolo-décroissant-spiritualistes se reconnaissent assez facilement; un code langage, un code vestimentaire, un code alimentaire… on sait à qui on a affaire! Pas facile d'aller vers un groupe de ces personnes quand son propre "aspect" diffère. ;)
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#47 ambre

ambre

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Posté 22 mai 2013 - 20:25

Ah çà non plus je ne supporte pas, celui qu'à pas honte de se balader dans une voiture de luxe pendant que l'autre au coin de rue, crève la dalle.....La honte absolue......



#48 _(re)passant_

_(re)passant_

Posté 22 mai 2013 - 21:18

- La montre ne sert à rien quand on consultera son portable ou sa tablette pour savoir l'heure. (la plupart des jeunes n'ont déjà plus de montre à leur poignet)
- La voiture reste au garage, c'est d'ailleurs pour ça qu'elle est propre. On la sort pour les grandes occasions, pour la faire voir plus que pour se déplacer.

 

 

- Il est  curieux que vous sembliez préférer un objet de haute technologie contenant des métaux en voie de raréfaction et terres rares et fonctionnant à l'électricité, de plus fabriqué dans on ne sais quelle conditions dans le tiers-monde à 60 grammes d'acier et de laiton "made in europe" dont on peut espérer plus de 10 ans de service pour une belle occasion voir 20 si chance.

 

- Nous avons une Dacia, ce n'est pas une petite voiture mais pour l'image flateuse on repassera!


Modifié par (re)passant, 22 mai 2013 - 21:28 .


#49 FLOYD

FLOYD

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Posté 22 mai 2013 - 21:57

Le portable et la tablette font aussi partie de la panoplie d'une classe moyenne qui aime s'afficher en train de caresser un écran tactile.
Une norme aussi pour ceux qui n'ont pas les moyens du luxe.

Quant à ma formulation, elle inclue les jeunes et/ou ceux qui ont ces objets… Je ne suis ni des uns ni des autres. ;)

Par contre, le coût environnemental et social de ces technologies n'a pas fini de poser problème.
Pour autant qu'on y soit attentif.

Je crois que le gaspillage est en fait, le fond de la question initiale…

#50 redneck_joe

redneck_joe
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Posté 23 mai 2013 - 01:10

- Il est  curieux que vous sembliez préférer un objet de haute technologie contenant des métaux en voie de raréfaction et terres rares et fonctionnant à l'électricité, de plus fabriqué dans on ne sais quelle conditions dans le tiers-monde à 60 grammes d'acier et de laiton "made in europe" dont on peut espérer plus de 10 ans de service pour une belle occasion voir 20 si chance.

 

- Nous avons une Dacia, ce n'est pas une petite voiture mais pour l'image flateuse on repassera!

 

Je suis toujours fasciné par le fait de voir des mécaniques, souvent assemblées à la main et réalisées de toutes pièces par des artisans. J'ai un immense respect pour le savoir faire de ces horlogers et c'est vraiment ce qui m'intéresse dans ces montres,

 

Et si le fait de posséder une montre de 10 euros est un signe de richesse, la France va décidément très mal ! Personellement, c'est plus l'histoire qui m'intéresse plutot que l'objet et sa valeur marchande.



#51 _(re)passant_

_(re)passant_

Posté 23 mai 2013 - 07:23

En fait il semble tout simplement que si tu portes habituellement une montre, même une mécanique non poluante et durable, tu ne sois pas dans la NORME des écolos-décroissants. Tu n'es pas dans la NORME de ceux qui rejette la NORME (des autres....).

Ca va à peu près avec ceux qui disent couper les ponts avec le système grace au RSA et à la CMU.


Modifié par (re)passant, 23 mai 2013 - 07:41 .

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#52 _Philbill_

_Philbill_

Posté 23 mai 2013 - 09:34

Finalement, entre la norme, le refus de la norme, où est le problème?

Le plus important, c'est surtout le sens de nos actes, leur inscription dans notre propre histoire, d'où découlent les projets que l'on construit...

Ce qui fait qu'en réalité, la norme, je m'en fiche éperdument, y-compris de ses signes extérieurs qui ne représentent jamais vraiment la personne que l'on a en face de soi...

