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Eau : techniques ancestrales


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73 réponses à ce sujet

#1 Tis

Tis

    Curieuse palmée

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Posté 18 avril 2005 - 17:57

En me balladant sur le net j'ai trouvé un article qui peut vous intéresser :

A la recherche dun savoir-faire oublié :
L'utilisation des barrages pré-incas au Pérou

 
Dans la région de la cordillère noire du Pérou, comme dans beaucoup d'autres régions du monde, l'agriculture est sévèrement atteinte par les sécheresses de plus en plus longues et fréquentes. Ceci a pour conséquences, une augmentation de la pauvreté et un exode rural important des communautés isolées.

Au cours de l'époque pré-incas, les hauts reliefs de la région de l'Ancash faisaient l'objet d'un développement technologique soutenu dans le but de stabiliser et de contrôler le ruissèlement des eaux superficielles assurant ainsi une production agricole suffisante et permanente. C'est ainsi que l'on retrouve dans les hautes altitudes (jusquà 5000 mètres), une multitude de micro-barrages construits en terres et en pierres. De plus de 100 mètres de long et de 2 à 4 mètres de hauteur, ils avaient pour rôle d'augmenter et de contrôler la capacité des eaux des lagunes.

Ces ouvrages vieux de 2000 ans, abandonnés depuis l'époque de la conquête espagnole, ne fonctionnent plus. Ils sont cependant restés intacts, malgré les bouleversements climatiques et environnementaux de ces derniers siècles, montrant ainsi leurs qualités extraordinaires en matière de génie civil.

Face à la situation critique de l'eau, un groupe d'acteurs locaux a eu l'idée de récupérer la technologie ayant servi à construire ces ouvrages historiques, pour les réhabiliter et les refaire fonctionner afin de rétablir une agriculture durable et rentable.

La récupération de la technologie pré-incas en matière d'ouvrages hydro-agricoles apparaît non seulement comme une alternative écologique et économique pour le développement agricole des zones rurales marginalisées de la région mais aussi culturelle puisqu'elle aura pour effet de faire revivre un patrimoine culturel et traditionnel oublié des habitants.

Bertrand GONTHIEZ, IDEau (Initiatives Développement Eau)

 
Source : http://web.archive.o...?id_article=138

Modifié par Tis, 05 juin 2014 - 18:51 .


#2 Tis

Tis

    Curieuse palmée

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Posté 20 avril 2005 - 10:02

Un article fort intéressant tiré de la revue H2O n° 24 (1998) de l'association Hydraulique sans frontières permet de se rendre compte de l'inventivité extraordinaire de l'humanité pour résoudre les problèmes d'approvisionnement en eau et de prévention des inondations :

 

Digues, barrages et canaux dans l'ancienne Chine


 

Depuis les quelques 5000 ans de l'Histoire connue du peuple chinois et grâce à l'abondance de ses ressources hydrauliques (lacs et rivières), toute sa civilisation a été fondée sur l'agriculture.

Digues en terres ou en maçonneries de terres pour la protection contre les crues, réservoirs avec barrages pour le stockage de l'eau, canaux pour l'irrigation se sont multipliés et enchevêtrés dans des réseaux complexes alimentant rizières et cultures en terrasses de sorte qu'il est difficile de distinguer digues, barrages, réservoirs ou canaux.

Quelques réalisations connues et/ou encore en service

Ainsi, depuis l'an 720 avant JC, un nombre considérable d'aménagements hydrauliques ont été réalisés dont certains de grande importance ont été progressivement renforcés et sont encore en service.

Les plus connus sont probablement ceux qui datent de l'unification de la Chine avec la dynastie des QIN (221 av JC) comme:

l'aménagement de DU JIANG YAN, le berceau des systèmes d'irrigation de la grande plaine du SICHUAN avec barrages, digues, répartiteurs de débits, vannes, canaux d'irrigation ou de transport des billes de bois, etc...

les grands canaux comme le canal de LING QU (210 av. JC) qui relie le CHANG JIANG (Yang Tze) et la rivière des Perles à travers le QUANG XI, ou le canal impérial (DA YUN YE) de 1400 km de long qui relie le Yang Tze et le Fleuve jaune (HUANG HE) en partant de HANG ZHOU pour arriver à BEIJING.

Plus récemment construit, en 516, le grand barrage en terres de FU SHAN sur la rivière HUAI HE, de 30 m de hauteur et 400 m de longueur, avec deux évacuateurs de crues, a été submergé et détruit par une forte crue... mais ses ruines sont encore fort instructives.

Au 16è siècle, c'est la construction du barrage de GAO JIA YAN de 8 m de haut et 67 km de long créant le grand réservoir de HONG ZE en bordure de l'ancien estuaire du Fleuve jaune, de 13 milliards de m3 de capacité et jouant un rôle important dans la navigation, l'irrigation et l'écrêtement des crues pendant 400 années et jusquà ce jour.

Quelques types originaux de barrages

Depuis le 6è siècle (après les dynasties SUI et TANG) et jusqu'aux temps modernes, plus de 10 000 barrages ont été recensés dans les archives ou grâce aux études et recherches sur les ruines des ouvrages ou ceux encore en service. On pourrait les classer en plusieurs types :

Barrages en terres, les plus nombreux et les plus importants.

Compactés avec les seuls moyens humains et artisanaux, la qualité des remblais fût cependant soumise à un strict contrôle. Par exemple, déjà en l'an 1000, des essais de pénétration au cône étaient utilisés puis, à partir de 1360, des essais de perméabilité in situ étaient réalisés dans des bassins remplis d'eau et creusés dans les remblais.

Barrages en maçonneries de pierre qui, après ceux en terre, sont les plus répandus.

