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L'auto stop participatif


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23 réponses à ce sujet

#21 Tis

Tis

    Curieuse palmée

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Posté 14 fvrier 2019 - 09:35

En zone rurale et périurbaine, Rezo Pouce veut « mettre fin à la voiture en solitaire »
Cécile Bouanchaud  / 10 décembre 2018

C’est l’histoire de Léon, qui a raté son bus et devra attendre deux heures pour retrouver ses potes du « village d’à côté ». C’est aussi l’histoire d’Henriette et de ses « yeux trop abîmés » pour prendre le volant et aller acheter de quoi accueillir ses petits-enfants, le dimanche suivant. Et puis il y a Stéphane, toujours en voiture « parce que les transports en commun ne font pas rêver ». C’est l’histoire de cette France rurale et périurbaine, peu couverte en transports publics alors qu’elle représente 40 % de la population française, selon les chiffres de 2013 du Centre d’analyse stratégique (CAS).

« Dans ces territoires, l’offre de transport est insuffisante, et quand elle existe, il n’y a pas d’harmonisation entre les différents modes de mobilité », constate Alain Jean, ancien conseiller municipal de Moissac (Tarn-et-Garonne) chargé du développement durable. En 2010, il a lancé un projet visant à apporter une alternative à « la voiture en solitaire » et au manque de transports en commun : un système gratuit de stop organisé qui regroupe un réseau de conducteurs et de passagers prêts à voyager ensemble, sur des courtes distances.

Baptisé « Rezo Pouce », il est aujourd’hui implanté dans 1 600 communes. A Moissac, ville de plus de 12 000 habitants, 6 % de la population y est inscrite. En septembre, le dispositif a été lancé dans l’agglomération de Sète (Hérault), où 60 % des administrés utilisent leur voiture, 2 % le vélo et 5 % les transports en commun. « Notre but est de réduire la place de la voiture, mais nous savons que notre projet passe par la proposition d’alternatives diverses », précise Norbert Chaplin, délégué aux politiques de mobilité au sein de l’agglomération, qui cite aussi le développement de réseaux de bus et de vélos électriques.

Fin novembre, l’heure est à l’expérimentation. Pancarte à la main, installée au bord de la D2 devant l’un des 85 « arrêts Rezo Pouce » de l’agglomération de Sète, l’attente sera de quelques secondes – elle ne durera guère plus lors des trajets suivants. En nous voyant, Luc s’est arrêté tout de suite. Comme de nombreux autres conducteurs, il se souvient de sa jeunesse où il faisait du stop « sans se poser de question ». Aujourd’hui pourtant, le quinquagénaire confesse « un besoin d’être tranquillisé » vis-à-vis de cette pratique.

« Lorsque nous avons pensé ce projet, il a été nécessaire de réfléchir aux moyens de désamorcer les inquiétudes liées à cette pratique », reconnaît Alain Jean en listant les questions récurrentes : « Combien de temps vais-je attendre ? Comment vais-je revenir ? Est-ce que je ne vais pas me faire importuner ? » Pour intégrer le réseau, les utilisateurs doivent donc au préalable s’être inscrits sur Internet ou auprès de leur mairie. Une démarche qui leur donne accès à une carte d’adhérent et à un prototype de pancarte, sur laquelle ils pourront inscrire leur destination.

Notre pancarte indiquant « Sète » et l’arrêt « certifié Rezo Pouce » ont donc rassuré Luc, qui s’excuse du fatras laissé dans son véhicule. « On sort progressivement du culte bourgeois de la voiture, qui devient de plus en plus un produit d’usage que l’on est prêt à partager », constate-t-il.

En s’arrêtant, Daniel, notre deuxième conducteur, pense que nous faisons partie des « victimes des transports en commun ». « Vous avez eu un problème de bus ? », interroge-t-il, lui qui ne le prend jamais. L’ancien photographe de 71 ans effectue pourtant régulièrement le trajet Montbazin-Sète, pour rendre visite à son amie. Ces deux communes, situées à vingt minutes l’une de l’autre, illustrent l’une des lacunes des transports en commun en milieu rural : « Les réseaux convergent tous vers le centre et non pas d’un hameau vers un hameau », observe Alain Jean.

