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La naissance de Naïa

Née à la maison...

Bonjour !

Je viens d'être maman d'une petite fille nommée Naïa née à la maison.
Elle a aujourd'hui 1 mois et quelques jours et se porte comme une fleur, quelques coliques en plus :)

L'accouchement à domicile a été pour nous un choix pesé. Nous avons beaucoup lu à ce sujet notamment sur le site d'Onnouscachetout et d'Onpeutlefaire, et sur bien d'autres forums, articles, témoignages sur Internet.
Ma nièce est née à la maison également en octobre 2003. Nous avions donc un témoignage direct, ce qui nous a aidé à nous rendre compte de ce que l'accouchement à la maison est réellement.

Nous avons également beaucoup discuté avec des parents ayant choisi l'hôpital, souvent sans savoir qu'il y avait d'autres alternatives. Leurs témoignages nous a permis de confirmer que nous n'avions pas envie de faire partie de la clientèle des centres hospitaliers. Je ne vais pas exposer ici le pourquoi précisément, il en est sujet dans beaucoup d'articles que vous trouverez facilement (surmédicalisation, pas de choix de positions lors de la naissance, peu ou pas d'accompagnement...)

Notre périple a commencé au 3e mois de grossesse où nous avons rencontré une sage-femme, Olivia, pratiquant l'accouchement à domicile. Nous avons dû faire un peu de kilomètres, mais c'était vraiment sans regret !
Nous avions préalablement rencontré deux médecins allopathes que nous avons trouvés alarmants. Nous venions d'apprendre la grande nouvelle et nous ne nous attendions pas à avoir des réactions si pessimistes ! Ils nous ont exposés tous les risques, contraintes et autres mauvais présages que peut éventuellement comporter une grossesse. Ce qui est peut-être toujours intéressant à titre informatif, mais imaginez qu'à l'achat d'un véhicule, le vendeur vous expose tous les types d'accidents que vous pourriez éventuellement avoir. C'est préventif, mais angoissant et surtout ça manque cruellement de joie ! La comparaison n'est pas très bonne, mais bien explicite. Un des médecins nous a carrément dit au 3e mois qu'il ne pouvait nous recevoir faute d'avoir une échographie qui certifie la "viabilité" de notre fille car : "Vous comprenez une grossesse sur trois ne va pas à terme, ça ne sert à rien que je vous prenne en consultation alors qu'on ne sait pas si votre enfant est viable"... Vraiment adorable ! Nous étions quand même au 3e mois... c'est plus qu'un manque de délicatesse.

Bref, tout ça était derrière nous, dès la première rencontre avec Olivia nous avons été convaincu que nous faisions le bon choix. Nous avons été accueillis dans des locaux ressemblant plus à un appartement qu'à un cabinet médical, dans une pièce confortable où il n'y avait aucune table d'examen gynécologique ! Pas d'étriers ! Rien ! juste un petit lit, une table, des coussins, des chaises... on s'est tout de suite senti bien !

Pour cette première séance Olivia nous a gardé un peu plus de 2h, nous avons beaucoup parlé de notre choix, de comment allait se passer le suivi, la préparation à l'accouchement et l'accouchement lui-même.
Nous avons été marqué par trois choses : l'une était que Julien (le papa) était tout autant au centre de cette naissance que moi ! Ça peut sembler évident, mais les deux médecins que nous avions rencontré avant ne lui avaient même pas adressé la parole !
La seconde, c'est qu'elle nous a tout de suite dit que pour ce qui était des échographies, test de trisomie et différents autres choix que nous aurions à faire pendant la grossesse, c'était de notre ressort, que nous étions les parents et que nous devions faire nos choix selon ce que NOUS pensions être le mieux pour notre fille et pour nous. Ben oui, elle ne nous a rien sorti tout cuit, elle nous a par contre tout expliqué, le pour, le contre... mais le choix nous appartenait. Ça peut sembler évident, mais combien de médecin vous font une ordonnance pour un examen en vous expliquant les effets secondaires, les risques, les avantages ? On vous dit le plus souvent "Allez faire ceci ou cela" sans vraiment vous expliquer.
La troisième, c'est qu'elle se mettait à notre niveau. C'est-à-dire que malgré l'évidence pour elle de ce que nous étions en train de vivre, elle prenait au sérieux chacune de nos questions, parfois bien naïves, et elle nous expliquait chaque chose en détail, elle nous traduisait les termes techniques, comme si nous ne savions rien, ce qui était le cas.