Un exemple typique est l'ouvrage du grand canal de LING QU construit 2210 ans plus tôt : avec 470 m de long, 4 m de haut et 21 m d'épaisseur en fondation à la base de son profil triangulaire. La face amont du barrage est constituée de grosses pierres de taille assemblées avec de la chaux hydraulique et jointoyées avec du métal fondu. Les surfaces des évacuateurs de crues sont réalisées avec des dalles de pierres disposées en écailles de poissons... Des pieux en bois sont enfoncés jusqu'aux fondations compactes et reliés en surface par des poutres de répartition des efforts. Nombre de ces ouvrages sont encore en bon état à l'heure actuelle.

Barrages en bétons de chaux

Ces ouvrages sont réalisés avec un mélange de graviers, de sables, d'argiles et de chaux hydrauliques en proportions adéquates et souvent additionnés d'une mixture de "soupe de riz gluant" ! Ce type d'ouvrages est surtout utilisé comme déversoirs, en digues submersibles, avec succès puisqu'encore en service sur nombre de barrages.

Barrages en enrochements

De taille relativement modeste (10 m environ), ils sont utilisés dans les verrous étroits avec fondations rocheuses... et ont l'originalité de ressembler tout à fait aux ouvrages modernes avec un noyau d'argile compacté, coffré avec de gros madriers en bois et stabilisés par des recharges amont et aval en enrochements. Plusieurs barrages de ce type sont encore en service dans les provinces du FUJIAN et du ZHEJIANG.

Barrages composites

Naturellement, ces différents types de barrages peuvent être combinés avec, en général, des parements amont en maçonneries de pierres de taille, un massif aval de stabilité et d'étanchéité en terres compactées, avec parfois un voile d'étanchéité en chaux hydraulique mélangé avec un coulis de riz gluant, comme le barrage de GAOJIAYAN.

De nombreux autres types de barrages furent encore construits comme les barrages en madriers de bois pour rehausser les niveaux des rivières afin de les rendre navigables, des barrages en pisé (mélange de terres, de pailles et de cordages) pour stocker l'eau en saison sèche et pour la navigation et pour servir de digues fusibles économiques et rapidement réparables au moment des crues. Ce type de barrage est encore utilisé actuellement en Chine pour des batardeaux de chantier, comme sur les chantiers de grands barrages de QING TONG XIA sur le Fleuve jaune et celui de SHIQUAN sur le HANSHUI.

Nous pensons que la description succincte de ces quelques exemples caractéristiques avec leurs croquis permet déjà de se faire une première idée de l'état de la technique mise en oeuvre par les ingénieurs hydrauliciens de l'ancienne Chine, et particulièrement de leur expérience et de leurs capacités d'invention.

Brice WONG

 


Modifié par Tis, 08 mai 2014 - 11:32 .


#3 Tis

Tis

    Curieuse palmée

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Posté 21 avril 2005 - 09:11

LE QANAT UN DISPOSITIF DE CAPTAGE ANCESTRAL

1449339116.jpg

http://www.perrochon.../china/Silkroad



 

 

Le Qanat constitue l'une des plus anciennes techniques de captage des eaux souterraines.

Il s'agit de galeries drainantes utilisées depuis plusieurs millénaires pour l'irrigation de zones de cultures et plus ponctuellement pour l'alimentation en eau de certaines villes.
Même s'il existe encore un doute sur l'origine précise de ces galeries drainantes (Iran ou péninsule arabique), il est admis aujourd'hui que cette technique s'est développée, à partir d'une zone sous influence persane, d'ou le nom générique de qanat.
L'expansion de cette invention a ensuite suivi le grand axe commercial de la route de la soie, ainsi que l'axe religieux de diffusion de l'Islam (jusqu'en Europe), mais aussi avec les espagnols lors de la conquête du nouveau monde.
Cette technique est bien adaptée aux pays arides ou semi-arides où les écoulements de surface sont très limités et surtout non pérennes. La plupart des qanats sont localisés dans des zones où il pleut entre 100 et 300 mm/an.

Le principe de construction consiste à aller intercepter la nappe en creusant de l'aval vers l'amont - jusqu'au "puits mère" - avec une pente inférieure à celle de la topographie, et inférieure au gradient piézométrique.
La présence de ces galeries se repère en surface par l'alignement de puits (et de cônes de déblais) utilisés lors du creusement pour extraire les matériaux.
Ces puits sont généralement peu profonds, mais dans certains contextes géologiques, ils peuvent atteindre des dimensions exceptionnelles (plus de 200 m dans l'Est de l'Iran). La partie drainante amont peut être ramifiée afin d'augmenter le débit capté.

Les aflaj d'Oman
Le nom local utilisé dans l'ensemble de la péninsule arabique pour désigner le qanat est "Falaj" (pl. aflaj).
Dans le Sultanat d'Oman, aucun cours d'eau n'est pérenne et les bédouins ont dû faire appel à leur ingéniosité afin de disposer d'eau tout au long de l'année pour établir des oasis permanentes.
De nombreux aflaj ont été réalisés dans le lit des wadis (oueds), constitués d'alluvions graveleuses, afin de capter la nappe d'inféro-flux.

La gestion du falaj et la distribution d'eau sont très importantes pour la prospérité de l'oasis. D'après un dicton omanais "l'abondance de l'eau et l'efficacité du falaj détermine la taille, la force et la richesse de l'oasis".
Une fois acheminée à l'oasis, l'eau est distribuée, parcelle après parcelle, suivant un schéma bien particulier, le Dawran, basé sur un partage horaire de dérivation des eaux. Depuis plusieurs millénaires, les durées de distribution sont établies à partir de parfaites connaissances en astronomie, science d'origine arabe :
- durant la journée, les durées sont évaluées par le wakil (gestionnaire du falaj) à l'aide de cadrans solaires spéciaux, constitués d'un bâton placé verticalement et de plusieurs alignements horizontaux de pierres (un pour chaque saison) ;
- pendant la nuit, l'emplacement et le déplacement de certaines étoiles dans la voûte céleste indique l'horaire.