Rezo Pouce vient, selon lui, « compenser cette insuffisance ». Surtout, un système comme celui-ci établit un maillage sur un territoire que les bus ne pourraient couvrir dans leur intégralité, la mise en place d’un réseau de bus coûtant entre « 150 000 et 300 000 euros », selon Alain Jean. L’agglomération de Sète, qui compte quatorze communes, a la spécificité d’être particulièrement étendue – plus de 45 kilomètres d’est en ouest, soit environ la distance que nous avons parcourue dans la journée. « Un trajet moyen avec Rezo Pouce est de 15 kilomètres », fait savoir Jean Marchand, chargé de la mission mobilité durable, alors qu’en moyenne, en France, 75 % des trajets en voiture font moins de 10 kilomètres.

Pour l’heure, dans l’agglomération, seules 250 personnes ont adhéré à Rezo Pouce. Et les conducteurs interrogés ne semblent pas prêts à renoncer à leur voiture, condition de leur autonomie. Tous, en revanche, se disent prêts à la partager, pourquoi pas en adhérant au réseau.

« Au fil des années, la ville n’a cessé de s’agrandir, c’est une réalité qui nous pousse à repenser la mobilité », considère Thierry, 58 ans et autant d’années passées à Sète. S’il essaie de moins prendre sa voiture pour réduire ses dépenses, il l’utilise toujours pour faire ses courses, « puisque les commerces sont désormais en périphérie ».

« Tout ferme en zone rurale, les médecins et les commerces, donc la voiture reste indispensable, abonde Alain Jean, qui précise que l’objectif de Rezo Pouce n’est pas de la bannir de ces zones. Nous souhaitons juste prouver que, face à l’urgence climatique et à l’augmentation des prix du carburant, il n’y a pas d’autres solutions que de partager son mode de déplacement ».

Derrière son volant, il observe le défilé ininterrompu de véhicules : « Regardez le nombre de personnes seules à l’intérieur ! » D’après la dernière enquête nationale transports et déplacements (ENTD), publiée en 2008, 83 % des kilomètres parcourus sont effectués en voiture et, dans 67 % des cas, avec une seule personne à bord.

https://www.lemonde....60_1652612.html



#22 Shivaya

Shivaya
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Posté 14 fvrier 2019 - 09:55

ppfff.... être obligé de créer une plateforme pour que les gens redécouvrent le stop et accepte de partager leur sacrosainte bagnole...

j'ai fait des milliers de kilomètres avant d'avoir un véhicule et depuis je prends des autostoppeurs. je suis toujours étonnée de voir la peur des gens face au stop...

j'espère que cette initiative poussera les conducteurs à reprendre des autostoppeurs, avec ou sans pancarte "officielle"...



#23 Tis

Tis

    Curieuse palmée

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Posté 14 fvrier 2019 - 11:15

Tout à fait d'accord avec toi Shivaya mais quelques détails me semblent tout de même intéressants.
D'une part c'est une association (devenue Scic) qui a réalisé cette action efficace sur 1600 communes, ce que je trouve assez fantastique. D'autant qu'elle est rejointe par d'autres lieux comme le PNR de Chartreuse, par exemple.
D'autre part, cela permet d'installer des pancartes sur les arrêts des cars scolaires qui ne servent en général que 5 à 10 minutes par jour et permettent de s'arrêter à un endroit souvent aménagé pour ne pas risquer un accident.
Et enfin le stop reste gratuit, praticable en tous lieux et en tous temps, et l'inscription n'est pas obligatoire.
 

1550139233.jpg

http://www.parc-char...raine-un-pouce/


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#24 Kaddha

Kaddha
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Posté 15 fvrier 2019 - 11:01

ppfff.... être obligé de créer une plateforme pour que les gens redécouvrent le stop et accepte de partager leur sacrosainte bagnole...

j'ai fait des milliers de kilomètres avant d'avoir un véhicule et depuis je prends des autostoppeurs. je suis toujours étonnée de voir la peur des gens face au stop...

j'espère que cette initiative poussera les conducteurs à reprendre des autostoppeurs, avec ou sans pancarte "officielle"...

 

J'ai eu la même réaction quand j'ai découvert l'assoc, mais je me suis dis qu'on ne pouvait quand même pas leur reprocher de vouloir remettre le stop au goût du jour (en espérant se passer d'un cadre formel par la suite) donc j'y ai été bénévole un (court) temps, puis le côté "institutionnaliser le stop" m'a au final vite gonfler ^^

Je comprend pas non plus vraiment la méfiance des conducteurs, le nombre d'automobilistes ayant agressé des autostoppeurs est beaucoup plus important que le contraire