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Pensée unique : mode d'emploi


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1 réponse à ce sujet

#1 _Shivaya_

_Shivaya_

Posté 21 juillet 2004 - 14:32

Ce post fait suite à celui ci http://www.onpeutlef...pic.php?p=38359 et surtout à la petite phrase tirée de l'article du Monde, qui m'a rappelé les 3 étapes de la mise en place d'une pensée unique décrite par le journal La Décroissance :
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Pensée unique : mode d'emploi
Pourquoi parle-t-on toujours dans les médias dominants de croissance et jamais de décroissance ? Toujours plus et jamais moins ! Parce que le modèle de croissance va de pair avec la pensée unique. Pour que la croissance soit considérée comme indépassable, il faut formater les têtes, restreindre les imaginaires. Le but : instaurer un modèle, qui, comme tout système totalitaire, ne supportera pas la contradiction.
Comment mettre en place ce système ? Réponse en trois grandes étapes avec trois grands exemples : la grande distribution, l'automobile, la croissance.

Première étape : imposer le cadre de pensée
Délimitez le cadre dans lequel il est autorisé de penser. Vous pourrez du coup rejeter tout débat hors de ces normes.
Dites :
- "Tout le monde va au supermarché. On ne peut pas être contre les supermarchés !"
- "Tout le monde a une voiture. Vous ne pouvez pas être contre l'automobile !"
- "Tout le monde est pour la croissance économique. On ne peut pas être contre la croissance économique !"


Puis présentez votre opinion comme un fait , auquel il serait absurde de vouloir s'opposer. En effet, on ne peut pas s'opposer à la réalité.
Expliquez que...
- "Passer du commerce de proximité aux supermarchés est une évolution naturelle, aussi naturelle que le passage de l'âge de bronze à l'âge de fer"
- "L'automobile est un progrès et on sait bien qu'on n'arrête pas le progrès"
- "La croissance économique est un phénomène naturel inhérent à la condition humaine. Vouloir s'y opposer serait aussi absurde que de contester le fait que la Terre tourne autour du soleil"


Deuxième étape : les faux ennemis sont les meilleurs amis
Il est probable que vous rencontriez des résistances et des esprits renégats.
Canalisez alors ces mécontentements en créant une fausse critique. Elle sera la meilleure alliée pour vérouiller votre système.
Ainsi
- Ceux qui dénoncent les ravages de la grande distribution, enjoignez-les à travailler avec l'association Max Havelaar pour distribuer du café "équitable" dans les rayons des supermarchés.
- Aux personnes qui se révoltent contre les ravages de l'automobile, vous leur direz de militer pour la "voiture propre"
- Ceux qui considèrent que la croissance économique détruit la planète rejoindront le mouvement pour la "croissance verte" ou le "développement durable"
Ainsi,
- Si on critique la grande distribution, vous accuserez votre contradicteur d'être contre le commerce "équitable"
- si on critique l'automobile, vous accuserez votre contradicteur d'être contre la "voiture propre"
- si on critique la croissance, vous accuserez votre contradicteur d'être contre le "développement durable"

Troisième étape : réduire les derniers insoumis
Technique 1 : marginaliser le contradicteur
Pour fragiliser les derniers récalcitrants, faites-leur comprendre que leur comportement risque de les mettre au ban de la société :
"Seuls quelques marginaux ne vont pas dans les supermarchés, refusent l'automobile ou l'économie de croissance. Certes ils sont sympathiques, mais ils se sont exclus de la société. Leur propos est trop minoritaire pour être recevable"
Vous pouvez compter sur le fait que personne ne veut être marginalisé, nous avons naturellement envie d'être accepté par nos semblables.

Technique 2 : psychiatriser les contradicteurs
Certains continuent à vous contredire. C'est vraiment insupportable ! Tous les systèmes totalitaires ont envoyé leurs dissidents à l'asile.
Cette méthode est excellente, prenez-la comme modèle : "Voyons, soyez raisonnable ! On ne peut pas être contre les supermarchés, l'automobile ou l'économie de croissance." Sous entendu, celui qui l'est est un dingue, un taré. Vous renverrez ainsi l'opposant à sa part de folie. Part de folie que nous possédons tous dans une certaine mesure, car nous sommes humains. Etre renvoyé constamment à cette part de folie est psychologiquement intenable. L'opposant finira par craquer et rejoindre le troupeau.
Insistez au besoin : "Seuls les fous, les malades mentaux, ne vont pas dans les supermarchés, refusent l'automobile ou l'économie de croissance. C'est une attitude pathologique qui renvoie à des névroses. Ces personnes doivent consulter au plus vite un spécialiste"

