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Faire reverdir le désert


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93 réponses à ce sujet

#81 Tis

Tis

    Curieuse palmée

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Posté 06 juin 2012 - 12:51

Nicole, contrairement à ce qu'on imagine souvent la ville est un lieu de très grande diversité biologique, provenant souvent du monde entier. Mais cette idée de "frontage" me plaît bien et serait déjà très intéressante même sur 10 cm de largeur quand les trottoirs sont étroits.

Strychnine c'est une bonne idée mais je me demande combien de ces arbres survivront après quelques années. Ma soeur m'avait donné il y a une dizaine d'années un figuier de la région parisienne qui avait bien repris et donnait des fruits délicieux mais n'a pas résisté au fort gel de cet hiver.

Pour les déserts, Floyd, je pense de plus en plus que semer à la volée n'est pas forcément efficace (le vent le fait déjà). Outre la diffusion de plantes comme le câprier à l'aide des oiseaux évoquée récemment, il me semble qu'il faudrait étudier de plus près les associations qui réussissent entre les plantes et profiter de leur synergie pour les aider à se multiplier. Un exemple à propos du pistachier (Pistacia atlantica) et du jujubier (Ziziphus lotus) :

Une bonne régénération naturelle des pieds du pistachier de l’Atlas a été observée surtout dans les zones protégées comme les anciens cimetières et les marabouts de Sidi Makhoukh à El Aioun, Sidi Yahya d’Oujda, et la réserve d’Erraef près de Réchida. D’une superficie d’environ 700 ha, cette dernière représente le meilleur vestige de la formation de dégradation du pistachier de l’Atlas de la Région orientale du Maroc.
Cette régénération se fait en général à l’intérieur de touffes de Ziziphus lotus (L.) Lam. (Rhamnaceae) qui protège les jeunes pousses du pistachier de l’Atlas contre le pâturage, et favorise la germination de ses graines et la croissance de ses jeunes pousses en enrichissant le sol par la matière organique. Une régénération du pistachier de l’Atlas a aussi été observée à l’intérieur d’une touffe d’Asparagus stipularis Forssk. (Asparagaceae). Lorsque le jeune pied régénéré atteint une certaine hauteur en s’adaptant au milieu, le jujubier se retrouve dans une strate inférieure et disparaît progressivement de son alentour immédiat. Dans la zone de Figuig, où le climat est saharien, nous avons remarqué quelques cas de régénération du pistachier de l’Atlas au niveau des falaises de montagnes difficilement accessibles, jouant aussi le rôle d’abri pour des animaux s’alimentant sur le pistachier de l’Atlas d’une part et retenant de l’eau des précipitations qui favoriserait la germination des graines d’autre part.


http://be.biomatec.o...OBI_article.pdf

#82 nicole sa tribu et sa ménagerie

nicole sa tribu et sa ménagerie

    deux mains gauches

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Posté 06 juin 2012 - 13:57

Nicole, contrairement à ce qu'on imagine souvent la ville est un lieu de très grande diversité biologique, provenant souvent du monde entier. Mais cette idée de "frontage" me plaît bien et serait déjà très intéressante même sur 10 cm de largeur quand les trottoirs sont étroits.

Strychnine c'est une bonne idée mais je me demande combien de ces arbres survivront après quelques années. Ma soeur m'avait donné il y a une dizaine d'années un figuier de la région parisienne qui avait bien repris et donnait des fruits délicieux mais n'a pas résisté au fort gel de cet hiver.

Pour les déserts, Floyd, je pense de plus en plus que semer à la volée n'est pas forcément efficace (le vent le fait déjà). Outre la diffusion de plantes comme le câprier à l'aide des oiseaux évoquée récemment, il me semble qu'il faudrait étudier de plus près les associations qui réussissent entre les plantes et profiter de leur synergie pour les aider à se multiplier. Un exemple à propos du pistachier (Pistacia atlantica) et du jujubier (Ziziphus lotus) :