En fait, nous avons été considéré, du début à la fin, tous les trois, et ceci dès le troisième mois au moment de notre première rencontre malgré que nous n'ayons pas l'échographie attestant que notre fille était bien vivante :)

Les séances suivantes sont restées dans le même ton. Nous restions environ une heure et demie en compagnie d'Olivia, nous lui exposions nos questions du mois, nos craintes et nous partagions nos découvertes! Chaque fois elle s'assurait de la bonne santé de notre fille en écoutant son c½ur, en la mesurant etc. Pour cela elle commençait par m'installer sur le petit lit au sol, puis elle se réchauffait les mains sur le radiateur, et venait à côté de nous, en posant une main délicatement sur mon ventre après m'avoir fait vérifier que la température de ses mains me convenait... Elle disait bonjour au bébé, elle se présentait en quelque sorte, lui expliquant qu'on allait écouter son c½ur pour s'assurer qu'elle allait bien. Olivia attendait que notre fille soit rassurée, c'est-à-dire qu'elle ne soit plus cachée au fond de mon ventre comme elle le faisait au premier contact...Et notre fille sortait de son coin douillet pour venir dire bonjour elle aussi et jouer avec les mains d'Olivia en les poussant et en suivant ses mouvements... C'était toujours très émouvant, et nous n'avions absolument pas l'impression d'être là pour un suivi "médical" quoiqu'Olivia fasse son travail tout autant qu'une autre sage-femme. Olivia nous posait beaucoup de questions sur comment nous nous sentions, attachant autant d'importance à notre ressenti qu'aux quelques examens qu'elle pratiquait. Elle ne m'a jamais fait d'examens gynécologiques sans me demander mon consentement et mon avis. J'ai senti tout le long qu'elle faisait confiance en mon jugement, à aucun moment son savoir prévalait sur ce que je ressentais.

En plus des séances, nous pouvions l'appeler à tous moments pour lui poser des questions, ce qui était très rassurant, nous ne l'avons pas fait souvent tout simplement parce que nous nous sentions très bien suivis donc très confiants.

Au 8e mois nous avons commencé les séances de préparation à l'accouchement, nous avons eu la chance qu'elles se déroulent le plus souvent chez nous (ce qui n'est pas habituel, des conditions spéciales ont amené les sages-femme à faire ce choix) en compagnie d'un autre couple attendant leur 4e enfant.

Nous avons fait ces séances avec un autre sage-femme (Mathieu), qui partage le cabinet d'Olivia. C'était prévu ainsi car Olivia et Mathieu se partageraient les gardes autour de la date du terme, et nous pouvions donc tomber sur l'un ou sur l'autre, selon le moment au quel l'accouchement se déclenchait. (Nous avions un planning avec toutes les gardes indiquées).

Ces séances de préparations se sont passées majoritairement en compagnie des papas, ce qui n'est pas toujours le cas à l'hôpital car on ne leur demande pas forcément de venir. Nous avons beaucoup parlé de notre corps, pour encore mieux le connaître et pouvoir apprivoiser ses réactions, nous avons fait des petits exercices de respiration ressemblant au yoga, de la visualisation, nous avons fait des relaxations dirigées en rapport avec l'enfantement, et surtout nous avons parlé, parlé, parlé! Mathieu nous a également expliqué comment préparer la maison pour l'accouchement, ce que nous devions faire, acheter etc (compresses, argile blanche, teinture-mère de calendula, alaises...) Tout ça dans une ambiance vraiment conviviale, nous sommes tous très rapidement devenus amis ! C'était un vrai plaisir !

