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Incendie de Rouen


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25 réponses à ce sujet

#1 Shivaya

Shivaya
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Posté 28 septembre 2019 - 09:46

Pendant que tous les organes de propagande se sont jetés avec délectation sur la mort du mangeur de pommes, une usine brulait à Rouen, provoquant une pollution énorme que les autorités se sont empressées de déclarer "sans danger" – et vu la taille et la couleur du nuage de fumée, on pouvait déjà constater l'ampleur du mensonge.

Aujourd'hui, le bilan est loin d'etre fait, mais les premières constatations montrent qu'on vient de nous refaire le "nuage de Tchernobyl" avec l'aide gracieuse de Chirac...

 

 

L’impressionnant panache de fumée noire observé dans le ciel rouennais, lié à la présence «d’hydrocarbures», est «forcément anxiogène» mais les «premières analyses n’ont pas fait apparaître de toxicité aiguë sur les principales molécules que nous suivons», a voulu rassurer le préfet de Normandie, Pierre-André Durand. «Des premières analyses de la qualité de l’air ont été réalisées dès la survenue de l’incendie, qui n’ont pas mesuré de toxicité aiguë de l’air», indiquait aussi jeudi un communiqué du ministère de la Transition écologique et solidaire.

....

Dans ce document datant de 2014, on peut lire qu’au sein de ce site classé Seveso 2 (seuil haut), «sont stockés et/ou employés plus de 500 tonnes de produits classés toxiques pour les organismes aquatiques».

...

Pour le reste, tout dépend de la concentration des fumées et gaz potentiellement toxiques dans l’atmosphère. Jeudi, le vent contribuait à disperser le panache de fumée et la pluie faisait retomber la suie au sol. «L’incendie entraîne des dépôts de suie sous forme de retombées, ingérer des suies peut être néfaste pour la santé», précise la préfecture.

(Allons bon...)

...

Dans son champ, les «traces du désastre» sont visibles à l’œil nu, mais il mouille le bout de son doigt comme pour mieux montrer la suie qui colle, la noirceur de l’hydrocarbure sur les feuilles de maïs. «Vous comprenez, tout est vert d’ordinaire ici.» Jean-Hugues Fleutry, 50 ans, est agriculteur à Préaux, une petite commune située à 20 kilomètres au nord-est de Rouen et de l’usine Lubrizol, qui a pris feu dans la nuit de mercredi. Son exploitation se trouve dans la zone «dangereuse», sur laquelle le panache de fumée noire s’est étendu sur 22 kilomètres. Jeudi matin, il a retrouvé ses 55 vaches «grasses et couvertes de suie», son tracteur teinté de lignes grisâtres, l’eau de ses abreuvoirs totalement brunie.

(Oups...)

....

«On recommande à nos adhérents de faire des constats d’huissiers sur les dégâts. On a peur que le lait ne soit pas consommable, les récoltes non commercialisables», détaille-t-il. A entendre ces syndicalistes, les remontées du terrain sont inquiétantes : «Je crois qu’on peut parler d’une pollution avérée sur les parcelles agricoles, affirme Guillaume Cabot. Les mares d’eau sont remplies d’hydrocarbures et de produits translucides.» Selon lui, les dépôts de suie ont pu être constatés jusqu’à 45 kilomètres au nord-est de Rouen.

(Oooooopppsss...)

...

Une catastrophe que certains céréaliers ont choisi de relativiser pour continuer à faire tourner l’exploitation. A Quincampoix, les tracteurs du secteur ont tourné à plein régime jusqu’à l’intervention des forces de l’ordre, vendredi en fin d’après-midi. «C’est difficile de leur jeter la pierre. Les agriculteurs du coin sont tellement dans la misère qu’une récolte avortée pourrait les mettre en péril économique, explique Joël Alexandre, éleveur de veaux à Préaux. De toute manière, qu’on suive les recommandations ou pas, on est tous en train de se demander si cet incendie ne va pas nous ruiner. Est-ce que notre viande va être consommable ? Est-ce qu’on va continuer à vouloir de notre lait ? On s’agite sans avoir aucun semblant de réponse.»

(Bon appétit...)

...

Jean-Hugues Fleutry s’étonne du comportement des autorités : «Je comprends l’importance de cantonner les animaux tant que les analyses n’ont pas évalué la toxicité des champs. Mais nous, les humains, nous vivons sur ce même sol et nous n’avons reçu presque aucune instruction. J’ose espérer que ce moment de flottement ne se fait pas au péril de nos vies.»