Une bonne régénération naturelle des pieds du pistachier de l’Atlas a été observée surtout dans les zones protégées comme les anciens cimetières et les marabouts de Sidi Makhoukh à El Aioun, Sidi Yahya d’Oujda, et la réserve d’Erraef près de Réchida. D’une superficie d’environ 700 ha, cette dernière représente le meilleur vestige de la formation de dégradation du pistachier de l’Atlas de la Région orientale du Maroc.
Cette régénération se fait en général à l’intérieur de touffes de Ziziphus lotus (L.) Lam. (Rhamnaceae) qui protège les jeunes pousses du pistachier de l’Atlas contre le pâturage, et favorise la germination de ses graines et la croissance de ses jeunes pousses en enrichissant le sol par la matière organique. Une régénération du pistachier de l’Atlas a aussi été observée à l’intérieur d’une touffe d’Asparagus stipularis Forssk. (Asparagaceae). Lorsque le jeune pied régénéré atteint une certaine hauteur en s’adaptant au milieu, le jujubier se retrouve dans une strate inférieure et disparaît progressivement de son alentour immédiat. Dans la zone de Figuig, où le climat est saharien, nous avons remarqué quelques cas de régénération du pistachier de l’Atlas au niveau des falaises de montagnes difficilement accessibles, jouant aussi le rôle d’abri pour des animaux s’alimentant sur le pistachier de l’Atlas d’une part et retenant de l’eau des précipitations qui favoriserait la germination des graines d’autre part.


http://be.biomatec.o...OBI_article.pdf


Combien d'arbres resteront? On ne le sait pas mais peut-être certains développeront des résistances au froid au chaud...Puis ce n'est pas la première fois que la réussite sera au rendez-vous. J'ai bien aimé ce compte rendu sur le pistachier.

Puis tout dépend du mode de culture.
Je pense que les arbres trop arrosés au début, survitaminés, ne viennent pas vieux.
Les semis semblent plus adaptés.
Planter sur buttes, dans des fosses, sur des gravas, contre des murs, près d'une mare, en symbiose ou non, sur brf, sur compost, dans un trou de taupe...Un jour ça marchera et si en plus on communique ses réussites....

Je fais attention maintenant aux semis spontanés d'arbres.

Modifié par nicole sa tribu et sa ménagerie, 06 juin 2012 - 14:02 .


#83 FLOYD

FLOYD

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Posté 06 juin 2012 - 21:58

Quand j'étais à l'école… on en était à sélectionner le thuyas qui résisterait le mieux en tentant des boutures dans de la glaise…

Les botanistes et autres observateurs de la nature naturelle, savent déterminer les espèces dites "pionnières". Celles qui par leurs semences nombreuses et agressives sont capables de peupler un sol minéral et nu. On peut parier dessus avec assez de chances de réussite.

Le plus délicat consiste à trouver la place assez tôt pour introduire les espèces plus fragiles qui ont besoin d'un sol organique pour se développer.

Pour la question du surpaturage forestier, on se souvient du film Egoual, la forêt retrouvée… n'est-ce pas?

#84 Tis

Tis

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Posté 07 juin 2012 - 10:08

Oui mais je n'ai pas encore pu voir ce film ici, mon réseau d'informateurs associatifs régionaux ne m'ayant pas signalé sa projection.

Si semer à la volée des graminées peut se concevoir (mais encore une fois est-ce utile si le vent s'en charge ?), les boutures elles sont forcément réservées à ceux qui se sentent capables d'assumer une pépinière et d'être là en permanence pour l'arroser. Des actions plus ponctuelles peuvent toutefois être effectuées par ceux qui veulent juste aider la nature ou par ceux qui voyagent. Elles ne peuvent être efficaces qu'en tenant compte des contraintes de la plante, du milieu naturel et des aléas du climat. C'est pourquoi le semis en place me semble très important pour les espèces ayant une racine pivot comme on peut le déduire de cet extrait d'une autre étude sur le pistachier de l'Atlas :

