Témoignage de Véronique

La situation initiale

Véronique a travaillé dans le secrétariat, puis ensuite en tant qu’éducatrice.
Son but était de changer les choses de l’intérieur, seulement elle a rencontré de nombreuses difficultés. A la suite d'une rencontre avec quelqu’un du milieu anti-nucléaire et écologique, une motivation profonde fait surface en elle.
Elle prend conscience que bien des choses ne lui conviennent pas. Le cadre pour les enfants était très mauvais, il y avait trop de choses à rectifier avant que cela ne devienne acceptable. Elle se sentait en porte-à-faux avec le monde, elle refusait de participer, et donc d’encourager un système pervers.
Elle voulait être en accord avec ses idées. Le seul choix possible, et à la fois naturel qui s’offrait à elle, fut de retourner à la terre. Une fois qu’elle pris conscience de cela, les choses allèrent très vite. Tout ce qu’elle fit ensuite eut pour objectif la mise en œuvre de ce retour à la terre.


L'idée originale

Véronique décide donc, il y a 25 ans, de rompre avec sa vie quotidienne. Elle quitte son travail et part s’installer plus près de la nature dans la montagne et d'adopter un mode de vie en accord avec ses convictions, qui inspirera, elle l'espère, des changements dans les mentalités.
Elle a vécu dans une ferme où elle dépensait le minimum afin d’économiser le maximum d’argent. Puis elle a acheté, avec un maraîcher, un petit château qu’elle a rénové. Mais en fin de compte, ce n’était pas ce qu’elle recherchait, il y avait trop de travail ; elle désirait avoir plus de temps pour elle et ses proches. Elle a entendu parler d'une vieille grange à vendre dans les Pyrénées. Elle a donc vendu ce chateau, pour acheter la grange. Les Pyrénées l'intéressait car la nature y était encore sauvage.
Il y eut énormément de rénovations à effectuer. Les matériaux ont été achetés, elle a voulu faire le plus simple possible. Elle a utilisé un peu de récupération mais pas beaucoup. Il y eut quelques coup de mains des voisins.
Financièrement, Véronique ne désirait pas être aidée. Cela aurait impliqué une dépendance vis à vis de quelqu’un ou de quelque chose. Elle souhaitait rester libre et n’avoir de compte à rendre à personne.


La vie au quotidien
Véronique vit seule avec sa dernière fille (15 ans). Son fils aîné (23 ans) a adopté ce mode de vie même s'il n'est pas encore totalement fixé sur son avenir.

Véronique a choisi d'inscrire sa fille à des cours par correspondance en complément de l'éducation qu'elle lui apporte. Ses enfants n'ont pas été scolarisés. L'aîné a eu un bref apperçu de l'école. Il en avait fait la demande à sa mère. Au bout de six mois, il a préféré recevoir son éducation de sa mère.
Depuis Jules ferry, il y avait une très grande liberté pour éduquer ses enfants. Mais depuis les lois sous Mitterrand et Royal, la législation est devenue plus restrictive. Il y a maintenant des inspecteurs qui viennent pour contrôler si l’enfant, scolarisé à la maison, suit effectivement le programme imposé par l’Education Nationale. De plus, l’école à la maison est moins acceptée, car justement beaucoup de "marginaux" y ont trouvé le moyen d’instruire différemment leurs enfants. Grâce au CNED (cours par correspondance) il n’y a pas ces problèmes vis à vis de l’Education Nationale. Cependant, il y a certaines raisons à invoquer pour bénéficier de ces cours par correspondance : soit pour cause d’éloignement géographique, soit parce que l’enfant fait sport-étude, que les parents voyagent, ou bien pour des raisons artistiques (plus d'informations sur le site web "Les enfants d’abord").

Pour parvenir à faire face à ses dépenses, Véronique travaille l'osier (vannerie). Elle vends ses productions aux touristes. Elle se fait connaître par des guides (comme le Routard ou Arthaud) qui la contactent directement, mais elle est aussi référencée à l’office du tourisme. Ce qui marche le mieux est le bouche à oreille, de plus il y a beaucoup de gens qui reviennent plusieurs années plus tard, et elle se rappelle d’eux.
De temps en temps, elle vend ses produits sur le marché mais ce n’est pas ce qu’elle préfère. Elle trouve le marché moins convivial, il y a moins l’occasion de discuter avec les gens. Cependant, elle gagne un peu plus d’argent lorsqu’elle expose sur une place de marché. Etant donné que cette année (2003) la recette a été juste, elle va peut être envisager cette possibilité pour la saison prochaine.
Elle a un statut MSA, comme artisan, avec un revenu équivalent au RMI.
Véronique cultive ses propres légumes, ce qui lui permet de dépenser peu d’argent dans la nourriture. Il reste jsute quelques produits manufacturés (sucre, farine, huile...) à acheter.
Elle a installé 2m² de panneaux solaires pour assurer ses besoins en éclairage et pour la radio.
Elle ne paye pas de loyer. Il n’y a pas vraiment de secteur de dépense réguliere en dehors de l'eau qui lui vient du village.
L'eau est chauffée au gaz. Elle fait sa lessive et sa vaisselle à la main avec des produits bio-dégradable.
L'habitation de Véronique est chauffée par un poêle à bois.

Le mode de vie équilibré de Véronique et de ses enfants font qu'ils sont rarement malades.
Ils ont néanmoins une couverture médicale.

Pour se déplacer, Véronique utilise les transports en commun car elle n'habite pas loin d'un point desservit. Il est possible de voyager gratuitement dans la région si vos revenus n'atteignent pas un certain seuil.
Elle essaie aussi de profiter des déplacements d'un de ses voisins (co-voiturage).

Son nouveau mode de vie a obligé Véronique à renoncer à certaines choses, notamment les voyages, pour s'occuper de ses enfants.
Bien entendu, il n'y a pas la télévision ni Internet chez Véronique. Elle écoute toutefois de la musique via la radio et se tient informée de l'actualité en récupérant certains magazines grâce à une amie qui travaille dans un secrétariat de mairie, et qui, au lieu de les jeter, une fois dépassés, les lui donne. Il existe également "une chaîne d’échange" où les revues et magazines tournent, passent de main en main.

Les difficultés du retour à la nature : la plus grande erreur est de croire que revenir à la terre est une chose facile ou simple, ce n’est pas le cas du tout. Cela exige beaucoup de travail. De même, cela demande beaucoup de travail sur soi-même, il faut se tourner vers les choses simples, il ne faut pas apporter son mode de vie citadin avec soi, sinon on risque de rencontrer rapidement de nombreux problèmes. Ce sont deux rythmes de vie très différents, et une adaptation est nécessaire, autrement on peut très vite être désillusionné, déçu, frustré. Il ne faut pas croire que la vie à la campagne est paradisiaque, facile, et que tout est beau. C’est pour ces raisons, que bien souvent le passage ville/campagne est difficile.

Ce qui a été difficile dans cette entreprise, c'est d'accepter sa marginalisation vis à vis de sa famille et de quelques personnes du voisinage. Il y a toujours des gens arrogants qui ne cherchent pas à comprendre sa démarche. Ils restent dans leur vision du monde et ainsi bloquent sa démarche pour discuter, échanger. Depuis le temps que Véronique s’y essaye, elle a bien du se rendre à l’évidence, que cela ne change pas !

Propos recueillis par Yoananda

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depuis le 15/09/03
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