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Toiture , charpente et compagnie


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127 réponses à ce sujet

#121 Tis

Tis

    Curieuse palmée

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Posté 24 mars 2018 - 11:40

Choix des bois

Pour bâtir en charpente, il faut commencer par repérer et choisir ses bois dans la forêt. Tous les arbres ne se prêtent pas à la construction. Ainsi le hêtre, cassant, et le tilleul, fragile, sont rejetés par les charpentiers. À peu près toutes les autres essences ont pu être utilisées en France selon les lieux et les périodes, à condition de savoir les choisir et les mettre en œuvre. Le chêne a de loin été préféré dans toutes les régions où on pouvait s'en procurer, soit sur place, soit par flottage ou routage.

Chaque essence a des caractéristiques propres qui favorisent certains emplois : l'orme et le charme sont recherchés en charpente mécanicienne car leur fil est noueux. Le peuplier et le grisard ont été recherchés au XIXe siècle pour leur légèreté dans les combles, mais sauf en Champagne, ils n'ont pas été disposés en pan de bois par crainte de pourrissement. Le frêne abattu en lune rousse résiste bien aux attaques des insectes sauf en extérieur. Les fruitiers ne fournissent pas de longues pièces mais ont pu servir faute de mieux en Picardie. Les résineux droits et légers ont été recherchés pour les longues portées. L'importation en France des bois de Scandinavie et des pays baltes est attestée de longue date. Le châtaignier passe pour avoir été très fréquemment utilisé dans les charpentes monumentales en France. C'est une curieuse légende, car le plus souvent il s'agit en fait de chêne. Le châtaignier n'a été utilisé que dans de rares régions où il pousse massivement comme les Cévennes.
 
Le charpentier sait reconnaître sur l'arbre les défauts internes du bois. Il en existe de nombreuses sortes, tels les nœuds vicieux, les roulures et autres gélivures, qui retirent au bois toute résistance mécanique. Le meilleur chêne est celui qui a bénéficié d'une croissance rapide.

Le charpentier tire parti de toutes les pièces de bois, et recherche les pièces tordues en un plan. Ces pièces aujourd'hui inutilisables en scierie moderne pouvaient autrefois avoir une grande valeur dans la marine à voile. Les beaux cintres étaient même préemptés pour la marine de guerre. En charpente de comble, on recherche également des cintres pour les arbalétriers et les jambes de force. Certains jeux de forme facétieux ou symboliques existent même parfois dans des bâtiments anciens, lorsque l'arbre s'y prêtait.
Le bottage des arbres de haut jet a été quasi systématique dans le nord de la France pour permettre de tailler en hauteur et à la main des branches de valeur, et éviter ainsi un abattage qui pouvait se révéler désastreux. Les botteurs ou émondeurs sont des bûcherons spécialisés particulièrement agiles, qui escaladent les troncs grâce aux griffes qu'ils fixent sous leurs pieds.

 
http://www.charpenti...er/choixdesbois



#122 DzC

DzC

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Posté 24 mars 2018 - 12:34

Rapporté à leur longévité le chêne et le châtaignier ne sont pas si chers. Cette charpente bourguignonne, par exemple, a été édifiée en 1388 à Nolay et soutient depuis lors une couverture en "laves" (dalles en calcaire) de 800 kg / m².
 

 

Impressionnant !!!



#123 Tis

Tis

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Posté 24 mars 2018 - 16:04

C'est la charpente des halles du village où certains de mes ancêtres fabriquaient de l'huile de noix il y a 3 siècles.

J'aimerais bien un jour y jeter un coup d’œil de plus près et en particulier sur la curieuse pièce que l'on voit à gauche au 1er plan et que je n'ai jamais vue ailleurs :
 

180324035751203776.jpg

https://www.beaune-t...-beaunois/nolay



#124 DzC

DzC

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Posté 24 mars 2018 - 17:57

En fait non seulement c est tres beau mais en plus, quand on sait l age de cette construction et le poids

qu elle supporte c est completement incroyable (surtout si l'on compare aux constructions actuelles dont

l'esperance de vie est sans commune mesure).

Respect !



#125 Tis

Tis

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Posté 01 avril 2018 - 15:47

Les restaurations effectuées il y a quelques années sur certaines parties ne m'emballent pas vraiment car je trouve que les bois équarris mécaniquement détonent trop par rapport à la charpente d'origine. Ce qui est dommage car cette halle aux grains bourguignonne est l'une des plus anciennes qui nous soient parvenues.
Cette photo permet néanmoins d'apercevoir un peu les dalles de "lave" de la toiture et le chevillage en bout de chevrons :
 

1522593394.jpg

http://patrimoine-de...x-grains-22.php


Modifié par Tis, 01 avril 2018 - 15:52 .