Pistacia atlantica subsp. atlantica (le pistachier de l’Atlas) est « le seul arbre de la steppe » nord-africaine. Cette Anacardiaceae dioïque peut atteindre des dimensions dendrométriques imposante (25 m de haut et 5 m de circonférence). On le retrouve essentiellement dans les dayas (dépressions alluvionnaires) ou suivant le réseau hydrographique de ces régions.
L’étude des adaptations de son système racinaire en réponse aux variations texturales de son sol sous-jacent au niveau des individus de la population d’El-Guerssa (réserve nationale d’El Mergueb) a permis de déduire que le jeune pistachier émet un pivot séminal orthogéotrope d’où émanent beaucoup de ramifications secondaires. Avec l’âge, ce pivot disparaît et laisse les racines secondaires s’organiser selon la texture du sol. Si celui-ci est sableux, donc potentiellement moins humide et moins compact, quelques racines s’enfoncent vers des profondeurs plus humides et d’autres, se ramifient en surface pour exploiter les opportunités hydrominérales. S’il est limoneux, donc potentiellement plus humide et plus compact, ces racines tendent à développer un réseau horizontal peu profond. Avec l’âge, chez les plus vieux adultes, même en sol limoneux peuvent s’enfoncer des racines puissantes vers les profondeurs à la recherche d’humidité et d’ancrage.


http://www.ummto.dz/...-_cle07db9a.pdf

Modifié par Tis, 07 juin 2012 - 10:22 .


#85 FLOYD

FLOYD

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Posté 07 juin 2012 - 13:58

Fort de ces connaissances scientifiques pointues sur la morphogénèse des systèmes racinaires, sciences assez récentes, et de la nécessaire connaissance de la pédologie des lieux à reconquérir par la végétation, je vois possible d'adopter au cas par cas les mises en cultures ou les semis directs.

Qu'il faille des gens motivés et des conditions assez stables pour oser s'investir dans une pépinière, ça coule de source.
Jusqu'à présent, les peuples quittent les déserts qu'ils ont créés, pour s'empresser de recommencer bien souvent les mêmes erreurs ailleurs.
Les peuples arrivés d'Europe comme d'autres, ont tôt fait de dilapider les forêts californienne de séquoias géants, les acajous africains et les tecks indonésiens, les thuyas et les sapins rares des contrées extrêmes, les cèdres de l'Atlas et du Liban… et toute la forêt primaire d'Amazonie.

#86 Tis

Tis

    Curieuse palmée

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Posté 08 juin 2012 - 06:49

On peut aussi imaginer qu'en plus des jardiniers sédentaires, il y ait des nomades, des voyageurs et des randonneurs qui sèment de ci de là des plantes au bord de leurs chemins et dans leurs lieux de pause. Soit directement soit avec de petites boules d'argile préparées à l'avance et contenant noyaux, graines et un peu de vieille poudrette. En les enfouissant dans un buisson épineux ou tout contre une grosse pierre qui les protègeront et les ombrageront un peu et qui augmenteront leurs chances de survie.
Certains le feront dans l'espoir d'en recueillir un jour les fruits et d'autres pour la beauté du geste ou pour remercier la terre pour la beauté de ses paysages.
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#87 _strychnine_

_strychnine_

Posté 08 juin 2012 - 07:17

Oui Tis, en fait plus ou moins le même principe que la guerilla jardinière urbaine... http://jardinpotager...s-du-jardinage/

#88 FLOYD

FLOYD

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Posté 08 juin 2012 - 13:59

Tout cela est bien intéressant… j'aimerais aussi un vocabulaire pacifiste pour évoquer ces semis, ces plantations, ces vergers à graines, ces pépinières de multiplication, ces jardins de recherches.

Quand aux chantiers ils seront menés sur des kilomètres de bandes boisées, des hectares de forêts, des milliers de fruitiers; ce sont donc des millions de plants, de graines, de boutures, de greffes que l'on doit produire, mettre en terre, élever à toutes les fins utiles.

Imagine-t-on la logistique nécessaire pour ces programmes?
Peut-on encore faire comme s'il n'y avait pas urgence?

#89 _strychnine_

_strychnine_

Posté 03 janvier 2014 - 13:46

Encore un article intéressant sur le sujet http://www.lalibre.b..._medium=twitter

 

 

Et si l'agroécologie revitalisait la terre morte?

REPORTAGE > VALENTIN DAUCHOT AU BURKINA FASO Publié le 

samedi 28 décembre 2013 à 05h39 - Mis à jour le  jeudi 02 janvier 2014 à 06h56
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PLANÈTE En Afrique, plusieurs chercheurs étudient l'intérêt d'utiliser des ressources naturelles pour fertiliser des sols desséchés sans passer par le coûteux intermédiaire de l'engrais.