(Ménon, puisqu'on vous dit qu'il était pas polluant ce nuage...)

 

extraits de : https://www.liberati...-crible_1753841et https://www.liberati...t-noire_1754131

 

Bref... de l'enfumage, du vrai, au propre comme au figuré...

Après, est-ce qu'on connaitra un jour le résultat des différentes analyses ? Et l'impact sur la production agricole qui sert à nourrir des gens ou des animaux ?

 


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#2 FLOYD

FLOYD

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Posté 28 septembre 2019 - 11:42

4 ministres, si j'ai bien entendu, se sont mouillés dans ce qui va rapidement apparaitre comme un nouveau mensonge d'Etat.

Je connais la région, le poids de la pétrochimie dans l'économie locale, les niveaux de pollutions atmosphériques "de base".

 

Le gouvernement a pris un risque énorme en basant sa communication officielle sur des éléments de langages optimistes.

Comme la suie grasse, inévitablement, le mensonge va lui coller à la peau. Experts et ministres ne peuvent ignorer qu'ils vont être désavoués par les faits, les rapports d'analyse et l'état de santé des populations et de l'environnement.



#3 Shivaya

Shivaya
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Posté 28 septembre 2019 - 14:38

Comme disait un gars de la FNE, ils ont fait des analyses d'air "habituelles" c'est à dire SANS rechercher les polluants issus de ce type d'incendie et des produits stockés sur place... facile après de dire que tout va bien...



#4 FLOYD

FLOYD

    brainstormeur

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Posté 28 septembre 2019 - 16:04

Le gars de FNE, peut aussi avoir plaidé le faux pour obtenir un démenti officiel et ainsi obtenir des infos plus précises.

A l'instant à la radio, j'entends que le discours officiel a évolué…



#5 DzC

DzC

    Bricoleur de génie

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Posté 28 septembre 2019 - 17:16

4 ministres, si j'ai bien entendu, se sont mouillés dans ce qui va rapidement apparaitre comme un nouveau mensonge d'Etat.


Le gouvernement a pris un risque énorme en basant sa communication officielle sur des éléments de langages optimistes.

Comme la suie grasse, inévitablement, le mensonge va lui coller à la peau. Experts et ministres ne peuvent ignorer qu'ils vont être désavoués par les faits, les rapports d'analyse et l'état de santé des populations et de l'environnement.

 

Sans prendre la defense de ce gouvernement (vous savez ce que j en pense) il est peut être un peu tot pour parler de mensonge d Etat ou comparer au nuage de Tchernobyl (ça, ça va être dur à battre !!!).
Par contre, qu ils aient merdouillé dans leur comm, ça ne m étonne pas du tout. Ce qui est dingue c est qu en 2 ans et demi ils auraient pu s ameliorer un peu mais apparement...



#6 FLOYD

FLOYD

    brainstormeur

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Posté 28 septembre 2019 - 17:45

…Ce qui est dingue c'est qu'en 2 ans et demi ils auraient pu s'ameliorer un peu mais apparement...

Oui on peut hésiter entre le mensonge par omission, l'incompétence individuelle et collective et la volonté de désinformer.

Ou encore un joyeux mélange de ces trois motifs.  ;)


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#7 lotina

lotina

Posté 29 septembre 2019 - 11:27

Je pense que l'avenir nous dira qui avait tord et qui avait raison...



#8 Shivaya

Shivaya
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Posté 29 septembre 2019 - 12:39

 

LUBRIZOL : LA PRESSE LOCALE DOUTE DE LA COMMUNICATION OFFICIELLE
Juliette Gramaglia
28 septembre 2019
"Un état habituel de la qualité de l'air à Rouen" : 48 heures après l'incendie de l'usine Lubrizol à Rouen, classée à haut risque Seveso, cette déclaration du préfet de Seine-Maritime promet de redoubler les critiques sur la communication des autorités. Sur place, les interrogations sur le niveau réel de pollution, les risques environnementaux et la gestion de la crise se multiplient, notamment relayées par les médias locaux.

Pas de panique. C'est, en substance, le message que les autorités tentent encore de faire passer. Plus de 48 heures après l'impressionnant incendie qui a ravagé l'usine Lubrizol, classée "Seveso seuil haut", jeudi 26 septembre à Rouen, le préfet de Seine-Maritime, Pierre-André Durand, a encore estimé que "nous sommes à un état habituel de la qualité de l'air à Rouen". Une enquête préliminaire a été ouverte, élargie ce samedi au chef de mise en danger d'autrui.