#126 Tis

Tis

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Posté 20 fvrier 2019 - 11:19

Je m'étais trompée de nom et les pièces ci-dessus ne sont pas des chevilles mais des clavettes, qui facilitent le démontage comme dans cet autre type de construction vosgienne qui me semble très inspirante :
 

LES CHALOTS DE FOUGEROLLES

Son origine lointaine ?

Un ingénieux systéme de conservation des céréales. Pour conserver dans de bonnes conditions leurs céréales, nos ancêtres, très ingénieux, imaginèrent une construction originale .le chalot ou "chelo"en patois.

C'est un grenier en bois, sans clous et entièrement démontable. A l'origine, chaque ferme possédait son chalot, on en dénombre environ 350 dont 132 à Fougerolles. N'ayant plus beaucoup d'utilité, certains sont délaissés et tombent en ruine. Sa zone géographique d'implantation: Situé sur un territoire bien défini ; on les découvre dans une zone rurale comprenant six communes limitrophes : Fougerolles, Saint Bresson, Raddon en Franche Comté et le Val d'Ajol, le Girmont et Plombières en Lorraine ; le noyau central étant Fougerolles et le Val d'Ajol.

 

chalofou.jpg

 

Le système de construction:

La carcasse en chêne est assemblée par tenons et mortaises, les montants et traverses sont rainurés pour recevoir les cloisons en planches de sapin ; c'est une construction cubique. Les planches de chaque paroi sont serrées par une planche centrale taillée en biseau. En face de cette planche clé, une lumière creusée dans la traverse et fermée par une planchette, permet de la retirer et ainsi de sortir toutes les planches de la paroi par cette petite ouverture.

Il en est de même pour le plancher et le plafond. Si l'on veut démonter un chalot pour le déplacer, il faut soigneusement numéroter toutes les planches dans leur ordre sinon il est pratiquement impossible de le remonter, il n'y a aucune pièce standard, toutes ont été taillées à la demande. La porte, généralement cloutée, est fermée par une grosse serrure munie d'une clef en fer forgé. Cette porte s'ouvre sur une allée centrale bordée de chaque côté par sept casiers ou "alous" destinés à contenir les céréales. Au-dessus de ces coffres et au long des parois, courent une ou deux rangées de rayons.

 

Les chalots de Fougerolles:

A Fougerolles, il y a des chalots assez vastes : 4m sur 4m. et d'autres très petits avec une allée latérale et une seule rangée d'alous (chalot de chez Duchêne au Champ), d'autres sont mitoyens avec deux portes (chalot de chez Léhaye à Beaumont) certains portent le nom du propriétaire avec la date de construction d'autres enfin des inscriptions religieuses comme celui de chez Jean Dicotet IHPS (Jesus Hominum Salavator ,Jésus sauveur des hommes) Souvent placé au-dessus d'une cave voûtée, le chalot est toujours à l'écart de la ferme pour éviter les risques d'incendie et surélevé sur de grosses pierres afin que l'air circule tout autour des parois. Il peut être abrité sous un hangar ou situé en plein air, il est alors surmonté d'une charpente recouverte d'un toit de laves (grès feuilleté).

 

Il conserve parfaitement les produits qui lui sont confiés à condition que ceux-ci soient rentrés bien secs. Les "alous" renfermaient les différentes céréales de la ferme : blé, seigle, méteil ou "moicho" (mélange de blé et seigle) le sarrasin ou "grije", l'avoine, le millet. Sur les rayons étaient disposés les "gris" et les "beuchènes" qui contenaient les semences, les légumes secs, les fruits secs, notamment les poires sèches pour faire du pain de poire ou "raima", les pots de miel et de graisse, la farine, l'alcool (d'après un acte notarié de 1832, il a été inventorié dans un chalot au Prémourey, par suite de décès : 750 litres d'eau de cerise contenue dans 1.060 "bots.

Endroit idéal pour le vieillissement des eaux de vie de fruits, car les différences de température bonifient l'alcool.