A une époque de construction à tout va de nombreux forages (munis de motopompes) en régions arides, on peut se demander si les qanats ont encore leur place dans le captage des eaux souterraines ?
Aujourd'hui, le qanat constitue encore un élément culturel fondamental dans certaines sociétés du Moyen Orient.
En Oman, les aflaj sont intégrés dans tous les projets d'aménagements où ils sont considérés comme une véritable mère nourricière pour l'oasis.
Avant de distribuer l'eau dans le village, le falaj passe d'abord par la mosquée où il acquiert des vertus quasi-religieuses.

Dans certaines régions, le niveau de la nappe baisse inexorablement suite à sa surexploitation par des batteries de forages destinés à développer de véritables fermes agricoles en plein désert.
Des réponses modernes existent mais sont souvent coûteuses et mal adaptées.
L'une d'entre elles consiste à créer des barrages d'infiltration pour rétablir le niveau initial de la nappe; d'autres plus absurdes consistent à réinjecter dans le falaj l'eau pompée dans un forage voisin !
Les qanats, présents dans certaines régions depuis plusieurs millénaires, continuent à alimenter de nombreuses oasis par respect des traditions ancestrales.
Pour combien de temps et à quel prix ?

Ariane CRISTINI
Sébastien LANGLAIS


Source : le journal H2O n° 46 sur le site : hydraulique.sans.frontieres

161024060355779560.jpg
http://www.learn.lon...udy/qanats.html


Pour les photos voir dans la rubrique "images" de Google.

PS : Différents noms suivant les pays désignent cette technique : Qanat, Karez, Falaj... (si vous en connaissez d'autres dites-le moi, je les rajouterai)

PPS : Quelques autres appellations suivants les pays : Foggara (Algérie), Khettara (Maroc, Syrie et Jordanie), Kiraz (Afghanistan), Mina (Espagne)...



#4 Tis

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Posté 14 juin 2005 - 12:41

Le waru waru entame une seconde vie



Grâce à une technique vieille de 3000 ans, les paysans péruviens et boliviens vivant autour du lac Titicaca ont sensiblement amélioré leur productivité. Le waru waru a la propriété de protéger les cultures contre le gel. La DDC a soutenu depuis 1989 les travaux visant à réhabiliter ce savoir ancestral.

(jls) Le lac Titicaca se trouve à 3800 mètres d'altitude, dans une région qui connaît des problèmes alimentaires chroniques. L'agriculture est exposée à un climat austère : les crues du lac alternent avec de longues périodes de sécheresse et les gelées nocturnes, légères mais fréquentes, sont fatales aux jeunes plants de pommes de terre ou de quinoa. Des restes archéologiques ont montré que des civilisations pré-incaïques avaient mis au point une méthode culturale capable de répondre à ces agressions climatiques. Le waru waru était alors pratiqué sur de grandes surfaces de l'Altiplano.

Quelques précieux degrés
Le waru waru est un alignement de champs surélevés de 30 cm et entourés de larges sillons. En période de sécheresse, les canaux maintiennent les racines des plantes humides, et durant les crues, ils aident à absorber l'excès d'eau. Mais le génie du waru waru réside surtout dans le fait qu'il permet d'atténuer les différences de température entre le jour et la nuit. « Les chercheurs ne comprennent toujours pas comment ces civilisations, dépourvues des moyens de calcul modernes, ont pu mettre au point un principe qui relève de la physique appliquée », commente Giancarlo de Picciotto, ingénieur agronome à la DDC. Schématiquement, l'eau exerce un effet tampon ; elle dégage durant la nuit une chaleur résiduelle qu'elle a accumulée dans la journée. Ainsi, lors des gelées, on mesure au-dessus de la plate-bande une température de zéro ou un degré.
En construisant des champs surélevés, les cultivateurs ont pu doubler ou tripler leurs rendements. Au Pérou, la DDC a soutenu tout le processus de réhabilitation : la validation des découvertes archéologiques, les essais agronomiques, puis la transmission de ce savoir aux paysans. Fin 2001, elle mettra un terme à son projet : « Nous avons atteint nos objectifs. Le waru waru a été adopté par les populations rurales et il donne d'excellents résultats », constate Christian Poffet, chargé de programme. Du côté bolivien, le projet similaire de la DDC entrera bientôt dans une phase de diffusion à large échelle.

Une très longue histoire
C'est vers l'an 1000 av. J.-C. que les peuples andins ont commencé de pratiquer le waru waru pour cultiver des zones marécageuses. Quelque 500 ans plus tard, la civilisation de Tiahuanaco l'a propagé dans toutes les régions riveraines du lac Titicaca. Lorsque les Incas ont conquis l'Altiplano bolivien, au 15e siècle, ils ont repris le waru waru. Celui-ci a été abandonné sous l'empira inca ou lors de la conquête espagnole.
En 1923, l'archéologue allemand Max Uhle en a retrouvé des traces au Pérou. Dans les années 80, des chercheurs ont testé cette méthode en reconstruisant quelques champs surélevés. Peu à peu, des paysans se sont laissés tenter par l'expérience. Et le waru waru a été réintroduit progressivement dès 1984.

Christian Poffet (3)


http://www.deza.admi...duct_fr_142.pdf (p.24)

 


1477324693.jpg

http://www.proeiband...nocimiento.html



"Lorsque la nuit tombe le froid affecte directement la partie mouillée de la plante par l'évaporation de l'eau et la transforme en gangue de glace. Formant autour des tiges, graines, fruits une sorte de petit "igloo" naturel à l'intérieur duquel, comme dans n'importe quel igloo, la température reste supérieure à zéro, empéchant ce qui s'y trouve de geler."
Photos : http://amerique-lati...ultureInca.html



#5 Tis

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Posté 15 juin 2005 - 13:28

Les citernes vénitiennes

 

 