Alors que la catastrophe a été occultée, dans les médias nationaux, par la mort de Jacques Chirac, les médias locaux continuent d'informer à haut débit, notamment en ce qui concerne les questions de pollution environnementale et de risques pour la santé. Et s'interrogent sérieusement sur la fiabilité des informations officielles.

Dès le 27 septembre, le sociologue Pascal Marichalar pointait sur notre site que "les autorités ne disent rien sur la toxicité tout court, celle qui produit des cancers à moyen ou long terme".

"LES AUTORITÉS N'ONT PAS CHERCHÉ LE BON POLLUANT"
48 heures après l'incendie, le discours n'a pas changé. Vendredi après-midi, la préfecture a publié les résultats de premières analyses effectuées sur 26 sites par des sapeurs-pompiers. Elles concluent à "la présence d'oxyde de soufre et d'oxyde d'azote, non toxiques pour la santé selon la Préfecture", résume France 3 Normandie. Qui, citant encore la préfecture, ajoute encore : "Il y a bien eu du mercaptan [gaz toxique à forte dose, ndlr] dans l'air à la suite de la combustion ou du chauffage des fûts contenant des produits chimiques, mais à des doses «infinitésimales»".

 

Problème, dénonce dans Le Parisien le soir-même le président de l'association Respire, spécialiste de la qualité de l'air, Olivier Blond : "Les autorités n'ont pas cherché les bons polluants, probablement faute de détecteur adapté". Dans le même temps, France Bleu révélait qu'une "toiture contenant de l'amiante est partie en fumée" dans l'incendie - réveillant de nouvelles inquiétudes, bien que le préfet ait assuré qu'il n'y a "pas d'inquiétude à avoir" concernant la présence d'amiante dans l'air.

 

DES ÉCOLES ET LES LOCAUX DE FRANCE 3 NORMANDIE ÉVACUÉS
Dans le même temps, la ministre de la santé Agnès Buzyn a reconnu dans une conférence de presse que Rouen était bien "polluée" par les retombées de l'incendie. Quant aux conclusions du préfet, elle les endosse en les nuançant légèrement : "Nous n'avons pas d'inquiétudes sur les premiers prélèvements les plus simples qui ont été faits par les pompiers". Tout en précisant que des analyses plus fines, notamment de l'eau, seront e#ectuées dans les prochains jours.
Pas de quoi calmer les inquiétudes. Sur le terrain, les écoles sont restées fermées par précaution le vendredi 27 septembre, et les locaux de France 3 Normandie ont dû être évacués à cause de crises de migraines et de vomissements de personnes présentes. Une manifestation de Rouennais.e.s a eu lieu vendredi en fin de journée devant la préfecture pour réclamer "la vérité".

 

POLICE EN MASQUES À GAZ
D'autant que les forces de l'ordre ne semblent pas logées à la même enseigne que les citoyens. Elles s'étalent d'ailleurs en Une de Paris- Normandie ce samedi 28 septembre... avec des masques à gaz.

Une vision qui inquiète, comme le souligne France 3 Normandie vendredi 27 septembre : "C'est une crise de défiance qui éclate face à des autorités préfectorales qui affirment sans relâche depuis l'incendie qu'il n'y a rien à craindre. Alors que les fonctionnaires de police ou gendarmerie sont, eux, protégés. Le paradoxe est trop gros", résume le site.

Les masques, pourtant, n'ont pas été rendus obligatoires pour la population. Ainsi, un médecin du Samu interrogé par Paris-Normandie explique : "Le problème, ce sont les odeurs, elles sont incommodantes et les gaz irritants, mais les masques ne sont, dans ces cas, d’aucune utilité sauf peut-être pour l’aspect psychologique". De quoi rendre plus floues encore les instructions distillées par les autorités.

 

LES AGRICULTEURS DANS LE FLOU
Les agriculteurs, notamment, s'en inquiètent auprès de Libération : "«A titre de précaution» et «dans l’attente des analyses en cours», la préfecture a seulement divulgué une série de «recommandations» pour le secteur agricole", pointe le journal. Des consignes "difficiles à appliquer", note de son côté Paris-Normandie. Au lendemain de l'incendie, les retombées de suie ont noirci les infrastructures, les vaches, et les champs, comme cette plantation de maïs prise en photo par la journaliste du Monde Ariane Chemin, noircie par la suie. Les pâturages ont été souillés, l'eau de pluie récoltée également.