Dans cette logique, tout opposition réelle et franche, tout propos radical, dans le sens où ils vont à la racine des problèmes et ne se contentent pas d'une approche superficielle, seront qualifiés d'extrémistes.
"Votre choix de ne pas aller dans les grandes surfaces, de refuser l'automobile et l'économie de croissance, est vraiment radical, donc extrémiste, donc maladif. Pourquoi cette haine ? La haine est compulsive et pathologique. Vous êtes certainement névrosé
As tu pensé à aller voir un psychanalyste ?"
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La Décroissance est une émanation de Casseurs de Pub, un groupement qui lutte contre la publicité actuelle qui s'est érigée en "directeur de pensée", en "dictateur de bonne conduite" avec un outil particulièrement efficace : la télévision. Il n'y a qu'à lire la dernière déclaration du patron de TF1 à propos du rôle de la TV, qui est là "pour préparer le cerveau du téléspectateur à accepter Coca cola (la publicité)".
Composés de personnes de différents horizons, Casseurs de Pub connait bien la pub, le marketing, la communication... Et dans le domaine de la pensée unique, ce sont des vecteurs efficaces avec ses slogans et ses phrases toutes faites qui vous formate le cerveau aussi bien que la méthode Coué Image IPB Les dix canons de la pensée unique

1 - Le sophisme de l'inéluctable. "Soyez réaliste", "Que vous le vouliez ou non"... : En économie, il n'y a pas de pensée unique, il y a simplement une réalité unique Alain Minc, L'évènement du jeudi 17/09/98

2 - La disqualification du passé Le passé, c'est dépassé. Ainsi, toute solution qui fonctionnait dans le passé (par exemple ; le recours au keynésianisme) est considérée comme nulle. La pensée unique amalgame systématiquement la contestation de la modérnité et les exemples "historique" d'erreurs passées. Tout renvoi aux analyses de Marx, par exemple, est disqualifié à cause du stalinisme ; défenre le "service public" est en soi une idée ringarde ; il suffisait à Giscard, pour "disqualifier" Mitterand, de lui dire "Vous l'homme du passé"

3 - Toute innovation technique est un bienfait social à mettre en oeuvre immédiatement : OGM, nucléaire, téléphone portable, etc. Toute évolution sociale est un progrès humain. De toute façon, c'est bien connu : "On n'arrête pas le progrès" ou "On finira bien par trouver une solution". Exemple : l'élimination des déchets radioactifs !

4 - La réussite même d'une réalisation technique suffit à la justifier "Nous sommes arrivés à aller sur la Lune, cela justifie la conquête spatiale", "Le Concorde est beau, donc il est positif". Et s'il y a un crash, on cherche une super solution technique au dysfonctionnement technique car... on ne revient pas en arrière !

Toute critique d'une réalité existante est irréalisté Le réel vaut du simple fait qu'il est. En fait, c'est un réel choisi, puisque ces mêmes défenseurs du réel-tel-qu'il-est peuvent accuser d'autres réalités, comme par exemple, les "acquis sociaux", de "rigidités" ou "d'immobilismes". Bref, on vante le réel économique contre le réel social... qui résiste à l'oppression.

Toute critique est par essence négative Il faut positiver : [i]Avec Carrefour je positive


L'intimidation majoritaire... A partir d'une majorité avérée - "51 % des Français pensent que" - ou construite sur des sondages. Ce qui est minoritaire est anormal ou contre-nature. Il faut faire comme les autres (ou comme les autres sont supposés faire).

8 - Naturaliser la norme d'aujourd'hui Le "normal" actuel est le "naturel" de tout temps. Le marché est l'état de nature, disait Alain Minc, en confondant le petit marché villageois africain et l'Organisation Mondiale du Commerce.

9 - Invoquer la "modération" et le "juste milieu" pour accuser de "jusqu'auboutisme" ceux qui refusent les faux compromis. Par exemple, lors du référendum sur le Traité de Maastricht, le "oui" fut présenté comme "le choix du bon sens et de la jeunesse" (Bérégovoy), tandis que les partisans du "non" étaient littéralement dénoncés comme "frileux et archaïques".
De même, le "développement durable" se présente comme une solution humaine et équitable, de sorte que ceux qui le contestent ont l'air de dangereux extrémistes.

10 - La concession de façade Concéder l'existence de certains "dysfonctionnement", mais toujours pour en faire des petites "dérives" du système, et non des conséquences directes de sa logique. La pauvreté dans le monde est un problème de mauvaise régulation de la globalisation, non la conséquence directe de la globalisation en tant que telle ; les problèmes de circulation routière viennent du manque d'autoroutes et de tunnels, non de prolifération insensée des transports par route.