Les célèbres citernes vénitiennes sont communément et improprement appelées puits, à cause des margelles qui les signalent. Elles sont ingénieusement conçues et admirablement réalisées dès les origines de l'implantation lagunaire pour recueillir et filtrer les eaux de pluie. Elles ont été données pour modèle jusqu'à la fin du XIXème siècle.
En 1879 Venise occupe une surface de 5 200 000 mètres carrés, abstraction faite des grands et des petits canaux.
En année commune, il y tombe environ 82 centimètres de pluie. La plus grande partie de cette pluie est recueillie par 2077 citernes, dont 177 sont publiques. Elles ont ensemble une capacité de 202 535 mètres cubes. Le pluviomètre du séminaire patriarcal démontre que la pluie tombe avec une abondance suffisante pour remplir les citernes cinq fois par an, ce qui donnerait près de 24 litres d'eau à consommer par habitant. Mais le sable dépurateur, occupant dans la citerne à peu près le tiers de sa capacité, les 24 litres se réduisent à 16.
Pour les construire, on creuse le sol jusqu'à environ trois mètres de profondeur ; les infiltrations de la lagune empêchent d'aller au delà. On donne à l'excavation la forme d'une pyramide tronquée dont la base regarde le ciel. On maintient le terrain environnant à l'aide d'un bâti en bon bois de chêne ou de larix (mélèze), s'appliquant sur le sommet tronqué, aussi bien que sur les quatre côtés de la pyramide. Sur le bâti en bois on dispose une couche d'argile pure, bien compacte et bien liée, dont on unit la surface avec un grand soin. L'épaisseur de cette couche est en rapport avec les dimensions de la citerne ; dans les plus grandes, elle n'a pas plus de 30 centimètres. Cette épaisseur est suffisante pour résister à la pression de l'eau qui sera en contact avec elle, et aussi pour opposer un obstacle invincible aux racines des végétaux qui peuvent croître dans le sol ambiant. On regarde comme très important de n'y point laisser de cavités où l'air puisse se loger. Au fond de l'excavation, dans l'intérieur du sommet tronqué de la pyramide, on place une pierre circulaire creusée au milieu en fond de chaudron, et on élève sur cette pierre un cylindre creux du diamètre d'un puits ordinaire, construit avec des briques sèches bien ajustées, celles du fond seulement étant percées de trous coniques. On prolonge ce cylindre jusqu'au-dessus du niveau du sol, en le terminant comme une margelle de puits.

 

161024062532123612.jpg




Il y a ainsi, entre le cylindre qui se dresse du milieu de l'excavation pyramidale et les parois de la pyramide revêtues d'une couche d'argile reposant sur le bâti de bois, un grand espace vide. On remplit cet espace avec du sable de mer bien lavé, dont la surface vient affleurer l'argile.
Avant de couvrir le tout avec le pavé, on dispose à chacun des quatre angles de la base de la pyramide une espèce de boîte en pierre fermée par un couvercle également en pierre et percé de trous. Ces boîtes appelées « cassettoni » , se lient entre elles par un petit canal, ou rigole, en briques sèches, reposant sur le sable. Le tout est recouvert enfin par le pavé ordinaire, qu'on incline dans le sens des quatre orifices des angles des cassettoni.

 

161024062533804627.jpg



L'eau recueillie par les toits entre par les cassettoni, pénètre dans le sable à travers les jointures des briques des petits canaux, et vient se rassembler, en prenant son niveau, au centre du cylindre creux dans lequel elle s'introduit par les petits trous coniques pratiqués au fond. Une citerne ainsi construite et bien entretenue donne une eau limpide, fraîche, et la conserve parfaitement jusqu'à la dernière goutte.


Source : http://histoire.eau....s_venitien.html



#6 Tis

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Posté 16 juin 2005 - 09:46

Chouette quelqu'un que ce sujet intéresse !
Merci à toi Yvan et aussi à Roller06 qui m'a fait découvrir le site http://histoire.eau.hyeres.free.fr qui est vraiment passionnant ! :D

Je commençais à me demander si je ne vous barbais pas avec mes coups de coeur pour ces techniques que je vous transmets au fur et à mesure de mes découvertes sur le net ?

C'est marrant c'est le genre de connaissances que je n'ai pas apprises à l'école et qui pourtant me semblent plus utiles que les récits multiples et variés de tous les conflits ayant existés sur cette pauvre planète ! A quand un cours d'histoire des techniques pour varier un peu des guerres napoléoniennes ? (C'est pas pour moi, hein, parce que je n'ai pas vraiment envie de retourner user mes fonds de culottes sur les bancs d'une école à mon âge !)

En attendant, si vous en connaissez d'autres, n'hésitez surtout pas à m'aider à compléter ce petit inventaire désordonné des moyens trouvés par nos ancêtres pour vivre mieux malgré les intempéries et les problèmes climatiques.

Et si l'un de vous rencontre M. Giancarlo de Picciotto, ingénieur agronome à la DDC, auteur de cette phrase sublime : « Les chercheurs ne comprennent toujours pas comment ces civilisations, dépourvues des moyens de calcul modernes, ont pu mettre au point un principe qui relève de la physique appliquée » répondez-lui de ma part que nos ancêtres disposaient d'un outil dont nous oublions trop souvent de nous servir : le bon sens ! :)

#7 _Yvan_

_Yvan_

Posté 16 juin 2005 - 12:51

je me souviens avoir visité des châteaux cathares, style montségur ou peyrepertus, et là les techniques de récupération de l'eau m'avaient étonnées....et tout cela pour tenir un siége de plusieurs mois....
Tuez les tous, Dieu reconnaitra les Siens :D

#8 Gosse

Gosse
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Posté 16 juin 2005 - 13:10

Chouette quelqu'un que ce sujet intéresse !


Salut Tis :)

Continue comme ca, c'est super intéressant, et je me délecte de ces articles.