D'ailleurs, prenons une personne qui porte une montre Audemars Piguet (Par exemple et tant pis pour la pub...)...

Compte-tenu du prix de cette merveille, une certaine "normativité bien pensante" fera immédiatement de lui un suppôt du capitalisme et très vite, il portera bien malgré lui la "responsabilité de l'oppression des masses laborieuses, et gnagnagna, et gnagnagna..."

 

Et que sait-on de lui? Peut-être est-ce un brillant chirurgien qui sauve des vie? Un mécène qui soutient des projets qui font du bien à la terre?

Et on peut rajouter à cela le fait que cette entreprise horlogère familiale de la vallée de Joux représente aussi l'une des vitrines les plus emblématiques de ce que l'homme peut créer de ses mains...

En fait, ma norme, ce serait plutôt la curiosité qui réserve souvent de bonnes surprises, et surtout évite de créer sans cesse de la dualité par une forme de méconnaissance de l'autre...


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#53 _(re)passant_

_(re)passant_

Posté 23 mai 2013 - 10:36

L'homme est un animal sociable qui recherche une  toujours une certaine vie en tribu. Vie en tribue qui obeit à certains codes  plus ou moins implicites. Dans la vie on fait souvent partie de plusieurs groupes à différents moments. Groupe on a certains comportements ou gris-gris pour s'identifier.  Maintenant il existe une  tendance de fond  à penser que le bonheur  serai le mode de vie de la classe immédiatement supérieure au sens financier. C'est cette tendance que le capitalisme exploite pour pousser à la consommation. Le premier qui a mis les mots sur ce mode de fonctionnement c'est Thorstein Vleben dans "Théorie de la classe de loisir" un livre qui a maintenant plus d'un siècle (J'en ai parlé ailleurs sur le forum).

 

 

Cette recherche des codes et normes est valable à peu près partout même sans vouloir paraitre. Disons qu'il faut s'interroger sur ce qu'on fait, consomme et les arrières pensée derrière. C'est parfois génant de s'avouer la vérité eh oui.  



#54 polaris

polaris
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Posté 24 mai 2013 - 12:54

Le fait est qu'au départ je pense qu'il n'y a rien de normal. Mais que tout peut le devenir.

Notre comportement est lié à notre environnement naturel à la base. Un point commun important entre nous tous est que nous devons trouver de quoi subsister à la surface de cette planète. Selon l'endroit où l'on s'y trouve, on s'adapte aux exigences locales par nécessité. Pour certains prendre l'arc et les flèches direction la forêt est le réflexe évident, pour d'autres les clés de la bagnole et le supermarché suffiront. Quand on échange les rôles, des deux côtés on est perdu... Plus rien ne semble 'normal', le temps de s'adapter du moins, quand c'est possible... Mais bien sûr nous n'y vivons pas tout seul dans cet environnement et c'est là que les choses se gâtent progressivement.

On trouvera par exemple normal que tu t'habilles chaudement près des pôles, mais si tu sors les fourrures sous les tropiques on te regardera d'un drôle d'oeil c'est sûr. Et c'est un peu normal quelque part... Nous sommes conditionnés socialement à certains comportements car il en va au départ de notre survie et faire autrement est une insulte à l'intelligence du groupe auquel nous appartenons et à l'expérience des ancêtres. Cette pression n'est en général pas ressentie comme telle car notre bon sens peut la comprendre et admettre qu'elle nous est bénéfique voire salutaire.

Malheureusement nos sociétés modernes, comme cela a déjà bien été souligné, n'ont plus un fonctionnement aussi simple depuis longtemps. Nous vivons dans la division sociale, le terme caste n'est pas choquant, et nous sommes contraint chacun individuellement de nous situer quelque part là dedans, que ça nous plaise ou non. Il n'y a pas si longtemps la tenue vestimentaire situait les gens socialement, et ça pouvait être vécu avec fierté malgré des conditions parfois humbles. Mais pas toujours non plus... C'est tellement bon d'enfin regarder les autres de haut, surtout quand on est une pauvre merde prête à tout pour arriver juste à ça, mépriser les autres, quelle jouissance... Tiens tu la vois ma belle montre ? Ah mais t'en n'as pas ? Pourquoi je te regarde alors ? [juste pour rester dans l'esprit du topic, mais tu peux prendre n'importe quel objet, ça marche aussi]