Quelle plante va bien pouvoir pousser ici ?", s’interroge Lahmar Rabah en tapant du pied sur un vieux bloc de terre desséché. "On appelle ça Zippelé. Une terre recouverte par une carapace de fer qui la rend dure comme du caillou et quasiment minérale". Au Burkina Faso comme dans la plupart des pays voisins, on en retrouve partout. Dans la brousse, le long des routes, sur les terrains abandonnés… Toutes les zones où la population ne cultive plus.

D’un pas décidé, le chercheur algérien se dirige ensuite vers un coin d’ombre pour retirer de sa tête le grand chapeau de paille qui masque son visage, et éponger son front. Il fait près de 40°C dans la banlieue de Ouagadougou. Le moindre effort est insupportable et on imagine à peine la débauche d’énergie nécessaire pour cultiver un sol aussi compact par une telle chaleur. "L’état de dégradation de ces terres et le manque de matières organiques accentuent encore les effets de la sécheresse", regrette Lahmar Rabah, qui dirige depuis un an une étude expérimentale sur ce terrain proche de la capitale burkinabée. "Mais ce manque de fertilité n’est pas une fatalité. Les paysans ont eux-mêmes développé des techniques totalement naturelles pour revitaliser ces sols, qu’il est grand temps de réutiliser". Des techniques comme le Zaï, de petites cuvettes creusées manuellement dans le sol pour piéger et concentrer l’eau de pluie au pied des plantes qui poussent dans les zones arides.

L’arbuste magique

" Une fois qu’on est parvenu à maximiser les ressources en eau ", poursuit Lahmar Rabah, "on remet de la vie dans le sol". Le citadin européen voit principalement un vieux champ sec, un petit trou en terre, et un arbuste qui ferait une victime idéale pour une pause pipi. Lahmar Rabah, une ressource accessible dans presque tous les villages sahéliens où elle est essentiellement utilisée pour la médecine, qui pourrait transformer un terrain inutile en champ fertile. "Regardez", poursuit le chercheur. "Qu’est-ce que vous voyez ?" Une terre désertique. "Et ?" Une petite bosse où trône un arbuste. "Exactement, le Piliostigma reticulatum. Cette petite bosse, c’est un îlot de fertilité dans un environnement où rien d’autre ne pousse. Avec une racine pivot qui peut descendre jusque 20m, l’arbuste va chercher de l’eau dans les profondeurs du sol pour la redistribuer en surface. Lorsque ses racines et ses feuilles se renouvellent, elles constituent une importante source de fertilité riche en carbone et en éléments nutritifs qui se concentre au pied de l’arbuste et provoque l’activité des termites. Ces termites ramènent de la terre fine vers la surface et créent la petite bosse fertile que vous voyez".

Il suffit alors de combiner cette plante pérenne très sociable avec des plantes annuelles comme le mil, le sorgho ou le niébé pour optimiser leur développement, et les faire pousser sur des terrains réputés incultivables.

"L’arbuste va jouer un rôle de facilitateur pour la culture en améliorant la qualité du sol", précise Lahmar Rabah. "Son gros avantage, c’est qu’il ne prend pas de place. Il ne vient pas rivaliser avec la culture. Quand les céréales poussent, on le coupe au ras du sol, et quand leur cycle de culture est terminé, l’arbuste repart et devient la seule ressource verte de la terre".

10 000 poquets de sorgho

Preuve s’il en fallait, la plupart des pieds de sorgho cultivés dans ce champ expérimental sont plus imposants que les spécimens voisins. "On a mis un tout petit peu d’engrais", concède Lahmar Rabah, "parce que nous sommes partis d’un sol qui ne proposait rien du tout. Mais cette année, nous avons divisé les quantités par deux et on ne mettra plus rien du tout par la suite. La matière organique prendra le relais".

C’est un peu le problème des paysans : les arbustes ne suffisent pas. Il faut apporter d’autres ressources organiques pour stimuler l’activité du sol, mais le fumier, les composts et autres résidus de culture ne sont pas abondants ou prioritairement destinés au bétail. Le Zaï est extrêmement efficace, mais nécessite, lui, près de 500 heures de travail manuel par hectare en pleine saison sèche.

