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26 réponses à ce sujet

#21 Johan de Dina

Johan de Dina
  • Localisation:Comtat de Nissa
  • Intérêts:Oeuvre du phylosophe Inuit : Apert SooN

Posté 27 aot 2004 - 18:59

Je n’ai pas été là pendant un certain temps. En fait, j’étais dans la vallée du Jabron avec les habitants de Jansiac (la Nef des Fous). Une communauté visant l’autarcie et l’autonomie et qui vient de fêter son trentième anniversaire. Je dois dire que je partage à la fois leur objectif et leur mode de pensée. ( L’utopie du philosophe inuit A. Personne)
Pourtant, notre parcours historique est fort différent.
Ils font partie des gens qui ont évité l’affrontement avec le système à partir des années 70 pour les plus anciens. Je fais partie des gens qui on choisit l’affrontement radical avec l’état et le système durant trente ans. Ils ont fait des études universitaires pour la plupart (science humaine). Je n’ai pas le moindre diplôme issu d’un cursus " éducation nationale ".
Au point de vue des apparences (comme dirait Pionner), ils ont plutôt le look baba-cool, et j’ai plutôt le look cheveux court et rasé de prêt. ( Je me coupe les cheveux tous seuls depuis plus de 25 ans).
Ma prise de conscience des problèmes écologique est venue de pratiques rurales traditionnelles, là leur est venue dans un premier temps d’une pratique intellectuelle.
Bref, nous avons cheminé sur des sentiers différents pour finalement nous retrouver dans un même lieu et partager des idées, des visions, des projets et des points de vue identiques.
Durant ces trente années, ils seront passés par la phase idéologique, organisationnelle, collectiviste, instinctiviste et laisser aller, etc… pour arriver à un fonctionnement " libertaire " qui respecte l’individu (Stirner). Jusque-là, j’étais plutôt Makhno, Villa ou Zapata.
L’aspect autosuffisance alimentaire est pratiquement acquis, sans nuire au milieu et à l’environnement, l’autoconstruction est en voie de réalisation, et l’autosuffisance énergétique va bientôt dépasser le stade expérimental.
C'est un lieu, trés isolé, 25 minutes de piste, 300 hectares,pas d'électricité, mais ça ne me change pas de chez-moi
C’est une structure qui ne pratique pas l’alternative business. Pour construire quelque chose au bénéfice de la communauté, on n’utilise pas la main d’œuvre " jeune éco-volontaire " et ont n’amortie pas les frais en organisant des stages de formation. On ne recherche pas les subventions à travers l’accueil des précaires sociaux, on ne commercialise pas à l’extérieur les produits issus de l’agriculture ou de l’artisanat communautaire.( personnel ou interpersonnel).
Comme disait Ecliplux, " Le meilleur moyen d’affronter un système est de ne plus y participer " A force de mener des combats d’arrière garde et de reculer et après avoir fait le constat que la voie de l’intégration au système n’était pas envisageable ; on finit par avoir envie de se poser et de ne plus reculer.
À part cela, les nouvelles sont bonnes : La semaine dernière France Info a annoncé que pour la première fois la demande mondiale en pétrole avait dépassé les capacités de production.
La décroissance involontaire est en route et va peut-être diminuer l’empreinte humaine sur la planète.
Pour les Courmettes, je connais bien ; il y a eu un maquis en 43-44 et j’ai participé à une colonie de vacance en Nissart là-haut dans les années 78. Il y avait deux frères qui avaient encore des moutons et qui avaient réceptionné un parachutage.
En ce moment, j’ai le bois à finir, mais vers octobre, comme je dois récupérer des ruches à Caussol, je ferais peut-être le détour.

Viva e buon coradge

#22 _Lohey_

_Lohey_

Posté 28 aot 2004 - 11:47

Salut Johan ! (c;

Une communauté isolée et en autarcie de près de 30 ans a dû vivre l'expérience de la nouvelle génération. Comment ont-ils fait et font-ils ? Comment leurs enfants, jeunes adultes, découvrent l'amour, la sexualité les rapports humains ?