Ca intéresse au moins deux personnes ;)

C'est marrant, quand j'ai lu la phrase de ce monsieur Giancarlo de Picciotto, je me suis fait la même réflexion.
Depuis que les scientifiques existent la terre s'est mise à tourner. Merci à eux.
:D


@+

#9 Miette

Miette

    Terrienne en période d'essai

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Posté 16 juin 2005 - 16:41

tis : Je commençais à me demander si je ne vous barbais pas avec mes coups de coeur pour ces techniques que je vous transmets au fur et à mesure de mes découvertes sur le net ?


ben y manquerais pu que ça wu que tu est celle qui nourri le plus cet espace d'infos pratiques !

moi j'dis rien parce que j'ai rien à dire, et que j'ai bcp de difficultés awec la théorique, là tu wois, j'ai quand même du mal à woir ce que ça donne, j'aurais besoin de l'awoir en face awec quelqu'un qui m'explique !

A quand un cours d'histoire des techniques pour varier un peu des guerres napoléoniennes ? (C'est pas pour moi, hein, parce que je n'ai pas vraiment envie de retourner user mes fonds de culottes sur les bancs d'une école à mon âge !)


pétard ! ça, ça fait un moment que j'en rêwe du pratique à l'ecole !
mais l'etat préfère abrutir les marmots pour les rendre dociles et dependants !
parce que c'est ewident pour tout le monde et depuis longtemps qu'il y a bcp, bcp de choses qu'on oublie de l'ecole, mais c'est pas pour ça que ça change, donc le desir d'assujettir est weritable ! enfin bon, je deriwe, là, dans ma barque hors post ! ;)

en tout cas ça me flingue de te woir ecrire "wu mon âge" ! :D

tu contribue fortement à faire de ce site une mine d'or tis, continue ! :)

#10 Tis

Tis

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Posté 16 juin 2005 - 17:37

Merci de vos encouragements, ça me fait tout chaud au palpitant :-D
Et pour vous remercier, voici la trouvaille du jour, qui pourtant ne date pas de la dernière pluie !

 

Les Hafirs

1449339323.jpg

http://www.itdg.org/...al_appeal_sudan


Dans les zones arides du Soudan, les tribus nomades ont de plus en plus de mal à trouver de l'eau pour leurs animaux. Autrefois, les éleveurs dépendaient du système hafir qui consistait à creuser des étangs artificiels sur quelques centaines de mètres et à plusieurs mètres de profondeur pour recueillir l'eau de pluie. En les construisant à des points donnés* le long d'un itinéraire précis, la tribu s'assurait qu'ils auraient accès à l'eau même durant la saison sèche.

http://www.fao.org/w...ws/6592-fr.html



Dans le désert, au bord des pistes les restes de réservoirs d'eau (hafirs) témoignent d'une vie importante même loin du Nil (40 km et plus). Très nombreux à l'époque méroïtique (500 av JC et 300 ap JC) certains hafirs mesuraient jusqu'à 300 m de diamètre et 6m de profondeur et récoltaient l'eau des précipitations d'été.

 


1477325668.jpg
Hafir de Alem



On distingue bien l'arrondi très érodé du hafir (environ 150 m) avec au centre, de couleur plus sombre, le fond du réservoir.

 

http://perso.wanadoo...gny/page47.html


* Pendant des millénaires ces étangs artificiels ont été creusés dans des dépressions dont le sous-sol argileux permettait de retenir l'eau durablement.
Cette technique a dû sembler trop primitive à l'ONU lorsqu'elle a subventionné de nombreux hafirs "modernisés" qui ont, bien entendu, été réalisés en grande partie dans des terrains sableux... ce qui a permis d'utiliser des quantités astronomiques de films plastiques, de bitume et de béton !



#11 Tis

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Posté 17 juin 2005 - 22:04

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L'architecture caussenarde


 

Si le sous-sol du Larzac est un vrai château d'eau pour les vallées environnantes, sa surface absorbe sans les retenir les pluies pourtant abondantes du printemps et de l'automne (moyenne d'un mètre d'eau par an). D'où la nécessité de constituer des réserves. L'eau qui ruisselle des toits est recueillie par des cheneaux de bois ou de pierre, et canalisée jusqu'à la citerne. Très souvent enterrée sous la souillarde ou la cuisine de la maison, la citerne peut être aussi extérieure, accolée au bâtiment. Elle est toujours composée d'une voûte soigneusement enduite à la chaux pour une meilleure étanchéité. Au-dessus, une niche dans le mur à l'intérieur, un puits couvert à l'extérieur, permettaient à la fois de puiser de l'eau et d'accéder à la citerne pour la nettoyer en période de sécheresse. Les citernes contiennent entre 100 et 300 hectolitres. Chaque ferme en possédait plusieurs, chacune ayant un usage propre : alimentation de la maison, de la bergerie, arrosage du potager, réserve en cas de sécheresse.

A Montredon, c'est un toit-collecteur qui recouvre une citerne extérieure, rare exemple sur le causse de "maison-citerne". *

 


1477648047.jpg
http://www.seniorpla...-1112782711.jpg


 

La récupération d'eau par écoulement pour abreuver les troupeaux était aménagée dans les pâtures sous forme de "lavogne" : une cuvette dont le fond est en argile, les bords très larges en pente douce, régularisés et dallés. Il existe aussi plus rarement des lavognes naturelles, creusées dans des sols argileux. *
 

1451222163.jpg


* http://www.larzac.or...rchitecture.php

 


 


1477648135.jpg

http://www.vivreaupa...otos/index.html
(300 photos du Parc Naturel des Grands Causses)