Les paysans vont-ils accepter une telle surcharge de travail ? Ont-ils la maîtrise et la main-d’œuvre nécessaire pour appliquer ces techniques de manière adéquate ? "C’est une vraie question, mais pour moi, l’agriculture de demain sera fortement écologique", estime l’agronome algérien. "Un tout à l’engrais ne servirait à rien. Ces sols sont pauvres, ils ont naturellement une faible capacité à retenir les éléments nutritifs, et si vous y répandez quantité d’engrais minéraux, une bonne partie va se retrouver directement dans les nappes phréatiques ou les barrages". "On réclame la révolution verte et des semences OGM ou hybrides, mais ce n’est pas un système adapté à ce type de terre", poursuit Lahmar Rabah. "Les paysans ont le sentiment que leurs sols ne donneront rien sans intrants, mais l’engrais ne leur est pas toujours accessible et reste très peu disponible. Alors oui, l’agroécologie demande un gros investissement humain et un apprentissage des techniques, mais elle reste accessible financièrement. Je pense que la richesse a détourné l’Europe de l’écologie vers la chimie agricole, mais aujourd’hui, une agriculture plus écologique s’impose de plus en plus". En 2012, la parcelle expérimentale de Lahmar Rabah a produit 1,5 tonne par hectare de sorgho. Trois fois plus que ce que produit un paysan burkinabé sur un espace similaire et sol de meilleure qualité.

Du temps pour changer

D’autres initiatives existent. A une cinquantaine de kilomètres de Ouagadougou, dix villages ont uni leurs forces pour délimiter leurs champs, créer du compost, monter une pépinière et cultiver des champs expérimentaux. Le tout relié par une route bordée d’eucalyptus utilisés en thé pour lutter contre le paludisme.

"Nous avons 700 mm d’eau par an", explique Seidou Kabore, collaborateur de l’association AZD qui chapeaute le projet. "C’est peu, mais c’est assez pour cultiver de manière écologique. Le problème au Burkina, c’est que le paysan est un homme résigné. Il a peur de l’échec parce que si ça ne fonctionne pas, il a tout perdu. Les informations sur l’agroécologie manquent, l’engrais est encore assimilé à une facilité de travail, et il faudra du temps pour changer ces perceptions".

Réunir plusieurs villages pourrait être une solution pour relativiser cette prise de risque, mais chaque localité a ses propres techniques et ses façons de cultiver qui peuvent être incompatibles entre elles. "La solution la plus durable est aussi la plus difficile", conclut Sanou Issouf de la confédération des organisations paysannes. "Mais les gens n’ont pas le choix Les cultivateurs burkinabés ne peuvent pas émigrer. Ils doivent vivre dans ces zones arides et adapter leur terre."

 

 

 

 

Tout cela est bien intéressant j'aimerais aussi un vocabulaire pacifiste pour évoquer ces semis, ces plantations, ces vergers à graines, ces pépinières de multiplication, ces jardins de recherches.

 

 

Et moi j'aime bien le terme de guerilla, car il implique une forme de résistance, de l'humain qui la pratique, et de la plante qui survit en milieu hostile.


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#90 FLOYD

FLOYD

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Posté 03 janvier 2014 - 22:27

Le chercheur algérien Lahmar Rabah a tout compris. Sanou Issouf de la confédération des organisations paysannes, aussi.
Le problème dans ses aspects techniques est connu et résolu.
Par contre il faut convaincre et mobiliser des fonds et du temps de main d'œuvre. Là, les freins sont énormes.

700 mm de pluies, il en tombe moins en Sarthe, mais nous avons rarement 40°C à l'ombre, il est vrai.
Les freins sont hélas les mêmes pour convaincre de planter et de pailler, de réaliser des cultures intercalaires, des engrais verts, du brf…

Puissent les cultivateurs burkinabés réussir!

#91 Tis

Tis

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Posté 07 fvrier 2014 - 15:12

Une autre expérience très intéressante est menée depuis 1987 en bordure sud du Sahara, au Niger, où une famille norvégienne a créé une station de recherches sur un terrain de 20 hectares clôturé pour étudier de nombreuses plantes vivaces locales.