 

Les agriculteurs sont dans l'incertitude : il leur a été conseillé de rentrer leurs bêtes, et de ne rien récolter qui ait été en contact avec de la suie. Des agriculteurs s'inquiètent des retombées financières : auprès du Monde, l'un d'eux rapporte qu'"une chaîne de produits bio, l’a appelé pour lui dire qu’il ne prendrait pas sa production de haricots, de carottes et de courgettes, « par précaution »". Un autre déclare auprès de Libération : "Je ne peux pas prendre le risque de nourrir mes vaches laitières à l’hydrocarbure. Tant que je n’ai pas d’informations sur les risques véritables de mes terres, je ne bouge pas d’un poil". Car la grande crainte, pour les producteurs de lait, c'est celle d'une contamination de leurs vaches. Plusieurs agriculteurs n'arrivent pas à confiner leurs bêtes, par manque de place (lorsque les hangars sont pleins, par exemple). Tous sont confrontés à l'incertitude : quel sera le niveau de pollution, et pour combien de temps faudra-t-il prendre des précautions ?

 

UNE ORGANISATION CHAOTIQUE

Au-delà des questions de santé, c'est la gestion même de la crise qui est pointée depuis deux jours. Dans un long article, Paris-Normandie met en avant les nombreuses critiques  des habitants, mais aussi des personnels de l'Education nationale sur les systèmes d'alerte le jour de l'incendie : la sirène d'alarme, qui a retenti à 7h45, aurait pu retentir "plus tôt" pour permettre de communiquer plus rapidement sur les périmètres de sécurité et de confinement. Sans compter "l'absence de consignes et d'informations toute la journée de jeudi" dont se sont plaints plusieurs enseignants auprès du quotidien. Et la visite du ministre de l'Education nationale, Jean-Michel Blanquer, n'a pas non plus calmé les esprits : "« Tout va bien, tout s’est déroulé normalement, les écoles touchées par les suies seront nettoyées et rouvriront lundi », disait en substance le ministre", résume le quotidien. Mais, note-t-il encore "le préfet, les ministres, les institutionnels ont beau s’époumoner depuis jeudi pour « rassurer », leur prêche reste dans le désert".

 

Ce samedi 28 septembre, alors que le nettoyage d'écoles est en cours avant une réouverture annoncée pour lundi 30 septembre, le président de l'association Robin des Bois, Jacky Bonnemains, a!rme avoir entendu que des "femmes de ménage nettoient les crèches" et a fait savoir qu'il comptait déposer plainte. Par ailleurs, il demande au préfet de "prendre un arrêté obligeant Lubrizol à faire des analyses dans les milieux urbains, dans le monde rural, dans les élevages, les potagers, etc."

 

VERS UNE CONVOCATION DU PRÉFET ?
Du côté des politiques, le secrétaire national d'EELV et élu à Canteleu, David Cormand, a demandé que le préfet soit auditionné lundi soir lors du conseil métropolitain.

En attendant d'autres résultats rendus publics en début de semaine prochaine, les résultats des analyses déjà e#ectuées devraient être mis en ligne sur le site de la préfecture. Pas sûr que cela su!se à calmer les inquiétudes des habitants, dont un certain nombre ont quitté la métropole pour le moment.

 

source : https://www.arretsur...tion-officielle

 

Intéressant de voir comment est gérée cette crise... on se demande bien comment serait géré un accident de centrale nucléaire ou un autre AZF... en encore, on a pas encore les vraies retombées que ce soit sur la santé (à moyen et long terme) et sur l'agriculture (à court, moyen et long terme)...

Il est à noter que BFM à passer 23h d'infos sur Chirac ce jour là contre une sur Rouen...



#9 Shivaya

Shivaya
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Posté 29 septembre 2019 - 12:48

Et puisque Paris-Normandie est le seul journal PQR à faire sa une sur l'incendie de Rouen quand la totalité des autres a mis le mangeur de pommes en une, je me permets de soutenir cet effort...
 

Incendie de Lubrizol : le préfet et ses doux euphémismes
 
Alors qu'un feu a ravagé une usine à haut risque à Rouen jeudi, les autorités ont assuré qu'il n'y avait "pas de toxicité aiguë" dans la fumée, tout en invitant les "personnes fragiles" à prendre quelques précautions. Des éléments de langage qui font réagir le sociologue Pascal Marichalar : comme toujours, nous dit-il, l'accent est mis sur la fragilité des victimes potentielles plutôt que sur la dangerosité de l'activité.
Alors qu'un spectaculaire panache de fumée surplombait la ville de Rouen ce jeudi, le préfet de la Seine-Maritime, Pierre-André Durand, s'est voulu rassurant lors de ses points presse : "Pas de toxicité aiguë sur les principales molécules" dans la fumée qui se dégageait de l'incendie de l'usine Lubrizol, a-t-il affirmé, un site pourtant dangereux, classé "Seveso seuil haut". Ce que certaines chaînes de télévision ont aussitôt résumé en "pas de toxicité" tout court. Seules les "personnes fragiles" ou "vulnérables" étaient invitées à "rester chez elles jusqu'à vendredi soir". Un langage qui euphémise la potentielle gravité de l'accident - dont il est encore trop tôt pour connaître les conséquences sanitaires et écologiques - autant qu'il révèle une certaine philosophie de la gestion des risques.
 
