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La France en Action et Jean Marc Governatori


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379 réponses à ce sujet

#1 LILA

LILA
  • Localisation:sud-ouest

Posté 23 novembre 2005 - 17:03

j'ai reçu un prospectus sur "la france en action"

voici le site: http://www.lafranceenaction.com

ce serait un nouveau parti politique

comme il ya beaucoup de personnes perspicaces sur ce forum, j'aimerais savoir si vous connaissez déjà ou sinon ce que vous en pensez.

zut, il faudrait déplacer ce message je n'y arrive pas...

Edit Shivaya : déplacement fait ;)

#2 Yeye

Yeye

    Ziploïde gloupexiforme

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  • Localisation:Lotharingie inférieure

Posté 23 novembre 2005 - 17:59

Ca me parait bien, on ne peut pas être d'accord avec toutes les idées d'un parti, ce qui compte c'est d'y trouver le plus grand nombre d'idées auxquelles on adhère.
Ce qui est présenté sur le site est assez encourageant, reste à voir comment ça peut grossir.

Je me rappelle du parti de la loi naturelle aux élections de 95, qui prônait le vol Yogi, c'était assez marrant et pourtant ils ont eu des voies; ce qui prouve que c'est possible.

Seulement je reste très sceptique sur la faculté qu'ont des gens hors du star-system à dépasser un nombre minimum de voies dans des élections dont les favoris sont prédéterminés par la couverture médiatique qu'on leur accorde.
L'arrivée du FN au pouvoir n'avait finalement rien de surprenant puisque les médias avaient à cette époque montré la réalité de la délinquance en France et ont de ce fait orienté le choix des électeurs.
Quoi qu'on pense des résultats de ces élections, on ne peut que reconnaitre qu'elles ont permis d'illustrer la puissance infinie des médias dans la détermination politique de la France.

J'espère sincèrement me tromper, mais je crois que le pouvoir est confisqué par la mafia politico-médiatique et qu'accéder aux manettes en se basant uniquement sur de bonnes idées trop honnêtes est une utopie. ;)

Governatori a donc indiscutablement de bonnes idées que je ne remets pratiquement pas en question, par contre je doute légitimement de la possibilité de les diffuser largement au public.



Ceci étant, en appliquant notre principe de changer le monde en commençant par soi-même, je vais peut-être bien m'inscrire chez "France en action"...

#3 _Shivaya_

_Shivaya_

Posté 23 novembre 2005 - 18:21

Déjà le nom du gars : Governatori... ;) mais bref... par contre sa position sur le traite européen est ce qu'elle est mais ces arguments sont d'un naze... assez incroyable...

VOTER NON au traité constitutionnel, c’est :
• Être d’accord avec des individus aussi différents que Besancenot, Buffet, de Villiers, Fabius, Laguillier, Le Pen.

Encore un qui va arreter de pisser debout parce que Le Pen pisse debout...
Comme si une idée qui aurait été défendu par un de ceux là deviendrait "mauvaise" par essence... ;)

#4 _Goéland_

_Goéland_

Posté 23 novembre 2005 - 18:30

Quelques perles péchées ici et là :

Dans la rubrique notre président :

Le libéralisme doit être respectueux des biens et des personnes , en donnant  à la justice et à la police les moyens qu'elles méritent , en insistant sur une nouvelle éducation axée sur le savoir être et les relations humaines .


Digne de Mussolini .


Dans la rubrique notre plaquette :

Vanter trop les longues études dévalue les travaux manuels

Cultiver le gout du moindre effort chez nos jeunes alimente le chomage

Indemniser sans activité incite à la passivité , à la roublardise et empêche d'indemniser ceux qui sont réellement dans la détresse , les personnes handicapées par exemple .

Les fonds d'insertion seraient plus efficaces pour revitaliser le milieu rural , inviter et former les citadins en souffrance pour retrouver le gout des activités rurales

L'auto suffisance alimentaire est un objectif qui conviendra à des milliers de citadins en situation de souffrance .



Beau programme . Grosso modo on forme une jeunesse pure et travailleuse et les citadins "en souffrance " sont déportés à la campagne où ils devront gratter la terre pour bouffer .

VIVE L ' ORDRE NOUVEAU !!!