Jeu suis très intéressé d'avoir leurs expériences sur ce point, si tu veux bien témoigner... (c;

Modifié par Lohey, 28 aot 2004 - 11:47 .


#23 Frido

Frido
  • Genre: Homme
  • Localisation:La Patrie
  • Intérêts:Écovillage, energie renouvelables, simplicité volontaire.spiritualité, animisme.

Posté 28 aot 2004 - 13:20

Bonjour Johan et Lohey

J’ai entendu parler de la nef des fous et je suis content que tu en fasse une description.
Le constat que j’ai fait est que pour la plupart des vielle communauté, la nôtre a 25 ans d’âge, les différents cycles sont les mêmes malgré les différences de lieux et de culture. Que ce soit en Amérique ou en Europe, la phase partage se transforme en individualisme, puis renoue lentement avec le communautarisme et la coopération. Ici au Québec il existe deux vielles communautés soit ici et une autre au plateaux de l’anse St Jean. Toutes deux sont passées par des étapes qui ressemble à ce qu’ont été les communes ou villages d’antan qui eux aussi sont devenus un regroupement d’individualistes qui à cause du pétrole on pu avoir un travail qui ne dépendait plus de leurs voisins.

J’ai eu l’occasion d’échanger avec un homme qui lui avait vécu dans une communauté chrétienne ou la méditation et la prière était le but commun. Malgré leur bonnes intentions la majorité des couples se sont laissés pour un ou une autre personne du groupe et finalement le groupe s’est disloqué. Plus cela change plus c’est pareil.
Dans notre propre communauté j’ai été à même de constater le même phénomène ou les uns finissaient par forniquer avec la femme ou l’homme de l’autre couple pour finalement se séparer de leurs conjoints respectifs. Ils restaient toutefois en bon terme.

Pour ce qui est des enfants, une quinzaine ont été élevés dans notre communauté et se sont chargés de découvrir par eux mêmes la sexualité, par l’entremise de petits visiteurs dégourdis.
Certains enfants ont été initiés à la sexualité par des enfants de 10 et 11 ans alors qu’ils avaient à peu près le même âge.
Faut dire qu’à l’époque les parents se promenaient souvent tout nus l’été dans les jardins et à la plage et que pour eux nudité n’était pas synonyme de sexualité.
Ce n’est que plus tard à l’école du village qu’ils ont pris conscience de leur différences au travers du regard des autres.

Nous n’avons pas vécus en circuit fermé dans notre cas et la plupart des communauté que je connais ne le font pas non plus. Bien que les échanges ne sont pas aussi fréquents que dans la société en général nous ne produisons que 60% environ de ce que nous consommons. Certains devenus plus individualiste que d’autres sont par contre plus dépendants.

#24 Johan de Dina

Johan de Dina
  • Localisation:Comtat de Nissa
  • Intérêts:Oeuvre du phylosophe Inuit : Apert SooN

Posté 28 aot 2004 - 19:18

Salut Johan ! (c;

Une communauté isolée et en autarcie de près de 30 ans a dû vivre l'expérience de la nouvelle génération. Comment ont-ils fait et font-ils ? Comment leurs enfants, jeunes adultes, découvrent l'amour, la sexualité les rapports humains ?

Jeu suis très intéressé d'avoir leurs expériences sur ce point, si tu veux bien témoigner... (c;