Aujourd'hui qu'on se rassure, les jeans unisex vont aussi bien au cul des pédégères qu'à celui des prolos, ainsi qu'à celui de toutes les autres 'strates' sociales en fait. Et c'est là que l'enfer commence, on arrive dans Le Monde Consumériste. Celui qui uniformise tout, celui ou pour être unique il faut tout faire, tout avoir comme les autres, même avant les autres c'est encore mieux, et toujours plus et tout le temps il faut ces nouveaux gadgets irrésistibles surtout que tous les autres en ont déjà un et pas MOI!!! AHHH il me le faut!!! Tout de suite, maintenant, sinon je n'existe plus, je suis une merde! AHHH!!!
Tout le monde le sait, les gens vraiment COOL possèdent tous ceci et cela, mais demain se sera un autre bidule... Je plains les habitants de ce monde là, et il y en a beaucoup. Le conditionnement est publicitaire, jouant à fond la carte de l'appartenance sociale, ne pas posséder l'objet nous expose au mépris, voire au rejet. Pas simple quand on est une créature sociale.

Ce serait amusant quelque part à observer de loin, une fois parvenu à prendre un peu de distance avec tout ça. Je parle du spectacle des gens prisonniers de cet enfer consumériste bien sûr mais l'esclavage qui en découle ne m'amuse pas. De même que je n'ai jamais trouvé drôle de regarder un hamster courir dans la roue de sa cage. Nous voilà condamnés à produire ce que nous consommons pour consommer ce que nous produisons. Voici la norme économique du moment, notre vie en norme ISO, saccage de la Nature compris.

Au final je dirais que tout est construction de l'esprit, même si la pression sociale peut devenir facilement pesante sous nos latitudes ces temps ci. Le chemin vers l'affranchissement passe par la déconstruction de ce qui nous paraît tellement 'normal' de prime abord. Il est facile de se projeter dans plein de situations que quelqu'un conditionné différemment de nous trouveraient 'anormales'. Mais que ce soit celle que nous nous construisons ou bien juste celle des autres, subie ou acceptée, la 'normalité' nous accompagne toute notre vie. Un gros travail de tri est à mon avis devenu nécessaire face aux fausses valeurs de notre époque. C'est même une question de survie, la boucle est bouclée.






J'ai eu grand plaisir à écrire ce texte sur le merveilleux clavier avec plein de touches de mon fidèle Tushiba
merde une crotte de nez qu'est ce qu'elle fout là


  • Panthera Pardhus aime ceci

#55 _(re)passant_

_(re)passant_

Posté 24 mai 2013 - 14:32

Vous confondez norme et étalage de fric c'est plus compliqué que ça. Il y a des biens de faible valeur, des savoirs + ou - gratuits ou encore des comportements à avoir sous peine de passer pour un gros naze. Je vis dans Paris intra-muros, les parisiens ont rarement de très belle voitures* ou alors c'est un monospace pour trimbaler la famille en vacance. La NORME c'est de ne pas avoir une voiture en mauvais état extérieur, pour le reste on ne sait pas si c'est votre seule voiture ou la 2 eme voir 3 eme.

Mon phlébologue à 60 euros la consultation a visiblement une vieille  205 par exemple et j'ignore pour le reste.    

 

 

 

 

*Il y en a mais en proportion de la popualtion moins qu'en région PACA ou en Corse


  • Aenor aime ceci

#56 _movaizerbe_

_movaizerbe_

Posté 25 mai 2013 - 08:30

Vous confondez norme et étalage de fric

Quelle norme sociale actuelle ne repose pas sur le fric?



#57 _(re)passant_

_(re)passant_

Posté 25 mai 2013 - 13:55

Quelle norme sociale actuelle ne repose pas sur le fric?

- savoir conduire une voiture, savoir se servir d'un ordinateur, savoir un peu d'anglais, savoir nager ...Il est mal vu de ne pas faire un peu de sport (un abonnement  à la piscine ne coute pas cher, on peut courir au parc.....)