Modifié par Goéland, 23 novembre 2005 - 18:32 .


#5 _Petrone_

_Petrone_

Posté 23 novembre 2005 - 21:17

C'est clair qu'on peut toujours trouver des perles bien croustillantes. ;-)
Mais je m'abstiendrai ;)

Car son programme donne de sacrés coup de pied dans la fourmilière ;-)

Notamment,

Une agriculture à 100% bio ;)
La remise en cause du régne sans partage de la médecine allopathique ;)
L'arrêt et le démantèlement du programme nucléaire ;-)
Une politique énergétique axée essentiellement sur la diminution de la consommation énergétique résultant elle-même d'un système économique entièrement restructuré (autarcie remis au goût du jour pour ceux qui le souhaitent) ;)

J'espère qu'il a un bon garde du corps ou que personne ne sera assez raisonnable pour lui apporter son vote. ;-)

A mon avis, c'est quand même à creuser. Il faut voir l'ensemble du bonhomme et humer l'air de son organisation pour se rendre compte parce que sur les mots et les expressions, on pourra toujours trouver des critiques. L'important, c'est de savoir s'il peut faire émerger certaines problématiques sur le devant de la scène.

#6 _Faith_

_Faith_

Posté 23 novembre 2005 - 21:28

Une agriculture à 100% bio  ;)
La remise en cause du régne sans partage de la médecine allopathique  ;)
L'arrêt et le démantèlement du programme nucléaire ;)
Une politique énergétique axée essentiellement sur la diminution de la consommation énergétique résultant elle-même d'un système économique entièrement restructuré (autarcie remis au goût du jour pour ceux qui le souhaitent)

J'ai peur que ça ressemble beaucoup à de la démagogie (histoire de trouver son électorat).
Je ne sais plus qui disait: c'est facile de faire des promesses quand on sait qu'on ne sera pas élu... comme ça on n'aura pas à les tenir.

Agriculture à 100% bio: pourquoi pas, mais on sacrifie alors une bonne part d'exportation
Démantellement du nucléaire: la bonne blaque ! Combien de dizaines d'années pour remplacer les 80% de production électrique manquante ? Et puis l'exemple Allemand ne donne pas envie
Système éco restructuré: euh... c'est pas tout à fait aussi simple que ça... Si les lobbies sont efficaces, c'est pas pour rien.

Enfin, je suis peut-être pessimiste...

#7 _Petrone_

_Petrone_

Posté 23 novembre 2005 - 21:53

Peut-être! De toute façon, c'est pas pour être élu qu'il se présente : il vise 1 million de voix et à mon avis c'est optimiste.
En tout cas, à ce niveau, ça devrait permettre de refinancer son parti politique. ;)

Non, l'intérêt, c'est de faire que ces questions remontent à la surface de l'inconscient collectif, qu'elles commencent à faire l'objet de débats.

Les verts se sont faits piégés et ne sont plus vraiment les porteurs sur la place publique d'une écologie politique radicale. C'est clair que les objectifs affichés sont aujourd'hui hors de portée, vu l'inertie de notre système mais entre :
1,6% d'AB et 100% d'AB, il y a une marge de progrès !
80% de nucléaire et 0% de nucléaire également !
le système économique productiviste hyper-financiarisé et un système plus humain aussi !
D'ailleurs, ça fait moins de 50 ans que toutes ces c... ont été mises en place. L'histoire de l'humanité, c'est 150000 ans. Pas de raison de croire que ces 50 dernières années sont une fatalité irrémédiable. Dans mille ans, tout ça apparaîtra peut-être comme une petite blague, un petit égarement passager, histoire de pimenter notre histoire ;)

Frapper les esprits avec des symboles forts, le tout dans une dynamique de mouvement sorti d'un chapeau, ça peut faire des vagues et attirer l'attention alors que pour les verts, qu'ils fassent 5 ou 10%, ça ne fait plus guère jaser dans les gazettes.

Reste à savoir si sous le feu des projeteurs, il ne se fera pas torpiller en règle (histoire de décrédibiliser tout le mouvement) ou il ne choisira pas d'édulcorer son discours pour ratisser plus large (là, ce serait une erreur car il oublierait à quoi il sert ;) )

#8 _Shivaya_

_Shivaya_

Posté 23 novembre 2005 - 21:55

J'ai peur que ça ressemble beaucoup à de la démagogie (histoire de trouver son électorat).
Je ne sais plus qui disait: c'est facile de faire des promesses quand on sait qu'on ne sera pas élu... comme ça on n'aura pas à les tenir.