Le neuvième mois est arrivé et nous avons commencé à attendre impatiemment notre petit bout !
Je me suis réveillée un matin avec des contractions qui malgré un bain et un peu de marche ne sont pas passées, même bien au contraire elles se sont accélérées. C'était un jour de garde de Mathieu, nous l'avons donc appelé en début d'après-midi. Il était près de chez nous en consultation, il est arrivé vers 17h. Après m'avoir ausculté, il nous a dit que j'étais dilatée à 2 et que nous avions encore le temps, il prévoyait la naissance plutôt pour le courant de la nuit. Son cabinet étant loin, et que repartir pour revenir plus tard serait long, il nous a demandé si nous étions d'accord pour qu'il reste. Bien évidemment !

J'avais depuis le matin des contractions toutes les 5 minutes, et lors de son arrivée, je faisais le son "A" pour que la douleur soit moins forte et je marchais dans la maison. Julien m'accompagnait. Mathieu s'est joint à nous, en nous laissant des moments d'intimité de temps en temps... Il était très discret et très présent, entre les contractions on discutait, j'en profitais pour me reposer un peu.
Quand le travail s'est vraiment accéléré, vers 22h Mathieu s'est fait plus présent, en fait j'ai demandé à ne jamais être seule, parce que je gérais moins bien la douleur. Les contractions étaient très fortes, mais les deux garçons ont su trouver les mots, les conseils pour que je ne perde pas pieds. Ce qui selon moi, démontre l'importance de l'accompagnement de la parturiente. Sans leur aide, je n'aurais pas pu gérer la douleur, et j'aurais certainement demandé une péridurale (dans un cadre hospitalier). Les femmes qui accouchent à l'hôpital ne bénéficient pas d'un accompagnement aussi permanent et efficace, et le recours à la péridurale se comprend aisément.

Je suis arrivée à garder un rythme tout le long, sauf deux fois où je ne suis pas arrivée à me détendre entre les contractions, ça n'a duré que quelques minutes, mais la douleur est tout de suite devenu beaucoup plus forte, et les contractions moins espacées. Mathieu et Julien ont là encore su trouver les mots et les conseils pour que je retrouve un rythme. Ils faisaient les sons avec moi pour m'encourager ! C'était plutôt amusant. Encore une fois l'ambiance était très conviviale, très détendue, ce qui fait que j'arrivais à me décontracter totalement entre chaque contraction et même à m'endormir quelques secondes !!
Malgré la douleur et la fatigue, je me sentais bien, en confiance, je n'ai pas pensé une seconde à la péridurale sauf pour me dire qu'avec elle, je n'aurais pas pu vivre pleinement ce moment.

Vers 23h j'étais épuisée, le travail semblait stagner, les contractions étaient pourtant toujours aussi fortes, je pense qu'à ce moment-là et peut être même avant, à l'hôpital, on m'aurait proposé des produits pour accélérer le travail : à la maison je suis allée prendre un bain, un vrai plaisir ! La chaleur décontracte tous les membres, le dos, les reins... et donc l'esprit ! Le travail a repris de lui-même toute son efficacité et en sortant du bain j'étais dilatée à 7 alors qu'en y entrant j'étais seulement à 4... Mathieu a même profité de ce moment pour masser un peu le dos de Julien, qui lui aussi commençait à fatiguer à force de me soutenir moralement et physiquement. Nous sommes ressortis tous les quatre prêts pour la suite !

Le moment de l'expulsion est arrivé, j'étais épuisée, mais je me sentais toujours bien. Mathieu m'a proposé un siège d'accouchement, qui est en forme de cercle coupé d'un quart à l'avant et creux. On peut donc s'asseoir en position accroupie, ça m'a parfaitement convenu ! Mais certaines femmes accouchent à l'aide d'un ballon de gym (gros ballon gonflable) car ils permettent de se bercer et de tenir le dos bien droit pour celles qui ont mal dans les reins.
J'aurais pu également rester debout, ou dans n'importe quelle position qui m'aurait convenue, Mathieu me laissait complètement libre, il s'adaptait à mes choix. L'expulsion a été longue, et Mathieu m'aidait à sentir tout ce qui se passait pour m'encourager... Il écoutait régulièrement son c½ur pour s'assurer qu'elle allait bien, Julien m'aidait à garder le rythme pour que les poussées soient efficaces, à mon grand étonnement je ne me suis pas énervée ! J'ai perdu courage à des moments, mais je n'ai pas craqué. Grâce à eux deux j'ai tenu le coup, j'étais présente à chaque instant.