Modifié par (re)passant, 25 mai 2013 - 15:40 .


#58 _Philbill_

_Philbill_

Posté 25 mai 2013 - 16:25

Il y a des normes que j'aime bien...

Comme allez boire de temps en temps un p'tit café chez les anciens du village, parler de tout, de rien, de la pluie, du beau temps, des jardins, de la politique, "tailler" le cousin machin... Ne pas le faire serait pour le coup hors-norme!

Ou l'hiver, lorsque les routes sont enneigées, faire le tour des maisons où l'on pense que telle ou telle personne a besoin de courses ou d'un bout de pain... Et au beaux jours, en passant, on nous donnera quelques belles branches de laurier-sauce ou un p'tit panier de cerises, en remerciement du service rendu quelques mois auparavant et qu'on avait d'ailleurs oublié... C'est aussi la norme... 

Bref, tout un tas de petites choses qui font la vie de tous les jours et qui sont "dans la norme" ou plutôt la normalité...

 

Toutes ces normes, je trouve ça é-norme!!!!!


Modifié par Philbill, 25 mai 2013 - 16:26 .


#59 flanar l'ancien

flanar l'ancien

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Posté 25 septembre 2014 - 07:51

Les objecteurs

par Agnès Maillard •  24 septembre 2014  • 32 Commentaires

 

On vit dans un monde de petits soldats. C’est juste qu’on ne s’en rend pas trop compte. Mais c’est exactement ça qu’on nous apprend dès le plus jeune âge : marche ou crève. En plus enrobé, mais c’est l’idée.

Si tu veux comprendre dans quel monde tu vis, tu regardes jouer les petits en maternelle. Ceux qui parlent avec une voix d’écureuils sous acide et qui ont encore des gestes à la fois patauds et fulgurants. J’ai un ami qui en a fait son sujet d’étude : la manière dont les gosses jouent entre eux. Parce qu’en fait, ils ne jouent pas entre eux, ils jouent les uns à côté des autres, superbes d’indifférence, jusqu’au moment où le jouet de l’un attire le regard de l’autre. Il faut voir ça, un petit mouflet qui s’extrait de son monceau de jouets pour venir coller une mornifle à l’autre, juste pour accaparer l’objet de son désir. Qu’il abandonnera quelques minutes plus tard, lassé. Parce que ce qui compte, c’est l’appropriation, pas l’usage, c’est le fait d’avoir ce dont jouissait le voisin, pas ce dont on avait besoin, pas ce qui nous satisfait. C’est arracher la satisfaction de l’autre pour augmenter la sienne… jusqu’au moment, très rapide, où on se rend compte que ça ne marche pas du tout.

 

Les petits soldats du capitalisme

C’est un ressort humain simple et terriblement efficace. Ce n’est pas spécialement la condition humaine, notre instinct, mais c’est le genre de comportement que notre civilisation crée et valorise, tout au long de la vie. La compétition, toujours se comparer au voisin et l’appropriation, toujours désirer ce qu’a le voisin.

D’ailleurs, ensuite, à l’école, la guerre continue. Tu n’étudies pas pour la satisfaction du savoir, le plaisir de la découverte. Non, tu es là pour être meilleur que les autres. Chaque jour, chaque année, tout le temps, dans un immense système qui n’a d’autre vocation que de trier les meilleurs d’entre nous. Ça aussi, on ne le dit pas comme ça, mais si les parents tiennent tellement au système de notation, c’est que ce qui les intéresse, c’est de pouvoir calculer la place de leur chérubin dans la course à l’échalote, quelles chances il aura de décrocher la timbale. Et on le sait bien, va, qu’on est là pour ça. On bosse à l’école juste pour ne pas devenir chômeur plus tard.

J’ai été une bonne petite soldate. Une grande partie de ma vie, je me suis attachée à être au-dessus de la mêlée, histoire de pouvoir ensuite tranquillement dire que la compétition, ce n’était vraiment pas mon truc. En fait, j’avais parfaitement intégré les règles du jeu et j’étais manifestement condescendante envers les petits camarades de classe qui devaient se battre pour la deuxième place.