+1
Pour moi c'est clairement de la démagogie : un chef d'entreprise qui ne serait pas corporatiste ? qui iraient à l'encontre de tout ce qui fait le libéralisme et "l'esprit d'entreprendre" ?? ;)

Quand Pierre Rabhi tient ce discours, non seulement il est plus réaliste mais en plus il sait de quoi il parle...

#9 _Petrone_

_Petrone_

Posté 23 novembre 2005 - 22:37

Pour moi c'est clairement de la démagogie : un chef d'entreprise qui ne serait pas corporatiste ? qui iraient à l'encontre de tout ce qui fait le libéralisme et "l'esprit d'entreprendre" ?? ;)

Je suis moi-même chef d'entreprise (petite certes ;) ).
Et alors ? Quand je l'ai créée et que mon banquier m'a dit "une entreprise, c'est fait pour gagner de l'argent", je n'ai rien dit, j'ai souri. Je n'en pensais pas moins. Lui, il croit ce qu'il veut. Mais moi, je suis libre de faire ce que je veux. ;)

Ce que je crois, c'est qu'on commence à être prisonnier d'un système au moment où on arrête de le penser par soi-même, d'être capable d'imaginer et d'orchestrer sa transgression.


Diaboliser l'esprit d'entreprendre ou penser au chef d'entreprise comme corporatiste, c'est pas dur, c'est des pensées faciles. Ca ne coûte rien ou presque.

Faire bouger les choses, bousculer les habitudes et les consciences, prendre sur soi pour surmonter la dure réalité, c'est parfois ce que ce fameux "esprit d'entreprendre" au sens large permet aussi de réaliser. Créer un peu de mouvement là où il y avait au mieux des idées et de l'énergie potentielle.

Penser l'entreprise comme un but (qui plus est, lucratif) en soi et non comme un simple cadre d'action, c'est tout simplement l'abandonner à l'idéologie dominante du temps. Ce n'est peut-être pas un service rendu à la pensée libre.

Ceci étant dit, vous avez peut-être tout à fait raison en ce qui concerne le caractère démago du bonhomme (comme vous pouvez avoir tort). Personnellement, en politique (comme ailleurs), je ne cherche jamais de messie mais seulement des vecteurs capables de bouger ce qui me semble devoir l'être.
Le non-agir est un alternative respectable. Ce n'est pas la seule.

Modifié par Petrone, 23 novembre 2005 - 22:40 .


#10 _Goéland_

_Goéland_

Posté 23 novembre 2005 - 22:57

Apparement ce parti se serait présenté aux dernières élections européennes sous le nom " La France d'en bas " et aurait obtenu moins de 1% des voix .

Profil type du parti attrape gogo , brosser l'electeur potentiel dans le sens du poil .

1 Annoncer qu'on aime et défend les animaux et les handicapés . Pour dire qu'on est des gentils , forcément vu qu'on aime les animaux et les handicapés .

2 Taper sur les politiques en place . Comme personne ne les aime tout le monde ne pourra qu'être d'accord .

3 Surfer sur les courants de société . L'écologie est en vogue ? Allons y pour l'écologie .Le nucléaire c'est sale et la campagne c'est du bon air et nanani et nanana ...

4 Distiller à dose homéopathique quelques phrases sur la défense du petit commerce qu'est quand même mieux qu'les grandes surfaces , l'éducation que ça va pas du tout il faut remettre de l'ordre làdedans , et que les pauvres ils nous emmerdent zont qu'à partir à la campagne bouffer des racines ...

Pour ceux qui connaissent pas , je vous conseille de taper Pierre Poujade sur google , l'ancêtre de Le Pen .