Pascal Marichalar est sociologue et chargé de recherche  au CNRS. Spécialiste des questions de santé, de travail et d’environnement, il fournit à ASI quelques clés pour analyser le discours des autorités. Interview.
 
ASI : - Le préfet assure qu'il n'y a pas de "toxicité aiguë" dans la fumée qui se dégage. N'est-ce pas une bonne nouvelle?
Pascal Marichalar : - Tout dépend de la définition que l'on donne à "aiguë"...  Au moment de la catastrophe de Tchernobyl, on parlait de la toxicité aiguë des radiations quand les gens mouraient dans les 3 jours! A Rouen, même le responsable des pompiers de Seine-Maritime, Jean-Yves Lagalle, l'a dit : "La toxicité aiguë, c'est 'vous rentrez dans un nuage d'ampleur, vous respirez, vous mourez immédiatement'". Mais les autorités ne disent rien sur la toxicité tout court, celle qui produit des cancers à moyen ou long terme. Or tout ce qui est lié à la combustion incomplète des dérivés du carbone et crée des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) est cancérigène. Après l'effondrement du World Trade Center par exemple, on a constaté un fort taux de cancers parmi les travailleurs qui ont aidé à déblayer les décombres. Aucune fumée n'est bonne pour la santé. En l'occurrence, il est encore trop tôt pour savoir exactement quelles substances du site ont brûlé. Mais le PPRT ( Plan de prévention des risques technologiques ) de l'usine indique bien qu'y sont stockées "plus de 500 tonnes de produits classés toxiques pour les organismes aquatiques". Dans "l'atelier C2", "les risques potentiels sont de type thermique (incendie), surpression (explosion d'un mélangeur), toxique (lié à la dispersion d'un produit ou en cas d'incendie lié aux fumées)."

 

ASI - : Le préfet a également prévenu que du fait des pluies, il y aurait des "retombées de suie"... 
Pascal Marichalar : - Là encore le choix des mots est intéressant. La "suie", cela fait penser à un feu de cheminée. C'est une jolie manière de désigner la couche d’hydrocarbures qui recouvre la ville... Mais de fait, la suie est très mauvaise pour la santé : le premier cancer professionnel décrit dans la littérature médicale est le cancer des testicules des enfants ramoneurs de Londres au XVIIIe siècle, qui étaient envoyés nus dans les cheminées étroites.
 
ASI : - Le confinement dans un périmètre de 500 mètres autour de l’usine a été levé dans l’après-midi, mais des mesures de précaution ont été prises concernant les personnes dites "les plus fragiles", telles que  la fermeture des crèches et des écoles sur une douzaine de communes de l’agglomération. ..
Pascal Marichalar : - Le préfet a aussi ajouté que les "personnes fragiles" qui avaient "une toux" ne devaient pas hésiter à  "saisir le 15"… Le mécanisme est  le même depuis longtemps : l'accent est mis sur la fragilité de la victime plutôt que sur la dangerosité de l'activité. Au XIXe siècle, quand il y a eu des rapports sur les conditions de travail terribles dans les usines, la réponse politique a été de protéger les personnes fragiles, notamment en interdisant le travail des enfants et des femmes enceintes par exemple. Le problème, c'est que ces actions supplantent la suppression du danger. On retrouve cette idée dans le code du travail avec "le décret d’aptitude à des travaux dangereux" de 2001 : le médecin du travail détermine si le travailleur est apte ou inapte à être exposé à des produits cancérigènes. S’il a des antécédents de cancers dans sa famille, par exemple, il est déclaré inapte, comme si le travailleur sans antécédent ne risquait pas un cancer...

ASI : - De fait, ce n'est pas la première fois qu'il y a des problèmes dans cette usine. Il y a eu des fuites de gaz en 1975, en 1989 et en 2013....
Pascal Marichalar : - Celle de 2013 était assez grave. L'usine avait même été condamnée pour négligence à l'époque.