#12 Tis

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Posté 18 juin 2005 - 08:57

Les cases à impluvium




Les Diolas [...] sont les meilleurs architectes d'Afrique. Ils l'ont montré avec leurs antiques cases à étages, merveilleux châteaux en terre, et avec leurs cases à impluvium qui n'ont comme seules égales les cases à impluvium de Papouasie-Nouvelle-Guinée à l'est de l'Indonésie. L'habitat traditionnel diola est donc constitué de murs en terre. Contrairement aux autres ethnies du Sénégal, il s'agit véritablement de maisons contenant plusieurs pièces (en moyenne cinq). Cette architecture complexe est également enrichie de greniers à riz présents dans toutes les cases, principalement au dessus des chambres des chefs de famille. L'habitat traditionnel diola est en effet composé de chambres, d'une salle commune que l'on peut considérer comme un salon, et d'une grande terrasse couverte entourant parfois l'intégralité de la case. On voit donc que le Diola a toujours attaché une grande importance à son bien-être à domicile. La longue et abondante saison des pluies caractérisant la Casamance a également influencé l'architecture et les matériaux. Toutes les cases sont ainsi construites sur un socle de terre d'environ 50 cm afin de surélever l'habitat et de l'isoler de l'humidité du sol. La couverture de la toiture de ces cases toujours rectangulaires est généralement constituée de chaume permettant d'empêcher complètement la pénétration de l'eau dans les greniers contenant le riz. La charpente est également à l'abri de la pourriture et des insectes car elle est réalisée en rônier, ce palmier au bois imputrescible qui hélas se raréfie. Les terrasse est les petite fenêtre assurent à la maison une très bonne circulation de l'air et une fraîcheur renforcée par l'utilisation de la terre pour les mur.

Il faut également savoir que depuis toujours, les Diola ont attaché une importance à la beauté de leur maison. Les colonnades en terre décorées de motifs très variés (comme ceux de l'Alliance Française ou des cases de Mlomp par exemple) ne datent ni d'hier ni de l'invasion des touristes.

Malgré la relative homogénéité de l'habitat diola, plusieurs variantes sont à signaler. C'est le cas des cases à étage de Mlomp. Bien que la base soit la même (mêmes matériaux, surélévation, terrasse couverte, nombreuses pièces) un étage supplémentaire a été rajouté. Les cases à étage montre la particularité sociale des Diolas et plus généralement des Casamançais, à l'opposé des habitants des autres régions du Sénégal. Ici on vit en famille dans une seule et même maison. Le mari dort avec sa femme, les enfants ont leur chambre, etc.... Ailleurs dans le pays, il s'agit de cases rudimentaires où le chef de famille dort seul, où la ou les épouses ont leur propre habitat.
 

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Les cases à impluvium constituent également une autre variante de l'habitat Diola. Situé dans les zones des Essils, les villages aux cases à Impluvium sont donc concentrés dans la région Est de Ziguinchor, de chaque côté de la rivière Casamance : Enampore, Seleki, Affiniam, Djilapao, Eloubaline, etc... Ces cases, contrairement à toutes les autres cases diola, sont circulaires. Elles sont constituées d'une cour intérieure abritée par un double toit chargé de recueillir les pluies durant l'hivernage. Les pièces sont également nombreuses, en témoigne le campement d'Affiniam, construit sur ce modèle. Elles sont en vis-à-vis et donnent à cet habitat une intimité et un bien-être unique.

 

http://www.senegalai..._casamance.html

 


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http://www.senegal-o...ampore-case.jpg



#13 Tis

Tis

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Posté 19 juin 2005 - 11:43

Les citernes d'Alexandrie



Tout comme Istanbul, la ville d'Alexandrie s'est développée sur un ensemble de " citernes ", artifice de stockage propre surtout aux pays méditerranéens. Ces citernes ont permis l'existence même de la ville et ont conditionné sa démographie, de sa fondation jusqu'à l'aube du XXe siècle.

L'approvisionnement en eau, qui a toujours représenté le souci majeur lors de l'installation d'une ville, a certainement eu une place considérable dans la construction de la ville d'Alexandrie et lors de ses aménagements ultérieurs.

Alexandrie a été édifiée sur une enclave entre la mer Méditerranée et le lac Mariout. L'emplacement étant dépourvu d'eau douce directement accessible, de type source ou rivière, il a fallu apporter l'eau jusqu'à la future Alexandrie. Le creusement du canal ou khalig, partant de la branche canopique du Nil à Schedia, point d'origine du captage, et courant sur environ vingt-sept kilomètres jusqu'à Alexandrie, témoigne, dès la création de la ville, de la volonté des aménageurs d'assurer un arrivage régulier de l'eau en vue d'un développement croissant des besoins domestiques, artisanaux et agricoles exigeant des quantités d'eau considérables. C'est la preuve que la ville a été pensée, dès le départ, sur un plan d'expansion remarquable.

En effet, à l'époque hellénistique, Alexandrie est une des plus grandes villes du monde méditerranéen. En l'an 60 av. J.-C., Diodore estime la population de la ville à 300.000 citoyens libres, ce qui permet de spéculer sur une population totale d'environ un demi-million d'âmes. On conçoit alors l'importance de ce canal, importance attestée par les nombreux curages et réparations dont il a fait l'objet aux époques ptolémaïque, romaine et arabe. Si la croissance de la ville est directement liée à celui-ci, la ville va ensuite vivre son déclin en même temps que le canal s'ensable et se comble.
 


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Citerne El-Nabih


[...] Les citernes se remplissent pendant la crue du Nil, entre août et septembre, des eaux amenées par le canal qui communique avec les citernes par le biais des aqueducs, puis de canaux secondaires. Comme dira le Père Vansleb, qui visite Alexandrie en 1672, la communication avec les citernes se fait par une " ingénieuse pratique ". En quoi consiste cette pratique ?

Seul le plan de l'ingénieur Paraskevas nous fait entrevoir la réalité du réseau d'adduction qui a perduré en partie grâce à sa complexité. Ce précieux document daté de 1927 est un levé au 1/100e des citernes et galeries souterraines rencontrées dans les fondations des immeubles lors de la construction de la Compagnie des Eaux d'Alexandrie.

Tout d'abord, on y constate l'existence de plusieurs formes différentes de réservoirs ou citernes, qui correspondent en partie aux différents types dégagés par l'étude.

Ensuite, plusieurs réseaux de canaux et de citernes se superposent et s'enchevêtrent, des plus profonds, à un niveau de moins 12, 40 m par rapport au trottoir de la rue Fouad (niveau 1927), aux plus élevés, c'est-à-dire 4 m sous le niveau du trottoir de la même rue. Entre ces deux niveaux, on compte plusieurs autres niveaux intermédiaires.