Le but étant de permettre aux paysans de revégétaliser des zones très arides grâce au semis direct d'arbres et de buissons vivaces, produisant des fruits comestibles, capables de se développer sans irrigation ni intrants avec des précipitations annuelles d'environ 200 mm en moyenne sur seulement 3 mois/an.
Les espèces ayant différents temps de récolte, il y a quelque chose à récolter toute l'année (fleurs, feuilles et/ou fruits).

Quelques espèces sont évoquées sur leurs sites mais ils en étudient beaucoup d'autres : Ziziphus spina-christi (jujubier), Maerua crassifolia, Boscia senegalensis (aizen), Panicum turgidum (millet sauvage), Faidherbia albida (Acacia albida), Cordia Nervilli, Dania...

 

Le semis direct signifie que vous semez un arbre directement dans la terre sans l'arroser, au lieu d'élever une jeune plante dans une pépinière protégée et de la transplanter plus tard.
Bien que la plante se développe lentement, la plante vivace crée un système de racines extensif. Ceci permet à la jeune plante d'atteindre l'humidité restante dans le sol longtemps après la fin de la saison des pluies.



1451226309.jpg

http://www.esthergar...-field-station/

 

J'aime bien leur philosophie:
 

L’homme peut soit détruire son environnement, soit être constructif en résolvant les problèmes qui y apparaissent. En accroissant la population de plantes vivaces, les fermiers deviennent des agents pour la stabilisation de leurs terres. Ils vivent ensuite en harmonie avec leur environnement dans une relation symbiotique, où la terre bénéficie de la présence humaine à travers le nombre accru de plantes vivaces, et où l’homme bénéficie de son propre contrôle actif de la désertification.

La solution d’Eden à la désertification consiste en ce que les fermiers stabilisent eux-mêmes leur environnement, en cultivant des plantes comestibles et vivaces en association dans leur champs. Les plantes vivaces agissent comme une ancre qui stabilise le sol contre l’érosion éolienne et hydrique, et améliore sa fertilité. Ceci protège la barrière verte naturelle, car si les fermiers cultivent les plantes vivaces, ils les respecteront, et il sera moins probable que celles-ci soient abattues. Là où les fermiers cultivent des plantes annuelles en association avec les plantes vivaces, leurs terres produiront plus de nourriture, dû à la fois à la présence des plantes vivaces et au rendements supérieurs des annuelles, ce qui amoindrira le besoin de cultiver dans la barrière verte. La solution d’Eden laisse les fermiers révégéter par leur propre initiative. Ils conservent donc leur dignité personnelle, comme ce ne sont plus les Occidentaux qui révégètent leurs terres pour eux, mais en même temps Eden soutient leur effort par son travail de recherche sur les espèces qu’ils utiliseront.

 

http://www.eden-foun...g/index_fr.html


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#92 Tis

Tis

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Posté 24 mai 2015 - 13:01

Bon nombre de régions du désert s'étendent jusqu'à la mer, source d'eau illimitée. Malheureusement, le processus de désalinisation qui transforme l'eau salée en eau douce est extrêmement compliqué sur une grande échelle et nécessite d'énormes quantités d'énergie très coûteuse. Une solution consiste à cultiver des plantes pouvant absorber l'eau de mer. Ainsi, des scientifiques des États-Unis ont développé des plants de tomate pouvant être irrigués avec de l'eau salée. Il y a cependant un grand point dinterrogation concernant toutes ces recherches. L'irrigation des terres par eau de mer augmenterait les dépôts de sel dans le sol. Beaucoup de régions côtières sont déjà trop salines pour la plupart des formes de vie. Amener plus de sel sur la terre pourrait ne pas constituer la meilleure solution.

http://pagesperso-or...pitre/c6-2.html


Peutêtre qu'on peut éviter la contamination en cultivant hors sol mais ça reste à voir!

 
 Un article récent répond à cette intervention de Nidhalg en décrivant une méthode paysanne simple et aisément reproductible :

 

 

Pays-Bas. Des patates au sel contre la faim dans le monde

Pays-Bas - 01 Mai
 
Pommes de terre, salades ou carottes poussent dans l'eau salée au nord des Pays-Bas. Une expérience comme une aide aux mal-nourris de la planète habitant en terres hostiles.