Et il n'y a pas de raison que cela ne se reproduise pas. Car il faut bien voir comment s'est construit le droit de l’environnement en France. Le décret de 1810 sur les installations classées pour la protection de l’environnement a été mis en place sous l’impulsion du ministre de l’Intérieur de Napoléon, Jean-Antoine Chaptal, grand patron de la chimie. Il en avait assez que ses entreprises soient poursuivies en justice à cause des  morts parmi les vaches et les enfants des environs. Depuis, la politique de gestion des risques industriels repose simplement sur le classement des entreprises selon le degré de dangerosité, qui entraîne un certain nombre de règles : une entreprise très dangereuse ne pourra pas être installée à moins de x kilomètres des habitations particulières. Or, à partir du moment où les entreprises suivent les règles, les voisins n’ont plus le droit de poursuivre en justice. Le but du jeu, c'est de permettre aux usines de poursuivre leurs activités, sans risquer des procès. La directive européenne Seveso de 1982, du nom d'une catastrophe industrielle survenue en Italie en 1976, qui classe les entreprises en deux catégories, seuil bas et seuil haut, fonctionne de la même manière. Les sites classés Seveso "seuil haut" sont obligés de créer des PPRT (plans de prévention des risques technologiques). L’idée, ce n’est jamais d'arrêter d’utiliser certaines matières toxiques, mais de le faire de manière supposément plus sûre.

 

source : https://www.arretsur...oux-euphemismes



#10 DzC

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Posté 29 septembre 2019 - 18:33

Pendant que tous les organes de propagande se sont jetés avec délectation sur la mort du mangeur de pommes,

 

aucune décence ces journalistes, ça en devient ecoeurant même. Comprends pas comment font les gens pour se taper de l'info pareille...  :vomi1:

Je n'ose  imaginer celui/celle qui regarde BFM ou ecoute RTL (les medias publiques c est pareil, juste un peu moins de pub) et qui se tape de la necro Chirac entrecoupée de pubs, tout ça en boucle !!!

Une vraie torture !!! People are strange...

Et apparement certains ont fait des selfies devant le cercueil !!!  :horreur_grosyeux:

Oui on peut le dire, la connerie n'a pas de limite !



#11 DzC

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    Bricoleur de génie

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Posté 30 septembre 2019 - 18:50

https://twitter.com/...3958656/photo/1



#12 Tis

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Posté 01 octobre 2019 - 12:01

Le nuage provoqué par l'incendie d'une usine à Rouen a bien traversé la Belgique
... et une partie des Pays-Bas



#13 Shivaya

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Posté 02 octobre 2019 - 12:41

 

Il tend la lettre comme s’il s’apprêtait à dévoiler une pièce à conviction, la preuve «que les autorités veulent cacher la vérité». Le dos droit sur une chaise de salon, le regard fixé sur le courrier il a un débit de voix limpide : «Biologie sanguine à réaliser à réception du courrier, ce lundi 30 septembre. Merci de bien vouloir adresser les conclusions médicales sous pli confidentiel au Service départemental d’incendie et de secours de la Seine-Maritime.» Fabien (1), 33 ans, est un pompier professionnel de Rouen. Depuis jeudi, il a passé environ quarante heures sur le site incendié de Lubrizol. «Et aujourd’hui, on me dit que mes propres résultats d’analyses me sont inaccessibles, qu’elles doivent rester confidentielles, s’alarme-t-il. Comment voulez-vous qu’on ne devienne pas paranos ?» Fabien en est persuadé : depuis le début du drame, ses «boss» mentent délibérément pour ne pas «créer un mouvement de panique» dans le clan des pompiers. «Dès le premier jour, on a manqué de bouteilles d’air au bout de deux heures, témoigne-t-il. On a été obligés de continuer le boulot avec des masques en papier. Ça sentait le soufre et l’hydrocarbure. La fumée était suffocante, le sol était recouvert d’une marée noire. Les employés de Lubrizol présents sur place étaient suréquipés. Mais nous, je voyais bien que nos tenues n’étaient pas du tout adaptées.»

 

la suite là : https://www.liberati...ssibles_1754843


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#14 Tis

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Posté 02 octobre 2019 - 22:41

Sale semaine pour les usines Seveso :
 

Après le feu qui a ravagé Lubrizol à Rouen (Seine-Maritime) jeudi 26 septembre 2019 et celui d’un entrepôt de la même ville dans la nuit du lundi 30 septembre au mardi 1er octobre, sans oublier celui d’un site classé Seveso à Toulouse (Haute-Garonne), c’est cette fois une entreprise du Luxembourg qui est touchée.