Comme à Pompéi, on constate que les citernes qui furent reliées à un moment au réseau urbain pouvaient par la suite fonctionner indépendamment, après la destruction ou le comblement des canaux d'alimentation, ou inversement pouvaient se reconnecter lors de l'installation de nouveaux canaux d'alimentation.

Pour la période gréco-romaine, l'hypothèse retenue est celle d'un réseau dynamique, apportant l'eau du canal jusque dans la ville après filtration*. Cette eau circulait dans de nombreux canaux serpentant dans le sous-sol de la ville et alimentait de grands volumes de stockage et peut-être aussi de plus petits, comme cela devait être le cas pour certaines citernes dédiées à un usage domestique. Puis le sol de la ville s'est exhaussé et même si le premier système existait et fonctionnait encore en partie, il a fallu le doubler par un réseau se trouvant à un niveau plus accessible de la surface et, placer à l'interface des deux réseaux, en des points encore connus du trajet du réseau inférieur, des machines élévatrices, telles que les saqias, afin de faire passer l'eau d'un niveau bas à un niveau haut.


* et 3 jours de décantation après la crue du Nil. Le canal restant muré jusqu'à ce que l'eau du fleuve se clarifie.

Ces 2 extraits proviennent du dossier passionnant fait par le Centre d'études Alexandrines sur "Le système hydraulique d'Alexandrie du IVème siècle avant J.-C. au XIXème siècle après J.-C". Il a déjà commencé à y étudier 144 citernes de 1 à 4 niveaux, de 6 m3 à 2500 m3. ( http://www.cealex.org ).

Je vous conseille aussi le site http://www.1001image.../citerne_fr.htm où vous trouverez les magnifiques photos de Raymond Collet.

#14 Tis

Tis

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Posté 22 juin 2005 - 00:24

La noria



 

La force du courant est probablement l'une des plus anciennes méthodes utilisée par l'humanité pour élever de l'eau pour l'irrigation des champs et l'approvisionnement des habitations. Des roues de diverses formes ont été utilisées à cette fin depuis des temps immémoriaux en Europe, en Egypte et en Asie, où l'on trouve des roues de noria de 9 à 27 m de diamètre. Ce terme de noria désignant à l'origine des roues portant des seaux pour soulever l'eau ; la noria espagnole est un modèle particulier avec des seaux sur une chaîne sans fin. Le record chinois, est une noria en bambou, de 9 m de diamètre, avec une capacité de levage de 300 tonnes d'eau par jour à une hauteur égale aux 3/4 du diamètre de la roue. La puissance dépend à la fois de la vitesse du courant et de la taille des seaux ou des godets.
 

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Leur efficacité est très basse, de 25 à 36 %, selon leur poids et la forme des seaux. Un seau légèrement incurvé en métal donne le rendement le plus élevé. La vitesse relative de la périphérie de la roue devrait être de 50 % par rapport à la vitesse du courant en utilisant des pales incurvées pour une meilleure efficacité. Les tailles les plus utiles et les plus commodes pour avoir de la puissance sont de 3 à 6 m, et de 60 cm à 6 m de large, bien qu'il n'y ait presque pas de limite au-dessous de 30 m de diamètre. Au moment de la conception de ce type de roue on devra accorder une attention particulière à la concentration et à l'augmentation de la vitesse du courant par des barrages et des canaux, en considérant toujours que n'importe quelle augmentation de la vitesse du courant est économique soit en augmentant la puissance, soit en réduisant la taille et le coût de la roue. Les lames des roues les plus petites devraient être égales à 1/4 du rayon dans la largeur, et pour les tailles les plus grandes jusqu'à 6 m, 1/5 à 1/6 du rayon dans la largeur avec un espacement d' 1/4 à 1/3 du rayon. Elles devraient être complètement submergées au point le plus bas.

Extrait d'un article passionnant intitulé "The power of water" de G.D. Hiscox, paru en 1891 à New York* : http://www.gutenberg...h/11649-h.htm#7 (traduction perso, partielle et approximative ! :) )

 

 

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http://www.aldeasder....info/crio.html


Il existe une multitude de formes de godets fixes ou oscillants, en bois, en bambou ou en métal, plus ou moins efficaces mais la principale difficulté consiste à calculer leur taille : "si les seaux sont trop grands, la roue calera et s'ils sont trop petits, elle sera peu efficace". L'eau de la noria se déversant dans un aqueduc fonctionnant sans interruption et sans aucun apport d'énergie extérieure ce système présente un intérêt économique certain pour tous les champs irrigables situés à proximité d'un cours d'eau.

Pour voir la construction d'une noria en bambou : http://web.archive.o...r_i_bambus.html

* Dommage que le CNUM n'ait pas encore mis en ligne un document en français analysant aussi bien cet outil génial. :-D



#15 Tis

Tis

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Posté 24 juin 2005 - 18:57

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Irrigation par goutte à goutte en bambou

Il y a, dans l'état indien de Meghalaya, un système ingénieux de captage de l'eau des ruisseaux et des cascades utilisant des tuyaux en bambou pour irriguer des plantations. Il entre environ 18 à 20 litres d'eau par minute dans le système qui la transporte sur plusieurs centaines de mètres et elle sort finalement réduite à 20-80 gouttes par minute au pied de chaque plante. Ce système âgé de plus de 200 ans est employé par les fermiers de Khasi et des collines de Jaintia pour irriguer au goutte à goutte leur culture de poivre noir.
 

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Les tuyaux en bambou sont utilisés pour détourner les torrents permanents depuis les sommets vers les vallées par gravitation. Les canalisations en bambou, détournent et transportent l'eau à l'emplacement des champs où elle est distribuée sans fuite par des embranchements, faits eux aussi avec différentes formes de tiges de bambou. En manoeuvrant la canalisation de prise deau on commande également l'écoulement de l'eau dans les ramifications latérales. Des réducteurs et des répartiteurs sont employés à la dernière étape de distribution de l'eau. La dernière partie de la canalisation permet à l'eau de couler près des racines des plantes.
 