Un batiment qui n'est pas toujours étanche aux nuisibles: Le chalot n'était pas totalement inaccessible aux rongeurs qui arrivaient à percer la paroi (souvent on y enfermait le chat pour la nuit) ni aux parasites des céréales : les charançons. "Lâ grèbeussos, ço dâ voites bétes dans lâ chèlos" Les charançons sont de sales bêtes dans les chalots, constatait avec dépit le paysan lorsque des milliers de ces insectes envahissaient tout, perçant les grains, se logeant dans le moindre interstice, résistant aux différents modes de destruction de l'époque. Leur entretien n'est pas compliqué : débarrassés de tout ce qui les encombre, une simple couche d'huile de lin les rajeunit en ravivant et nourrissant leurs bois. Tous les chalots de la région datent des 17è, 18è et19è siècles.

 

Quelle serait l'origine de ces constructions typiques à notre pays ? Jusqu'à présent, aucune étude n'avait été envisagée sur ce sujet, on en était donc réduit aux hypothèses. Origine savoyarde ? Le grenier savoyard est différent de celui de Fougerolles par sa construction : il est assemblé par queues d'aronde, il est également démontable, souvent il possède un étage. Sa destination est la même mais on y conserve en plus des denrées de la ferme les habits du dimanche et autres effets vestimentaires. Ces greniers sont visibles dans la région de Taninges, Cluses, Chamonix. Lors des invasions de notre pays au cours des siècles, notamment après la guerre de Trente ans où il ne restait pratiquement rien, les maisons incendiées et ruinées, la population aux trois quarts massacrée, il est possible que des Savoyards soient venus s'installer dans le pays en y apportant leurs traditions, leur mode de vie. Des familles portent des noms savoyards comme les Ougier et les Menigoz (Menegaz en Savoie), mais la découverte d'un chalot daté de 1618 détruit cette supposition.

Le mazot du Valais suisse est assemblé lui aussi par queues d'aronde. Il est surélevé sur de hautes pierres formant pilotis pour le préserver de la neige. Un grand disque en pierre, posé sur chaque pilotis empêche les rongeurs d'y pénétrer. Certains voient dans nos chalots la survivance des premières maisons qui étaient complètement en bois. Au Petit Fahys, dans une très vieille ferme tombant hélas en ruine et dans d'autres très vieilles fermes fougerollaises, les poutres sablières de la grange, traversant le mur du charri, sont clavetées comme celles d'un chalot.

Origine lointaine ? : des chercheurs ont découvert des constructions en bois datant de l'Age du Bronze (1800 à 750 avant J.C.) qui s'apparenteraient à des greniers à céréales, sur pilotis et recouvertes d'un toit de chaume.

Quelle serait donc l'origine des chalots de Fougerolles ?
L'étude se poursuit grâce à l'Association "Le pays du chalot".

Marcel Saire

 

+ d'infos et photos : http://lepaysduchalo...erso-orange.fr/



#127 FLOYD

FLOYD

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Posté 20 fvrier 2019 - 20:26

Cette pièce de bois avec ses deux clavettes, sert, (à mon avis) à maintenir le tenon-mortaise et sa cheville  pas assez fiable pour éviter le mouvement structurel qui tend à déboiter le tenon.

Jamais vu cette "astuce" de charpentier. 



#128 Tis

Tis

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Posté 03 octobre 2021 - 12:25

Restauration du patrimoine : "La modernité aujourd’hui, ce n’est pas la mécanisation à outrance"
19/09/2021 par Fiona Moghaddam

Entretien | Depuis une trentaine d’années, les Charpentiers sans Frontières interviennent sur des chantiers notamment de bâtiments historiques. Sur celui de la chapelle Saint-Hubert du château d’Amboise, ils restaurent la charpente, devant les visiteurs, entièrement à la main.

Une trentaine de bénévoles de Charpentiers sans Frontières, venus de huit pays (États-Unis, Angleterre, Allemagne, Espagne, France, Roumanie, Pologne…), restaurent actuellement la charpente de la chapelle Saint-Hubert, datant du XVIe siècle et qui abrite le tombeau de Léonard de Vinci au château d’Amboise. En ces journées du patrimoine, les visiteurs peuvent observer le travail de ces hommes et de ces femmes. Une équipe composée de maîtres et de jeunes apprentis, où toutes les générations et expériences sont représentées. Un chantier comme un autre pour cette association qui œuvre depuis près de trente ans sur des bâtiments historiques, à raison d’un chaque année. "Un creuset pour partager les émotions et les savoirs", déclare François Calame, le fondateur des Charpentiers sans Frontières.

Que faites-vous sur ce chantier à Amboise ?