#11 _Shivaya_

_Shivaya_

Posté 23 novembre 2005 - 23:50

Pour moi c'est clairement de la démagogie : un chef d'entreprise qui ne serait pas corporatiste ? qui iraient à l'encontre de tout ce qui fait le libéralisme et "l'esprit d'entreprendre" ?? ;)

Je suis moi-même chef d'entreprise (petite certes ;) ).
Et alors ? Quand je l'ai créée et que mon banquier m'a dit "une entreprise, c'est fait pour gagner de l'argent", je n'ai rien dit, j'ai souri. Je n'en pensais pas moins. Lui, il croit ce qu'il veut. Mais moi, je suis libre de faire ce que je veux. ;)

Ben justement lui n'est pas chef d'entreprise d'une "petite" entreprise... et ses priorités n'ont surement rien à voir avec les tiennes.
Je suis moi aussi indépendante mais je ne me suis jamais présentée comme "chef d'entreprise"... j'ai jamais aimé les chefs c'est pas pour le devenir moi meme... alors qu'en tant que gérante de SARL c'est un titre qui conviendrait.
Je n'ai pas critiqué l'esprit d'entreprendre, j'ai simplement dit, peut etre mal, que lui qui tartine partout son statut de chef d'entreprise et son esprit d'entreprendre pour justifier de qualités soit disant utile en politique et pour gouverner un pays, je le vois mal, une fois élu, s'en prendre à toute une corporation de grands patrons qui cotisent au Medef...
Je trouve surtout qu'il porte bien son nom ;)

#12 _mirza_

_mirza_

Posté 24 novembre 2005 - 07:04

Je ne sais plus qui disait: c'est facile de faire des promesses quand on sait qu'on ne sera pas élu... comme ça on n'aura pas à les tenir.

Note bien qu'il y en a qui ont été élus et qui ne les ont pas plus tenues, hein, leurs promesses.

Moi j'en pense la même chose que le parti de la decroissance dont il était question y'a une dizaine de jours: je me demande bien en quoi ça pourrait donner une quelconque force aux idées de les diluer dans X partis différents au lieu d'en faire un vrai, gros. Crédible.

#13 diable moelleux

diable moelleux

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Posté 24 novembre 2005 - 10:01

Oui, ou encore de passer à l'action nous-mêmes sans attendre cela d'un parti. Décroissons tout seuls !

#14 krollkop

krollkop

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Posté 24 novembre 2005 - 11:58

Diable,

Je vois une totale contradiction entre ton post et ta signature ?

Modifié par krollkop, 24 novembre 2005 - 11:59 .


#15 krollkop

krollkop

    En concertation syndicale concernant la grève de post

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Posté 24 novembre 2005 - 12:11

Pour analyser avec un peu de recul la situation du paysage politique en France (et ailleurs), ..., et qui explique bien les résultats de 2002 et laisse apparaitre une bonne idée de ce que sera 2007.

Le gros parti se formera-t-il ?

Le système extérieur me parait bien loin des préocupations de décroissance...

La crise sociale française : des nouvelles précarités, des salariés plus isolés
LE MONDE | 21.11.05 | 15h36  *  Mis à jour le 22.11.05 | 10h27 

Au premier regard, la société française reste la société de classes qu'elle était dans les années 1950, avec un haut et un bas bien identifiés, se reproduisant implacablement de génération en génération.

Non seulement les classes populaires (ouvriers et employés) n'ont pas disparu, mais elles représentent toujours la majorité de la population active (environ 60 %). En apparence, leur situation salariale reste également très stable : un ouvrier (ou un employé) gagne 2,5 à 3 fois moins qu'un cadre, aujourd'hui comme il y a vingt ans. De même, le chômage touche toujours 3 ou 4 fois plus souvent les ouvriers ou les employés que les cadres. Enfin, la démocratisation de l'accès à l'enseignement secondaire n'a pas vraiment atténué les inégalités considérables de perspectives scolaires et sociales pour les enfants des différentes catégories.

L'échec scolaire au primaire et au collège reste 4 à 5 fois plus fréquent chez les ouvriers que chez les cadres : une majorité des enfants de cadres finiront cadres et une toute petite minorité (moins de 10 %) finiront ouvriers ou employés ; inversement, une majorité des enfants d'ouvriers finiront ouvriers ou employés. En somme, si l'on regarde le paysage à partir des catégories forgées dans l'après-guerre - ouvriers, employés, cadres, etc. -, il nous renvoie l'image d'une France très stable.

Et pourtant, tout a changé.