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Des bambous de diamètres variables sont employés pour former les canaux. Environ un tiers de la tige doit être enlevée sur toute la longueur ainsi que les noeuds des bambous pour fabriquer le système. Ensuite, la canalisation est lissée en employant un outil local, le « dao », un burin arrondi avec une longue poignée. Les autres pièces sont de petits tuyaux et canaux de taille variable utilisés pour la déviation et la distribution de l'eau du canal principal. Il y a environ quatre à cinq embranchements entre lendroit où l'eau est déviée et celui où elle est distribuée.

http://www.rainwater...ional3.htm#bamb (trad.perso)



#16 Tis

Tis

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Posté 26 juin 2005 - 20:50

Il y a quelques mois, ici, Shivaya nous a fait découvrir "Les Biefs du Pilat".
Encore une autre technique géniale que j'avais plusieurs fois cotoyée au cours de mes ballades, mais sans vraiment en comprendre tous les intérêts. Et là ce fut lumineux !
C'est d'ailleurs à cause de cette découverte que j'ai eu envie de collectionner dans ce topic tout plein de savoirs anciens pour que chacun puisse se réapproprier ceux qui l'intéressent.
Depuis je me régale à chercher, fouiner, découvrir, comparer... et choisir ce que je vais partager avec vous.
Alors voilà je veux dire un grand merci à Shivaya pour tous ces plaisirs glanés grâce à elle ! :-D


 

Les Biefs

 

Dans les siècles passés, les biefs, les bisses, les béals et les béalières, étaient des petits canaux chargés d'amener l'eau aux roues à aubes ou aux turbines de moulins, de scieries ou d' usines de tissage. Ils permettaient également d'irriguer les prés et les prairies.
 

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Les biefs sont des canaux à faible pente qui serpentent à travers la campagne en suivant donc les courbes de niveau. Autrefois ils servaient à alimenter les moulins pour produire l'énergie hydraulique grâce à des turbines ou des roues à aubes ou encore, ils permettaient d'irriguer des pâturages. Les fuites, par le fond du bief, tout au long du parcours étaient considérées comme des pertes.
Avec l' agriculture moderne et l'industrialisation, les biefs ont été délaissés. Aujourd'hui, le besoin d'une gestion globale de l'eau pourrait nous conduire à reconsidérer ce moyen de répartition de l'eau à l'ancienne comme une technique porteuse d'avenir en tirant parti de cet ancien défaut concernant les fuites en ligne pour en faire le principal avantage.
Les biefs, par prélèvement des eaux de ruissellement excédentaires des ruisseaux, réintroduisent cette eau dans le sol tout au long du trajet de façon à reconstituer les nappes phréatiques. Ils participent à préserver les ressources en eaux et à retarder les écoulements. Ce "stockage dynamique" profond permet également par filtration et échanges chimiques d'améliorer la qualité de l'eau. Ainsi, l'eau stockée dans le sous-sol pendant les périodes humides est restituée naturellement au profit des cours d'eau pendant les périodes sèches. Les biefs contribuent activement au soutien d'étiage.
 

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De plus pourquoi ne pas chercher à récupérer de l'eau de qualité des têtes des bassins versants et profiter de cette ressource en eau douce excédentaire plutôt que de la laisser filer en aval diluer les pollutions et grossir les fleuves lors des périodes d'inondations.
En effet, les Biefs peuvent jouer un rôle actif dans la maîtrise des ruissellements et la limitation des crues et des inondations grâce à des réservoirs tampons et de stockage sur le parcours et/ou en bout de biefs. Cette eau stockée pendant les périodes de fortes pluies sera réutilisée pour le fonctionnement des biefs aval et servira aussi pour la production hydro-électrique .
Tout le monde y trouverait un avantage. L'eau potable des villes viendrait directement des montagnes et non des fleuves plus ou moins pollués. A la campagne, l' agriculture disposerait en abondance d'eau de meilleure qualité propice à une irrigation sans engrais. Pêche et chasse abondante, tourisme vert ... Augmentation de la qualité des êtres vivants et diminution de coûts de traitement.
Le réseau de biefs permet de superposer sur l'ensemble du territoire et dans le paysage un fin maillage de répartition et d'infiltration d'eau dont les effets ne seraient pas seulement réparateur des effets pervers du passé mais aussi seraient moteur de développement et d'activités nouvelles.
A long terme et à grande échelle, l'énergie hydraulique retrouverait une nouvelle jeunesse sur l'ensemble du territoire et rejoindrait le peloton des énergies potentielles renouvelables telle que les éoliennes ou capteurs solaires. L'assèchement des nappes phréatiques autour des zones désertiques étant le moteur de l'avancée des déserts, on peut imaginer que l'inverse est vrai, c'est-à-dire que des millions de mètres cubes introduits dans les profondeurs du sous-sol constituent un volant thermique capable de mieux répartir la pluviosité en commençant d'abord par atténuer les écarts... avant de pouvoir modifier le climat de manière durable et significative...


L'ensemble du site et en particulier la page des expériences : http://perso.wanadoo.fr/biefs.dupilat/

Pour voir le déroulement d'un arrosage de prairie au bisse en Suisse : http://www.bissesduv...es/utilisations



#17 Mag

Mag

    Jardinière d'UN possible...

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Posté 27 juin 2005 - 15:46

:calin: Tis c'est magnifique! :love:
merci à toi (et Shivaya) de ce travail que vous offrez à mes yeux et à mon coeur,
c'est pour servir maintenant tout ça!
je viens de tout parcourir et j'ai déjà des mises en places en tête
Bravo et merci ! encore! encore!
Si tu peux trouver un article sur le système des puits de pierre sèche des bories je suis preneuse! :D