L’usine Euro-Composites d’Echternach (Luxembourg), à la frontière de l’Allemagne, a été touchée par un incendie, mardi 1eroctobre, vers 12h30. Elle fabrique des produits destinés à l’aéronautique et à l’aérospatiale.(...)
 
Selon un communiqué des pompiers luxembourgeois, près de 100 hommes étaient mobilisés sur ce gigantesque incendie industriel. Ils provenaient de dix centres d’incendie et de secours du pays. 
A 15h30, le feu « était sous contrôle », affirment les pompiers. Mais les « travaux d’extinction pourraient s’étaler sur plusieurs heures », selon eux.(...)
 
Selon L’Essentiel, l’incendie n’aurait pas fait de blessé sur place, alors que la fumée noire, visible à plusieurs kilomètres à la ronde, se dirige vers l’Allemagne voisine. Auprès du journal, Cédric Gantzer, porte-parole du CGDIS, précise : « Nous utilisons des drones pour faire un point précis de la situation et nous sommes à la recherche d’éventuelles substances nocives. »

L’incendie a également provoqué la pollution d’un cours d’eau, la Sure. « Les eaux d’extinction, la mousse d’extinction à base des substances polyfluorées, ainsi que des solvants et de la résine phénolique se sont écoulées vers la Sûre », peut-on lire dans un un communiqué du gouvernement.


 L'article complet (étrangement peu relayé par les grands media français) : https://actu.fr/soci...e_28082750.html


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#15 flanar l'ancien

flanar l'ancien

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Posté 03 octobre 2019 - 12:23

Pareil ici: pas beaucoup de relais dans la presse:

 

Omerta sur une catastrophe industrielle majeure aux portes de Paris

En plein été, une installation stratégique de la plus grande station d’épuration des eaux usées d’Europe est totalement détruite par le feu à trente kilomètres de la capitale. Il faudra entre trois et cinq ans pour la reconstruire, au prix, dans l’intervalle, d’une pollution gravissime de la Seine. Ce site n’a cessé d’enregistrer des sinistres de plus en plus graves depuis plusieurs années. Sa gestion est entachée par des dévoiements sans précédent en matière de marchés publics. Un désastre absolu, qui ne suscite qu’une inquiétante indifférence.

https://blog.mondedi...trielle-majeure


Modifié par flanar l'ancien, 03 octobre 2019 - 12:23 .


#16 Shivaya

Shivaya
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Posté 03 octobre 2019 - 13:10

 

Nouvelle hécatombe de poissons

Dans la nuit du vendredi 26 au samedi 27 juillet, de violents orages provoquaient une nouvelle pollution de la Seine du côté de Sartrouville, Conflans-Sainte-Honorine et Andrésy.

« Nous avons géré au mieux l’assainissement, mais nos capacités actuelles de traitement ne permettent pas d’excéder un débit de 17 m3 par seconde. Or, on a atteint 38 m3 par seconde », expliquait le directeur de SAV. En dépit du stockage dans son réseau et du soutien d’autres usines de traitement en aval, l’usine s’était contentée d’une simple « décantation ».

Dans toute la région parisienne, les gigantesques émissaires du SIAAP reçoivent en effet par temps de pluie, outre des eaux usées, des quantités énormes d’eaux « pluviales », fortement polluées après avoir ruisselé sur les chaussées. Comme Achères traite en temps normal jusqu’à 60 % des flux de l’agglomération, le scénario catastrophe se reproduira mécaniquement aussi longtemps que l’unité de « clarifloculation » n’aura pas été reconstruite, ce qui demandera trois à cinq ans et devrait coûter une centaine de millions d’euros. Avec pour conséquence de graves pollutions de la Seine, qui placeront la France en position délicate vis-à-vis de l’Union européenne, puisque plusieurs directives nous contraignent depuis le début des années 1990 à reconquérir une bonne qualité des eaux, sanctions financières à l’appui si l’objectif n’est pas atteint.

Fin juillet on recensait déjà un minimum de 10 tonnes de poissons morts.

 

entre ça et l'extrait du pv du CHSCT du SIAPP, je sais pas lequel me file le plus la nausée... les deux, je crois...



#17 Livy-Dagore

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Posté 03 octobre 2019 - 14:40

Il est grand temps de mettre un terme aux usine classées Seveso!



#18 FLOYD

FLOYD

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Posté 03 octobre 2019 - 17:10

Il est grand temps de mettre un terme aux usine classées Seveso!