Le symptôme le plus cru en est la crise générale de la représentation politique : des pans entiers du salariat modeste ont déserté la gauche et ne se sentent plus du tout représentés par les partis traditionnels. En mai 1981, le Parti socialiste rassemblait 74 % du vote ouvrier ; en avril 2002, il n'en captait plus que 13 %. La droite parlementaire ne profite guère de ce rejet : le vote des classes populaires a d'abord nourri la montée de l'abstention et, en second lieu, le vote pour les extrêmes. Lors de la dernière élection présidentielle, près du tiers des ouvriers qualifiés et des contremaîtres ont voté pour l'extrême droite.

Que s'est-il donc passé ? En réalité, les instruments mobilisés pour décrire le social racontent une société en trompe-l'oeil.

Les mêmes mots - ouvriers, professions intermédiaires, cadres... - décrivent des réalités sociales n'ayant plus beaucoup à voir avec la situation des années 1970. La classe ouvrière puissante et organisée a cédé la place à un nouveau prolétariat de services, invisible et dispersé. Employés de commerce, personnels des services directs aux particuliers, chauffeurs, manutentionnaires... Quelques métiers de services peu qualifiés regroupent désormais à eux seuls plus de 5 millions d'actifs, près de 3 fois plus que les ouvriers qualifiés de type industriel, figure naguère centrale de la classe ouvrière.

Un peu plus haut dans la hiérarchie salariale, les professions intermédiaires se divisent de plus en plus profondément entre une fonction publique surdiplômée, agressée par le rétrécissement du périmètre de l'Etat, et des classes moyennes du privé de plus en plus menacées par l'insécurité professionnelle. Plus haut encore, les emplois de cadres se sont multipliés, mais leur statut s'est inexorablement banalisé, surtout dans le privé : un nombre croissant d'entreprises gèrent leurs effectifs de cadres comme auparavant ceux de leurs salariés ordinaires.

Un même mouvement de fragilisation des relations d'emploi traverse le haut comme le bas de la société, divisant et transformant les anciennes classes sociales. Encore résiduels au début des années 1980, les contrats à durée déterminée représentent désormais plus des deux tiers des embauches. Ils sont devenus un passage obligé pour quiconque doit trouver ou retrouver un emploi. Un tiers seulement des contrats temporaires sont transformés en contrats à durée indéterminée.

Les emplois se créent aujourd'hui dans des termes plus incertains que naguère. Par la suite, leur destin s'écrit de façon également beaucoup plus aléatoire. Au-delà des hauts et des bas de la conjoncture, le risque annuel de perte d'emploi pour le chômage a augmenté en vingt ans de 30 % environ, dans tous les métiers salariés. Aux pires moments des restructurations du début des années 1980, 4 % des salariés perdaient leur emploi pour se retrouver au chômage l'année suivante. Quinze ans plus tard, durant la phase exceptionnelle de créations d'emplois de la fin des années 1990, ce même taux de perte d'emploi était supérieur à 5 %. La croissance n'endigue plus la montée de l'insécurité des emplois, laquelle est surtout très nette dans le secteur des services.

La fragilisation des relations d'emploi touche tout le monde, mais à des degrés divers. Les métiers d'ouvrier et d'employé sont certes davantage exposés que les métiers plus qualifiés, mais - au sein de chaque grande classe sociale - les emplois impliquant une relation de service sont davantage exposé que les autres. Plus de 25 % des employés de commerce et des personnels des services directs aux particuliers sont au chômage ou sous contrats à durée limitée, près de 2 fois plus que la moyenne nationale. Les inégalités de salaires sont restées très stables en France, mais les inégalités d'exposition à des conditions d'emploi fragiles ont augmenté considérablement.

La proportion d'ouvriers sous contrats précaires est aujourd'hui 7 fois plus forte que celle des cadres, alors que ce rapport n'était que de 1 à 4 vingt ans plus tôt. Ces nouvelles formes d'inégalité sont aujourd'hui bien plus profondes que dans la plupart des autres pays occidentaux. Elles génèrent des disparités de statut inédites, assez spécifiques à la France et qui sont en réalité des inégalités dans le rapport à l'avenir et dans le degré de socialisation. Elles représentent l'une des dimensions essentielles de la nouvelle architecture sociale.