À 2h30, Naïa est née ! Toute la douleur, toute la fatigue s'évanouit d'un coup ! Je me suis immédiatement allongée sur mon lit et Mathieu m'a posé Naïa sur le ventre, il s'est occupé alors de tout ranger et nettoyer pendant cette première rencontre, nous laissant tous les trois. J'ai perdu alors la notion du temps, mais il ne nous l'a pas enlevé pour lui faire les soins sauf environ 2h plus tard pour les soins du cordon, laissant la pesée, le bain etc... pour le lendemain. Naïa n'a pratiquement pas pleuré, elle était très calme et elle regardait autour d'elle, blottie contre moi.
J'ai été étonnée par son regard fixe et éveillé. Nous avions pris quelques précautions pour l'accueillir en douceur en utilisant peu de lumière, en parlant et en bougeant calmement. Ce qui ne nous a pas empêché de bien rigoler, nous étions tous les 4 très détendus et ravis ! Mathieu semblait aussi content que nous !

Ce que nous avons ensuite remarqué en repensant à l'accouchement, c'est que Mathieu gérait tout l'aspect médical et technique sans que nous nous en apercevions. Nous avions l'impression d'être entre amis, alors qu'il surveillait régulièrement que tout allait bien. À aucun moment nous n'avons senti qu'il s'inquiétait de quoi que ce soit, il était calme et sûr de ses gestes, sa discrétion et son professionnalisme nous a permis d'être en totale confiance et de nous laisser aller complètement à ce que nous vivions.

Ce qui est frappant chez les sages-femme pratiquant l'accouchement à domicile, c'est la passion. À aucun moment on ne sent de la lassitude dans leurs gestes ou leurs paroles, ils nous ont accompagnés comme si c'était la première fois qu'ils suivaient une naissance, se réjouissant des évolutions, des découvertes tout autant que nous.

Nous ne regretterons jamais cet accouchement, car chacun de nous était présent, personne n'a été négligé, à aucun moment. Je n'ai pas accouché seule, nous étions 4 : Julien, Naïa, Mathieu et moi. Lorsque je parle de l'accouchement je dis "nous", je n'ai pas porté la douleur toute seule, ni la fatigue, ni rien en fait.
Je ne sais pas si c'est lié, mais je n'ai pas eu de "baby blues", j'étais nettement moins fatiguée que ce que j'avais imaginé.
Mathieu et Olivia sont venus nous voir quelques fois pendant les 15 premiers jours, s'assurant que tout allait bien, que l'allaitement était bien parti, que Naïa prenait du poids... Nous les avons appelés lorsque nous avions des questions et ils ont tout de suite su nous rassurer.

Pour nous, l'accouchement à domicile a été une parfaite réussite, du début à la fin, nous sommes vraiment ravis et nous gardons un profond respect et une réelle amitié pour Mathieu et Olivia.

Les seuls conseils que je peux donner à ceux qui sont intéressés par cette alternative, c'est de vous écouter, de faire ce qui vous semble juste pour vous et votre enfant. Et malheureusement de ne pas crier sur les toits votre choix d'accoucher à la maison, les réactions - que ce soit de la part des médecins, des amis ou de la famille - peuvent être très blessantes, voire pire... La grossesse est un moment de grande force et de grande fragilité, où l'on n'est pas forcément le plus prêt à encaisser ce genre de polémiques. Mieux vaut les remettre à plus tard, à moins que vous vous sentiez d'attaque !

Ecoutez vous, faites-vous confiance !
Rien ne justifie de bâcler ce moment unique de votre vie.

J'espère que notre témoignage vous aidera à mieux comprendre ceux qui choisissent cette alternative, ou vous aidera à faire et à assumer votre choix.

Julien, Justine et Naïa
delalune-at-9business.fr

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