Battu par les vents violents en provenance de la mer des Wadden, un petit champ situé sur l'île de Texel, dans le nord des Pays-Bas, pourrait bien apporter une réponse à la faim dans le monde. Là poussent, en effet, des pommes de terre dans de l'eau salée. Mettant à mal les théories agricoles actuelles selon lesquelles cultures et sel ne font pas bon ménage, le projet pourrait être une parade au problème de la salinisation des sols, qui menace la sécurité alimentaire de millions de personnes.

Entre les moutons et les digues de l'île de Texel, Marc van Rijsselberghe a ainsi planté une trentaine de variétés de pommes de terre. « Nous distribuons sept concentrations d'eau sur le champ d'essai, de l'eau douce à l'eau de mer », explique cet agriculteur de 60 ans : « on jette ce qui meurt et on étudie ce qui survit ».
 
Des tests sans laboratoire et sans OGM
Dans cette « Ferme des patates salées », il n'y a d'ailleurs pas que des pommes de terres au menu : Marc et son équipe, soutenus par l'Université d'Amsterdam, étudient la compatibilité avec le sel des carottes, des fraises, des oignons, des salades, etc. Les expériences ont commencé début 2006, avec en toile de fond l'idée de venir en aide aux mal-nourris sur la planète.
Sur place, la petite équipe de chercheurs, fermiers et ouvriers agricoles teste sans laboratoire et sans organismes génétiquement modifiés (OGM) toutes les plantes à sa disposition pour savoir lesquelles survivront dans un environnement à haute teneur en sel.

Réussir à cultiver des plantes sur des terres hostiles
« On teste juste des variétés qui n'ont jamais été testées. On ne cherche pas à savoir pourquoi elles meurent ou survivent », assure le fermier. « Et on remarque que des variétés dont les ancêtres ont vécu il y a des centaines ou des milliers d'années près de la mer gèrent mieux le sel que d'autres », renchérit Mark van Rijsselberghe. Alors que de nombreuses recherches sont réalisées pour augmenter la production de certaines plantes, l'équipe de Texel fait le pari opposé : réussir à cultiver des plantes sur des terres jusqu'alors considérées comme hostiles, voire inutilisables (lire en encadré). 

 Et si des solutions qui existent pour rendre les sols salins de nouveau cultivables, elles sont trop chères pour de nombreuses régions du monde. Sont notamment concernés les bassins du Fleuve jaune en Chine, de l'Euphrate en Syrie et en Irak, et de l'Indus au Pakistan. C'est là que l'équipe de la ferme de Texel a d'ailleurs envoyé des milliers de plants de pomme de terre, un projet « couronné de succès », selon elle, et qui devrait être élargi l'année prochaine.

Près de 800 millions de personnes sous-alimentées dans le monde
Les patates salées pourraient transformer la vie de milliers d'agriculteurs installés dans la région et, à long terme, aider les millions de personnes qui vivent sur des terres salines, selon l'équipe. Cela alors qu'aujourd'hui, près de 800 millions de personnes sont sous-alimentées dans le monde et la salinisation menace 10% de la récolte céréalière mondiale.
Et côté goût ? Les patates salées sont douces, assure l'équipe de Texel : la plante produit plus de sucre pour compenser son environnement salin. Pas de risque non plus d'augmenter avec ces pommes de terre la consommation en sel des êtres humains car le sel est pris au piège dans les feuilles de la plante, explique-t-elle

Un prix plutôt salé et un projet en Camargue
Mais le prix, lui, est plutôt salé pour l'instant : un kilo de ces patates se vend actuellement cinq euros aux Pays-Bas, contre moins d'un euro pour des pommes de terre classiques dans les supermarchés. De nombreux pays dont l'Egypte, le Bengladesh et l'Inde, ont cependant d'ores et déjà demandé à collaborer avec la « Ferme des patates salées ».
Une petite équipe, qui monnaye son expertise et doit inaugurer sous peu un projet en Camargue, dans le sud de la France, où la salinisation des sols fait également de nombreux dégâts. Objectif: tenter d'y faire pousser des pommes de terre « Miss Mignon ».
 