D’abord un constat : " Les enfants de la génération fondatrice ne sont pas resté ; ils sont parti et ont essaimé ailleurs ".
Dans certaines communautés Amiches, Mennonites ou Gitane, on oblige les enfants à quitter la communauté " familiale " à la fin de leur adolescence pour vivre autre chose, faire leur expérience, et ils ont le choix de revenir ensuite vers la communauté matricielle.
Le problème des générations reste posé ; il y a les 50-60 dont je fais partie et il y a les 20-30 ans. Il y a un creux de génération qui correspond aux années noires de l’autonomie et de l’initiative (1980-2000). Il n’y a donc pas de couple avec de jeunes enfants (et je le regrette). Le plus jeune est un ado de 15 ans.
Il faut dire que matériellement l’isolation du lieu et les structures d’habitation sont restées sommaires, inconfortables et frugales. Elles correspondent à ce que j’ai connu étant enfant dans les milieux ouvriers et paysan pauvre de nos pays de montagne. Il est vraisemblable que pour une génération la double adaptation au milieu et à la communauté a été un frein.
Comment on découvre l’amour, la sexualité et les rapports humain ?
Certainement pas dans les livres, auprès d’éducateurs spécialisés, ou en confiant son destin à un psychiatre ou à une cartomancienne ?
C’est généralement après de tel parcours d’ailleurs que l’on se trouve moins bien dans sa peau.
Entre les premiers émois que l’on éprouve en apercevant sa cousine : pour l’amour.
Le fait que l’on s’aperçoive que le Lapin, le Chien, Le coq, le Jar, le Cochon, le Bouc éprouvent du plaisir à couvrir sa femelle : pour la sexualité.
Je précise pour les zoophiles que je n’ai jamais assistés aux rapports du berger avec sa biquette et pour les homos que j’ai vus par contre des chiens mâles prendre leur plaisir avec d’autre chiens mâles.
Il y a l’apprentissage de la vie qui dure jusqu’au jour ou l’on nous met en terre.( Les microbes et les vers qui nous décomposent se foutent avec juste raison de nos cicatrices).
En ce qui concerne les rapports humains, l’homme (ou la femme) animal social doit pour vivre en groupe accepter un mode de fonctionnement social communautaire (comme dans tous regroupement d’individus : la compagnie, la harde, la meute, le troupeau) indispensable à la survie du groupe et donc à sa propre survie. Et par ailleurs le groupe doit reconnaître à l’individu, un espace personnel indispensable a sa propre réalisation.
Ce qui se traduit par un espace communautaire (réfectoire), des ateliers interpersonnels (agroalimentaire, cuisine, métiers etc.) et des espaces individuels ou personnels (là où l’on dort, là ou l’on pense individuellement, là où l’on crée son environnement personnel, là ou l’on invite quelqu’un pour faire l’amour).
L’autre problème est la gestion des conflits interpersonnels. Un monde sans conflits, sans contradictions entre les individus doit ressembler à l’enfer ou au paradis, cet à dire que l’on n’y croiserait de toute façon que des morts.
Maintenant, je ne connais pas de recette sinon la sagesse.
Ce sont les leçons que l’on tire de la confrontation avec la pratique qui ont raison et nom les mots que l’on assemble et manipule pour couvrir une idée.
Ces leçons sont le bien commun de la communauté et ne sauraient donner raison à l’individu.
Si une idée se révèle bonne, elle est propriété de tous, si c’est une connerie, elle reste mienne.
Quant à la gestion des conflits entre l’individu et la communauté, elle est grandement atténuée par le partage d’un objectif commun (sa continuité) et le fait que les décisions sont prises à l’unanimité.
Ce qui peut parfois sembler freiner l’initiative personnelle ou interpersonnelle mais qui en fait contribue a la cohésion du groupe.
Voilà chers amis, mes premières impressions, elles sont forcément le fruit de ma propre appréhension du milieu et de ses habitants, mais pour essayer de mieux comprendre avant de peut-être m’y installer en intégrant le groupe actuel ou en participant à l’émergence d’un nouveau groupe ; je vais y retourner plusieurs fois.
" Ce n’est pas parce que tu a gardé une estive sur la montagne que tu comprend ce quelle te dis. " Vieux proverbe Gavoat.

#25 pionnier

pionnier

Posté 07 septembre 2004 - 07:52

(je réponds ici, mais je trouve qu’un fil spécial nef des fous eut été plus judicieux, d’autant que je vois pas trop le rapport avec le début de ce fil, sinon l’amoralisme).