Voilà une injonction bien péremptoire. 

Mesure-t-on tout ce que cela impliquerait dans des domaines qui concernent aussi  des besoins du quotidien? (énergies, machines, savons, fertilisants, design…)



#19 Livy-Dagore

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Posté 04 octobre 2019 - 14:24

Eh bien çà c'est un problème très crucial. :morpheus:



#20 Shivaya

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Posté 04 octobre 2019 - 15:14

Les raisons pour lesquelles le Préfet s'est empressé de dire que tout allait bien ? Peut etre parce qu'il a allègrement autorisé Lubrizol à augmenter sa capacité de stockage sans aucune étude environnementale ?

https://france.attac...fecture-dans-l?

 

 

Des documents interpellent sur la responsabilité de la préfecture dans l’incendie de l’usine Lubrizol
mercredi 2 octobre 2019, par Attac France

Jeudi 26 septembre dans la nuit, un incendie s’est déclaré dans l’usine Lubrizol, classée « Seveso seuil haut », à Rouen. Il s’agit d’une installation parmi les plus dangereuses et les plus polluantes de l’Union européenne. Employant près de 400 personnes, l’usine appartient au groupe de chimie américain Lubrizol Corporation, lui-même propriété de Berkshire Hathaway, la holding du milliardaire Warren Buffett.

Alors que les autorités ont mis 5 jours à publier la liste des produits [1] entreposés dans l’usine malgré les demandes répétées de transparence, la population s’inquiète toujours des conséquences sanitaires et environnementales provoquées par cet incendie. Plus de 5250 tonnes de produits chimiques ont été la proie des flammes, dont certains contenant des substances suspectées d’être toxiques pour la reproduction, cancérogènes ou toxiques pour certains organes ou par inhalation. Les autorités continuent pourtant à affirmer que « la qualité de l’air est stable » et que l’eau n’est pas polluée, tout en interdisant la vente de produits agricoles locaux dans plus de 150 communes et tout en invitant les habitant.e.s à ne pas nettoyer à mains nues les dépôts de suie.

Des documents montrent que la préfecture a pris, depuis 2018, au moins 3 arrêtés concernant l’entreprise Lubrizol. Ces arrêtés préfectoraux l’ont autorisé, coup sur coup en janvier puis juin 2019, à augmenter ses capacités de stockage de produits chimiques qui lui valent la classification Seveso. Aucune évaluation environnementale n’a précédé ces autorisations préfectorales. La préfecture s’est appuyée sur un décret gouvernemental de juin 2018 pour donner son feu vert : la réglementation des installations classées a en effet fait l’objet de nombreux assouplissements ces dernières années, notamment depuis que Emmanuel Macron est devenu président de la République.

Compte-tenu des zones d’ombre persistantes, des nombreuses questions sans réponse et des exigences de transparence et d’accès à l’information - des milliers de personnes ont manifesté à Rouen ce mardi pour dire « Nous voulons la vérité » - nous prenons la responsabilité de rendre accessibles au plus grand nombre ces documents concernant l’entreprise Lubrizol :

Par ailleurs, à la lecture de ces documents, nous comprenons qu’un arrêté préfectoral a été pris le 18 mars 2019 portant sur la « modification des règles environnementales ». Or, à ce jour, nous n’avons pu retrouver ce document alors qu’il est censé être public.

Sous la plume du journaliste Laurent Radisson, le site Actu Environnement a fait référence [2] dès le lundi 30 septembre à certains de ces documents qui interrogent la responsabilité de la préfecture et du préfet de Seine-maritime : l’ampleur de l’accident industriel de Lubrizol est-il lié et/ou aggravé par les augmentations de capacité réalisées sans que l’autorité environnementale ait eu son mot à dire ? Malheureusement, à ce jour, la préfecture refuse de s’exprimer à ce sujet. Il nous semble par ailleurs que ces informations importantes ont été peu reprises et diffusées.

Il est urgent que les autorités répondent enfin aux questions qui leur sont posées et publient tous les documents en leur possession, y compris les analyses complètes et détaillées des suies et fumées recueillies.

Nous invitons également celles et ceux qui disposeraient d’informations utiles (responsabilités de l’entreprise, conditions d’entreposage, impacts sanitaires et écologiques, etc) à les rendre publiques, d’une manière ou d’une autre. A notre échelle, nous proposons de nous transmettre vos documents et informations à l’adresse infos-rouen@attac.org.

Attac France tient à témoigner tout son soutien à la population légitimement inquiète et mobilisée sur le territoire rouennais et alentours.