La salinisation des sols est une accumulation des sels qui se produit à la suite d'un manque d'irrigation ou d'une mauvaise irrigation des sols agricoles. Ce phénomène réduit de 2.000 hectares par jour la superficie de terres agricoles sur la planète, selon l'Institut universitaire des Nations unies pour l'eau, l'environnement et la santé (UNU-INWEH). Actuellement, une superficie égale à celle de la France est concernée par ce problème, soit 62 millions d'hectares, contre 45 millions au début des années 1990.

http://www.ouest-fra...e-monde-3369526


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#93 Tis

Tis

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Posté 25 novembre 2017 - 22:11

Et pour diversifier le menu on peut aussi s'inspirer de ce qu'on trouve à Kashan, au centre de l'Iran :

 

Dans le jardin en cours d’aménagement, des pistachiers, des grenadiers, quelques figuiers, de la luzerne, les seules plantes qui résistent encore à l’eau saumâtre et à l’avancée du désert.

http://bnmercat.wixsite.com/



#94 Tis

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Posté 03 dcembre 2017 - 14:24

Parmi les plantes pionnières facilement disponibles pour recréer des bosquets et des bandes boisées dans les régions chaudes, l'herbe du Laos, autrefois qualifiée de "peste végétale", mériterait d'être beaucoup plus largement utilisée :
 

Si les feux de brousse, qui viennent régulièrement lécher les lisières en saison sèche, peuvent ralentir l'avancée de la forêt, leur impact est limité par Chromolaena odorata, plante de deux à quatre mètres de hauteur au feuillage abondant et résistant à la sécheresse. S'interposant entre le couvert des graminées des savanes et la lisière forestière, elle oppose en effet aux feux courants - auxquels elle est peu sensible car elle reste humide pendant une bonne partie de la saison sèche - un écran protecteur en association avec d'autres plantes "pare-feu" gorgées d'eau en permanence, les Zingiberaceae. Par ailleurs, dans les savanes qu'elle envahit spontanément, Chromloaena odorata élimine les graminées et favorise, en même temps, l'implantation d'espèces pionnières de la forêt qui, appréciant l'ombre, germent et se développent sous son couvert. De ce fait, Chromolaena odorata constitue un élément accélérateur de la conquête forestière.

http://www.ird.fr/la...rotege-la-foret
 

Au centre du Cameroun, la forêt gagne ainsi, depuis plusieurs siècles, du terrain sur la savane.
C'est en étudiant cette évolution sur les dernières quarante années, par comparaison de photographies aériennes et d'images satellites et par des relevés de terrain, que Joseph Youta-Happi, étudiant camerounais collaborant avec l'IRD à Yaoundé, a pris conscience du rôle bénéfique de l'herbe du Laos. Au point d'en faire son sujet de thèse de doctorat en biogéographie, qu'il a soutenue récemment à l'université PARIS IV.
«S'adaptant à des températures comprises entre 20 et 37 degrés mais très exigeante en lumière, C. Odorata trouve dans la zone de contact forêt-savane les conditions écologiques les plus favorables à sa croissance», explique-t-il. Surtout disséminée par le vent, cette plante de la famille des Asteraceae peut s'élever jusqu'à 2 mètres de hauteur, voire 3 mètres si elle est mélangée à des arbustes.
 

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© IRD / Joseph Happi Youta

"chromolaena odorata" protégeant un arbuste (Albizia spp) et contribuant à la formation d'un bosquet en savane à Kandara

 
Enfin, son dense système racinaire, lui permet de survivre sans dommage aux quelques mois annuels de déficit pluviométrique. Il en résulte que lorsque la savane brûle, les flammes qui dévorent les graminées avoisinantes ne la détruisent pas, ce qui lui permet d'avoir le rôle d'un pare-feu végétal entre la savane et la lisière forestière.
La compétition entre cette plante tropicale et les graminées aboutit à une imposante multiplication végétative de la première, tandis que son fort pouvoir de reproduction sexuée contribue à une conquête des milieux herbacés voisins.

http://www.ird.fr/to...re-FR#chapitre8

 

C'est aussi une plante médicinale utilisée dans de nombreux pays (en particulier contre le paludisme) et un engrais vert pour le maraîchage