Ils sont une demi-douzaine accrochés à un flanc de montagne depuis une trentaine d’années. De nombreuses personnes y ont pourtant séjourné…
Ce groupe est intéressant en particulier par son individualisme extrême. Ce qui devrait battre en brèche le stéréotype selon lequel les communautés sont moins individualistes que la moyenne….
Chacun dispose d’un lieu propre (se réduisant parfois à une vieille fourgonnette, certes). Prenons l'exemple de la vie amoureuse sur laquelle Lohey s'interrogeait. Les enfants n'y connaissent pas leur père. Pourquoi ? tout simplement parce que les Jansiacais considèrent qu’une histoire entre deux personnes ne concerne que ces deux personnes…
Quoique d’un autre côté, le plus « bavard » d’entre eux considère que celui qui n’accepte pas l’obligation de trois repas communs par jours n’a rien à faire dans ce genre de projet…

Pour faire le lien avec le début de ce fil… ils sont également amoralistes. Du moins c’est ce qu’ils prétendent (voir la référence à Stirner). Mais, en fait, ils écrivent des trucs comme : « L'utilisation comme carburant de l'huile de colza ou de tournesol est une insulte à ceux qui ont faim » pour moi l’amoralisme (que j’essaie de pratiquer) implique une absence de jugement de valeur. Or, ils ne se privent pas d’en faire !

Sinon, ce sont des adeptes de la phénoménologie de la perception (amis philosophes, vous allez vous régaler !). Pour eux, il y a bien Une vérité…

Le partage d’un objectif commun (sa continuité) et le fait que les décisions sont prises à l’unanimité.
Ce qui peut parfois sembler freiner l’initiative personnelle ou interpersonnelle mais qui en fait contribue à la cohésion du groupe.

Ils ne jurent que par l’unanimité, en effet.
C’est souvent un moyen pour un groupe initial de conserver le pouvoir par rapport à de nouveaux arrivants. En effet, si je veux changer quelque chose, je dois convaincre tous les autres, si je veux maintenir quelque chose, je n’ai besoin de convaincre personne, il suffit d’opposer mon veto… l’unanimité comme le système le plus respectueux de l’individu est une illusion. Car on oublie que tant que la décision n’est pas prise, une décision est bien prise de fait : le statut quo.

MMm, j’aurais pour ma part écrit les choses différemment :
"Ce qui freine l’initiative personnelle ou interpersonnelle, mais d’un autre côté, contribue a la cohésion du groupe… du moins pour ceux qui restent… :) " (il n'y a pas opposition entre freiner l'initiative et contribuer à la cohésion, ce sont deux caractéristiques indépendantes)

Durant ces trente années, ils seront passés par la phase idéologique, organisationnelle, collectiviste, instinctiviste et laisser aller, etc… pour arriver à un fonctionnement " libertaire "


Pourrais-tu détailler ? (en quoi consistent précisément ces différentes phases)

Cela dit, c'est un lieu fort sympatique dont je me sens très proche... j'essaie simplement de garder mon esprit critique, ma liberté de jugement. :)

à plus,
Pionnier

#26 Johan de Dina

Johan de Dina
  • Localisation:Comtat de Nissa
  • Intérêts:Oeuvre du phylosophe Inuit : Apert SooN

Posté 07 septembre 2004 - 09:27

Ils sont une demi-douzaine accrochés à un flanc de montagne depuis une trentaine d’années.

C'est "Regain" de Pagnol que tu nous décris là.
C'est encore quelque chose que tu as lu quelque part, ou tu y est passé.

#27 pionnier

pionnier

Posté 07 septembre 2004 - 09:56

Passé bien sûr. Je connais trop les inconvénients du téléphone arabe.
Mais se renségner auprès de ceux qui ont une expérience plus longue, peut être instructif.
Désolé pour le côté littéraire, je ferais plus attention la prochaine fois :)