Alors oui, on est bon à l’école, on traverse dans les clous, on obéit à chaque injonction induite ou déclamée de la société de compétition, parce que nous sommes tous de bons petits soldats de la guerre des places. Parce que nous savons tous que c’est un gigantesque jeu de chaises musicales et qu’en fait, ceux qui se retrouvent le cul par terre n’ont pas réellement le droit de vivre. On est là, à se plaindre de ce monde trop dur et trop injuste et pourtant, on se bat tous comme des chiens pour y avoir une bonne place, là où la vie est douce et les jouets abondants. Et pour les meilleurs d’entre nous, on peut, en plus, se payer le luxe d’être généreux, voire critiques et gentiment subversifs sur l’ordre des choses.

J’ai été une bonne petite soldate du travail, comme tant d’autres. À travailler avec soin et application, y compris et surtout quand on ne trouve pas de sens ou de joie dans ce que l’on fait l’essentiel de notre temps de veille. On progresse, on s’améliore. On grimpe les échelons et on est content, parce qu’on le mérite, comme une grosse médaille en chocolat.

Nous sommes tous de bons petits soldats bien disciplinés. On fait nos heures. On accepte les compressions humaines dans les transports en commun, les petits chefs aigris, d’en être un soi-même à son tour. On joue le jeu. À fond. Tout le temps.

Jusqu’au jour où ça casse.

Pour beaucoup, en réalité, on s’est fait jeter à coups de pieds au cul. Cela s’appelle la rationalité économique. À toujours être dans la compétition, immanquablement, on finit toujours par trouver son maitre, celui qui nous éjecte du jeu pour prendre notre place. Ça s’appelle le chômage. C’est là où sont reléguées les gueules cassées de la guerre économique. Là, on n’a pas d’argent, on n’a plus de jouets, mais on a du temps. Du temps pour penser et comprendre qu’on s’est bien fait avoir.

Mais aujourd’hui, il y a quelque chose d’autre. Quelque chose de bien plus puissant que les éjectés du jeu.

 

Les déserteurs

On ne les voit pas, on ne les entend pas, on n’en parle pas. Mais il y a des gens qui, à moment donné, ne supportent plus d’être de bons petits soldats et laissent tout tomber. Pour certains, c’est tellement violent qu’ils préfèrent se flinguer sur place plutôt que continuer. Et même cela, on ne le voit pas vraiment. Mais pour beaucoup, c’est juste une disparition, un immense lâcher-prise, une pure libération.

Au début, il ne devait pas y en avoir tant que ça. La mentalité d’esclave, c’est dur à perdre, surtout quand on la cultive depuis tout petit. En plus, ils nous tiennent fermement. Par la peur, essentiellement. La peur de déchoir, la peur du chômage, la peur de manquer. Un peu comme les poilus qui marinaient dans leurs tranchées. Des conditions de vie inhumaines, mais les flingues des officiers dans le dos pour ceux qui voudraient faire demi-tour. Interdit de se rendre. La bourse ou la vie.

Bien sûr, le ventre mou de l’armée des ombres est toujours fidèle au poste, même si c’est en trainant des pieds ou à coup de psychotropes, pour tenir le coup. Mais les flancs se dégarnissent, comme par une subtile évaporation.

 

La suite et bien plus encore sur Le Monolecte


Modifié par flanar l'ancien, 25 septembre 2014 - 07:54 .

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#60 _khalil_

_khalil_

Posté 25 septembre 2014 - 08:46

Merci Flanard pour cet article...il y a différentes façons d'être objecteur...la mienne aura été de fuir toutes contraintes, tous les piéges , tous les carcans de la société...gamin j'étais déjà bien dans les arbres à faire des cabanes...j'ai aussi déserté, toutes responsabilités que notre entourage nous impose....MAIS, aujourd'hui j'en viens à remettre en cause mon modéle de fuite/refuge à la campagne : le milieu rural est aussi oppressant avec ses traditions, coutumes, quand dira-t-on, commérages, des normes souvent déguisées qui plongent la ruralité dans un immobilisme tenace et ne permet aucun éveil de s consciences : vive la ville ?.