Notre équipe de 30 charpentières et charpentiers est en train de retailler entièrement à la main une charpente qui va prendre sa place sur la chapelle Saint-Hubert du château d’Amboise, en tirant partie de la ressource de la terre elle-même. Nous avons choisi nos arbres, des chênes de la forêt d’Amboise à deux kilomètres d’ici. À présent, nous les mettons en œuvre par un dialogue très intime entre la matière vivante et les ouvriers. C’est ce rapport qui nous intéresse, c’est-à-dire qu’il n’y a plus de médiation par la machine, par des mécanismes qui quelque part déshumanise le travail. Ce dialogue se fait de matière vive à matière vive, c’est la marque de fabrique de notre groupe.

Vous utilisez aussi un savoir-faire particulier ?

Oui et pour cela, nous travaillons encore les arbres à l'état de bois vert [une vingtaine d’arbres a été abattu en février puis conservé à l’ombre afin de ne pas sécher avant le début du chantier en septembre, ndlr]. C'est très important à savoir. Depuis le Moyen Âge, on a toujours travaillé le bois vert parce qu'on l'équarrie mieux en le travaillant à la hache. Sur ce chantier de Saint-Hubert, nous allons également utiliser la scie de long, là aussi, on utilise du bois vert, du bois frais. Et on montre aussi, qu’en une semaine, l’ouvrage est bien mené, cela va très vite. Nous ne sommes pas du tout à la traîne de techniques mécanisées et cela se passe également dans une atmosphère de cordialité et de rapports amicaux qui est très riche.

Une dizaine d’arbres a été utilisée pour réaliser l'abside de cette chapelle que nous recréons complètement à neuf sur les instructions de l'architecte en chef Étienne Barthélemy. La structure d'origine, qui datait de 1840 environ, était une structure très faible qui n'avait pas été réellement conçue pour recevoir la fameuse flèche de l'architecte Ruprich-Robert, certes très élégante, mais qui est arrivée un petit peu par hasard et qui n'a pas été conçue pour cela. Ruprich-Robert, qui était un concurrent et un collègue de Viollet-le-Duc, a été quelque peu frustré de sa flèche quand Viollet-le-Duc faisait celle pour Notre-Dame. La flèche de Saint-Hubert est donc plus modeste, très jolie, très élégante mais la base du travail a été un peu négligée. Cette flèche est mal liaisonnée à sa base et donc nécessite d'être entièrement démontée, puis ensuite remontée avec une structure beaucoup plus conséquente conçue par Étienne Barthélemy.

Le fait de travailler à la main, comme c'est le cas actuellement, est une spécificité de votre association ?

C’est vraiment notre marque de fabrique. C'est un groupe que j'ai constitué il y a plus de vingt ans et je peux vous dire qu'il y a vingt ans, quand je cherchais à promouvoir ces techniques, il n'y avait pas un charpentier en France qui savait travailler des bouts de bois à la main ! Aujourd'hui, il y a des quantités de volontaires et les gens font cela, non seulement professionnellement, mais aussi par plaisir. C'est vraiment un mouvement de notre temps. Ce n'est pas un mouvement archaïque. On nous a souvent dit "Vous vivez dans le passé, vous poursuivez des chimères d’une autre époque". Mais la modernité aujourd'hui, ce n'est pas la mécanisation à outrance. C'est aussi ce retour à un besoin de dialoguer avec la matière vivante, de retrouver une forme d'énergie vitale de son corps, travailler en liaison entre l'esprit et la main. Ce sont des questions de notre temps. Ce travail à la main nous convient d'un point technique et spirituel. C'est le rapport direct avec la matière vivante, à la forêt, aux arbres.

Des techniques que vous partagez avec d’autres pays ?

Notre principe est un peu, au fond, une sorte de banque internationale des techniques. Chaque pays possède des pans entiers du savoir et du génie technique et c’est intéressant de mettre en commun ces énergies, ces savoirs et de les partager. Au tout début de notre action, nous avons appris énormément de nos collègues roumains qui, au sortir de la révolution de 1989, nous ont appris à travailler à la main. En France, on avait complètement oublié ces techniques. Les Français, aujourd'hui, ont une ressource très enviée dans le monde entier : le savoir du trait. Avec Charpentiers sans Frontières, nous avons présenté le dossier pour faire reconnaître le trait de charpente au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco. Il est donc reconnu au patrimoine mondial depuis 2009.

Quelle est cette technique du trait de charpente à la française ?