Beaucoup plus que la mondialisation, c'est l'avènement d'une économie tournée vers la production de services qui transforme la condition salariale (les métiers ouvriers eux-mêmes s'exercent désormais en majorité dans les services). Au fur et à mesure qu'elles s'enrichissent, nos sociétés se détournent des produits industriels standardisés. Les entreprises industrielles elles-mêmes deviennent un lieu où se créent de plus en plus d'emplois de services (services d'études et de commercialisation notamment), à la périphérie de la production à proprement parler.

Plus fragile, le salariat est également isolé dans des structures de production plus petites où les rapports avec l'employeur, le client et le marché sont pluspersonnels et directs. Lors de la grande période de désindustrialisation (1980-1995), la taille des entreprises françaises s'est homogénéisée et a diminué en moyenne d'un tiers. Les enquêtes sur les conditions de travail révèlent que cette évolution s'accompagne d'une multiplication des tensions liées à la pression directe du marché, du client. Plus du tiers des ouvriers doivent désormais respecter des délais de production inférieurs à une heure.

L'éclatement du salariat dans de petites structures de services favorise également l'émergence d'arrangements extrêmement divers sur les horaires et les conditions de travail entre employeurs et salariés. Cette évolution rend très difficiles l'identification de problèmes communs entre salariés d'entreprises différentes et l'émergence d'identités collectives, et complique le travail de représentation des syndicats, lesquels sont très peu implantés dans les nouveaux secteurs de services. Pour les salariés, la multiplicité et l'hétérogénéité des arrangements locaux sont la source d'un sentiment diffus d'injustice, d'arbitraire et d'illisibilité du monde du travail. La nouvelle entreprise capitaliste a peu à peu cessé d'être pourvoyeuse d'identité et de statut social. De ce point de vue, le fossé s'est creusé entre le salariat des grandes entreprises et celui des PME, le salariat du privé et le salariat du public.

Le statut de la fonction publique apparaît de plus en plus comme un privilège aux yeux des salariés du privé, dont l'horizon d'emploi s'est rétréci et les conditions de travail durcies. Mais les salariés du public connaissent d'autres difficultés : durant ces années de chômage de masse, la fonction publique a été le refuge d'un nombre croissant de surdiplômés. Ces nouvelles générations de fonctionnaires ont le sentiment d'avoir déjà payé leur statut par une forme de déclassement. Elles ressentent comme d'autant plus injuste toute tentative de remise en question des termes du contrat qu'elles ont signé avec l'Etat.

Le malentendu et les clivages entre public et privé sont de fait de plus en plus saillants. Les résultats exprimés lors de la dernière élection présidentielle ont révélé une distance tout aussi grande entre les classes moyennes du privé et du public qu'entre les classes populaires et les classes moyennes. Gagnées par l'abstention et tentées par l'extrême droite, les classes moyennes du privé rejettent de plus en plus radicalement la société en train de s'édifier.

De nouvelles distances se creusent entre ceux que leurs statuts et leurs diplômes protègent devant l'avenir et les autres. Elles ne sont nulle part aussi visibles que sur le territoire et dans les choix résidentiels. Les changements de résidence restent en France relativement fréquents (10 % par an environ), mais ils ne donnent lieu à aucun brassage social.

Parmi les personnes changeant de résidence, les plus aisées, les plus diplômées, se massent de plus en plus exclusivement dans les quartiers les plus riches, et ainsi de suite, les plus pauvres n'ayant par défaut que les quartiers les plus déshérités pour emménager. Au final, les populations les plus riches se concentrent dans quelques territoires seulement, plus encore aujourd'hui qu'il y a vingt ans. Les quartiers sensibles ne sont qu'une conséquence d'un processus de séparation traversant toute la société.

L'âpreté de la ségrégation territoriale rend sensible un changement très profond dans la façon dont les classes sociales se définissent désormais les unes par rapport aux autres. La désindustrialisation a sonné le glas de catégories sociales complémentaires dans le processus de production et sur le lieu de travail. La complémentarité et la coexistence des différentes classes sociales sur les lieux de production disparaissent au profit de relations de clients à donneurs d'ordres, c'est-à-dire de relations médiatisées par le seul marché.

En forçant le trait, on pourrait dire que plus rien ne soude entre elles les différentes fractions de classes, elles n'ont plus rien à négocier et partager. Cette évolution libère et met à nu les tensions purement séparatistes et endogamiques qui sommeillent dans notre société.


Prochain rendez-vous dans "Le Monde" du lundi 19 décembre (daté 20) : les nouvelles conditions du travail.
Eric Maurin


Article paru dans l'édition du 22.11.05

Biographie
Eric Maurin, 42 ans, est directeur d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) depuis 2004. Ancien élève à Polytechnique et à l'Ecole nationale de la statistique et de l'administration économique (Ensae), il a d'abord fait carrière à l'Insee. Economiste, il aborde les questions de société à partir de statistiques inédites. Son dernier ouvrage, Le Ghetto français (La République des idées/Le Seuil, 96 p.), décrit les mécanismes de ségrégation en France.

#16 _Petrone_

_Petrone_

Posté 24 novembre 2005 - 13:05

Profil type du parti attrape gogo , brosser l'electeur potentiel dans le sens du poil .
[...]
Pour ceux qui connaissent pas , je vous conseille de taper Pierre Poujade sur google , l'ancêtre de Le Pen .

Soit dit en passant, y-a-t-il aujourd'hui un parti politique qui ne soit pas attrape gogo tel que tu le définis ? ;)

A gauche, c'est l'adoration du pouvoir d'achat, à droite, c'est l'adoration du pouvoir de gagner de l'argent... Notez bien la différence de ces beaux ersatz du pouvoir de vivre ! ;)

Pas vraiment la peine de remonter à Poujade! ;)

A part cela, quelques infos glanées sur le bonhomme :

Il semble issu d'une famille prospère, très bien implantée dans la région de Nice. Cette dernière possède plusieurs sociétés (voir sur societe.com) dans des activités très diverses et qui doivent lui constituer un bon patrimoine (ceui-là même qui lui permet de financer ces activités). Pour info, son père est un des "repreneurs" de l'OGC Nice (football). Donc la famille a de l'argent. Le père investit dans le foot, le fils dans la politique après s'être "dépensé" dans des assoc aussi diverses que le droit des petits actionnaires et le bien-être animal.
Pour sa 1ère campagne avec la France d'en-bas, Governatori avait comme vice-présidente Francine Gomez (ex-PDG de Waterman, plutôt catégorisé UDF). Sa liste était classée comme de juste Divers droite. A noter que Mme Gomez ne semble plus faire parti de la France en action.
Concernant le financement de sa 1ère campagne (2 millions d'euros), il les aurait financé lui-même (2 versions pas nécessairement antagoniste sur le net : à partir de gains réalisés dans la net économie, par une grande banque française (c'était sans doute un prêt).

Mes commentaires :
Fort possible que l'homme cherche à se faire un nom en politique. Son corpus idéologique est un étonnant fourre-tout qui peut lui servir de simple tremplin pour ses ambitions personnelles. En bon homme d'affaires, il occupe des niches à potentiel, essaye de les fédérer pour atteindre la masse critique. Reste à voir s'il mettra en avant ces propositions les plus iconoclastes quant il arrivera au contact des masses où s'il "s'adoucira".

#17 Yeye

Yeye

    Ziploïde gloupexiforme

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Posté 24 novembre 2005 - 13:10

Moi j'en pense la même chose que le parti de la decroissance dont il était question y'a une dizaine de jours: je me demande bien en quoi ça pourrait donner une quelconque force aux idées de les diluer dans X partis différents au lieu d'en faire un vrai, gros. Crédible.

Exactement ce que je disais dans un autre topic et qui te laissait perplexe l'autre jour !

Puisque la France ne peut pas s'empêcher de patauger dans le manichéisme habituel du clivage droite-gauche, on peut constater que les gauchos et assimilés ne peuvent pas s'empêcher de se diviser constamment, s'affaiblissant constamment pendant que les droitos se coalitionnent, trouvent des dénominateurs communs pour prendre toujours plus de puissance.

Dans le système actuel, on ne peut pas choisir le meilleur, on ne peut choisir que le moins mauvais.