C’est une manière très française de concevoir des solutions pour résoudre des problèmes de géométrie complexes, de géométrie dans l'espace dans laquelle tout est possible (les Japonais le pratiquent, les Allemands également mais de manière différente). La pénétration des volumes complexes est totalement maîtrisée par des tracés très précis qui sont réalisés à échelle réduite, mais aussi à échelle grandeur nature. Cela a été un besoin français de maîtriser ce savoir dès l'époque de Notre-Dame, c'est-à-dire à la charnière de l'architecture romane et de l'architecture gothique, à la toute fin du XIIe siècle. Les bâtisseurs français ont commencé à maîtriser cette géométrie complexe et ils ont abandonné petit à petit la géométrie plane qui était celle de l'architecture romane. Les premières manifestations, comme à la cathédrale d'Auxerre vers 1215, montrent déjà une maîtrise parfaite de cette géométrie complexe qui ne fera que se développer ensuite par la force du génie français. C'est vraiment quelque chose de particulier à notre pays. Et cela nous est très envié par nos amis étrangers qui, eux, ont développé d'autres techniques. Chacun doit partager et peut partager ce trésor de savoirs.

Pourquoi avoir choisi les monuments historiques ?

Car la plupart ont été mis en œuvre à la main à l'époque où il y avait ce rapport à la matière vivante. Nous retrouvons ainsi les mêmes gestes et les matériaux. Cette approche permet une restitution sensible et de respecter ces édifices qui nous ont été transmis et dont on souhaite prolonger la durée de vie. Nous sommes quasiment les seuls à apporter ce type de réponse. Aujourd'hui, certains édifices anciens sont restaurés avec des techniques quasiment industrielles, au détriment de la qualité patrimoniale. Depuis plus de vingt ans, nous travaillons à sensibiliser les services des monuments historiques à nos techniques. Désormais, nous parvenons parfois à faire introduire au cahier des charges la restauration de la charpente à la main, cela ne se faisait pas avant. C'est le cas notamment pour le grand comble de Notre-Dame de Paris. Mais c'est un travail de longue haleine.

Vous n’intervenez que sur des bâtiments historiques ?

C'est évidemment à chaque fois un lieu exceptionnel qui nous est offert. Nous avons des enjeux patrimoniaux mais parfois des enjeux sociaux également. Nous sommes intervenus, par exemple à la jungle de Calais (2015-2016) pour créer un lieu qui permettait d'accueillir un conseil juridique en faveur des migrants. Les opportunités sont à chaque fois différentes. Chaque lieu est spécifique. Il faut vraiment qu'il y ait une dynamique, qu'on soit porté par un élan, par une envie, une appétence pour que les bénévoles viennent. Mais c'est un échange. Socialement, tout le monde doit y trouver son compte. Techniquement, si le travail n'est pas intéressant, les gens ne voudront pas venir. Il y a souvent un noyau de personnes qu'on connaît bien, mais on veille à ce qu'il y ait également de nouvelles têtes. Ce n'est pas une réunion d'anciens combattants depuis vingt ans ! On a des jeunes, on a beaucoup de femmes. C'est très important que la profession se féminise. Et les nationalités sont variées, les expériences sont multiples. En Chine, en 2015, nous avons travaillé avec des maîtres chinois d'une minorité ethnique qui ne parlaient même pas le mandarin, et le contact s'est parfaitement passé parce que si la langue est une chose importante, il y a toute une dynamique qui fonctionne notamment par la culture technique. C'est un moteur essentiel.

C’est aussi une manière de transmettre ce savoir-faire ?

Les savoirs se transmettent. Les bénévoles ont envie d’être là, de pratiquer, d’apprendre. C’est aussi une manière d’éduquer les maîtres d’ouvrage et les maîtres d’œuvre potentiels, de les initier, de les sensibiliser à ces techniques. Aujourd’hui encore, beaucoup de professionnels ignorent complètement l’existence même de ces techniques. Ils n’imaginent pas que c’est possible ni même souhaitable, car la mécanisation a été érigée en système. Toute voie latérale est donc considérée comme négligeable voire méprisable et ne nécessitant pas une prise en considération. L’intérêt est aussi de prouver que d’un point de vue économique, nos modèles sont utilisables.

La donne est en train de changer grâce à différentes entreprises affiliées à notre association qui pratiquent, sur des chantiers de monuments historiques ou non, ces techniques à la main, totalement ou partiellement. Car toutes les combinaisons sont possibles. Nous ne cherchons pas à imposer un mode de vie moraliste. Ce que nous souhaitons faire passer, c'est l'idée que l'être humain a le choix. Il n'est pas condamné à utiliser ces techniques, ni à utiliser des technologies exclusives car le marché les lui impose. L'un n'exclut pas l'autre. C'est vraiment le souhait que nous portons.


L'article complet avec ses photos : https://www.francecu...tion-a-outrance


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