Tout ça fait qu'au final, les belles idées que tout le monde a ici et ailleurs ne pourront jamais gagner de terrain en passant par les urnes: chercher exactement et exhaustivement ces idées chez un candidat représentatif et rejetter tous ceux qui s'en approchent de près ou de loin revient finalement à favoriser ceux qui s'y opposent (un simple calcul suffit à s'en convaincre: si 80% d'électeurs ayant quelques idées communes votent pour 20 partis différents, les 20% d'électeurs coalitionnés aux idées opposées passeront quand même !)
L'existence d'un deuxième tour est un pansement sur une jambe de bois pour palier à cet état de fait, mais c'est très largement insuffisant.


Ce système électoral est ainsi, imparfait, véreux, etc...
Soit on fait avec et on cherche un dénominateur commun pour au moins s'approcher un peu de ce que l'on souhaite; soit on refuse en bloc et on vote pas, sauf pour une autre constitution.

#18 _Goéland_

_Goéland_

Posté 24 novembre 2005 - 13:24

Petrone

Soit dit en passant , y a t'il aujourd'hui un parti politique qui ne soit pas attrape gogo tel que tu le définis?


Ahlala , c'est bien le problème justement , c'est qu'il n'y en a pas . ;)

Aucun parti ne prends le risque d'exposer la situation de ce pays telle qu'elle est , il serait accusé de vouloir faire paniquer les gens . Alors tous font dans la pub , du " laves plus blanc " de chez Le Pen au " ici on rase gratis " de chez Besancenot ....

#19 krollkop

krollkop

    En concertation syndicale concernant la grève de post

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Posté 24 novembre 2005 - 13:28

Ce système électoral est ainsi, imparfait, véreux, etc...
Soit on fait avec et on cherche un dénominateur commun pour au moins s'approcher un peu de ce que l'on souhaite; soit on refuse en bloc et on vote pas, sauf pour une autre constitution.


Si on ne vote pas, avec le systeme actuel, on accentue encore plus la majorité des 20 % dont tu parles.

Vu ce qu'il y a de décrits dans l'article du monde que j'ai posté, je pense qu'il sera assez difficile d'avoir une représentativité alternatives faisant bloc contre l'orientation politique des 20 %.

La seule vague que je vois assez fédéré en bloc contre ces 20 %, pour le moment, c'est dans la mouvance altermondialiste, avec ATTAC comme fédérateur. Cela devrait tourner autour des 15 % (par rapport au résultat du référendum). Malheureusement, pas de représentation politique clair et unique.

Pour la constitution, il faudrait la réformer avant les élections.

Je ne crois pas que l'on puisse espérer faire bloc avec un parti décroissant, il s'agit bien d'un problème de stratégie d'acces au pouvoir, pas d'un débat d'idée politique.

#20 korrotx

korrotx
  • Localisation:Euskal Herria

Posté 24 novembre 2005 - 14:02

L'impression que j'ai, c'est que chaque parti de gauche (mettons à part le PS) a, de façon clairement formulée ou non, un idéal de société ainsi qu'un programme pour arriver à cet idéal, choses auxquelles ils tiennent vachement, au point de ne pas pouvoir faire un accord de fond entre la plupart des partis proches, d'où les guerres de clochers, où on passe plus de temps à dire que le clocher d'en face n'a pas bien compris telle et telle chose ou que tel truc qu'il propose est infaisable ou pas prioritaire dans le programme visant à l'idéal de société, etc. qu'à essayer de faire quelque-chose ensemble. Pour la droite c'est plus simple, il n'y a pas d'idéal de société, ou du moins c'est quelque-chose qui n'implique rien au niveau politicien, du coup même si au niveau personnel ils ne s'aiment pas entre eux il n'y a pas de guerre de clochers, et ils peuvent faire une grosse machine électorale qui rassemble plein de monde, et battre la gauche aux présidentielles. D'après moi cela ne changera pas tant que les mouvances de gauche s'accrocheront à des idéaux de société et aux programmes qui vont avec.
Je trouve moi aussi qu'il n'y a pas grand chose à attendre d'une démocratie représentative (on élit des gens qui en représentent d'autres) pour ce qui est de changer le fonctionnement de la société.
En termes d'organisation pratique des choses (transports en commun, éclairage public, lois sur les espaces naturels, temps de travail etc.) ça peut le faire, mais à condition qu'il y ait un rapport de forces favorable, comme le rappelait Deun sur decroisance.info ici.