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Le témoignage de Véronique d'Auvergne

Partie 1 - 2003

Je vais vous raconter l’histoire d’un rêve qui est devenu réalité, l’histoire d’une petite fille qui rêvait de vivre au milieu des bois dans une cabane perchée dans un arbre, ou encore mieux dans un chalet perché au sommet d’une montagne.
La vie “civilisée” ne l’épanouissait pas. Elle avait besoin d’altitude, des grands espaces, d’odeur de fumier, de sonnailles, de prairies fleuries...
Trop de goudron l’entourait, trop de monde, trop de consommation, trop plat...
Le besoin de vivre en montagne se fit sentir très fortement.

À 23 ans, après avoir mis quelques sous de côté, elle décide de tout quitter : elle démissionne de ses CDI, met les meubles dans un garage et part à l’aventure près des montagnes d’Auvergne pour démarrer une formation d’accompagnateur moyenne montagne.
Cette idée n’aboutira pas car après la rencontre de son compagnon, elle porte son premier enfant. Avec le papa, elle tente une installation agricole dans un cadre conventionnel avec la DJA (dotation jeune agriculteur)
C’était une façon raisonnable d’atteindre son rêve se disait elle !
Malgré le fait qu’elle n’avait aucune expérience du travail de la terre ni même quelques hectares, le projet était possible.
Mais avec du recul elle se rendit compte à quel point elle avait été manipulée par les administrations, groupements d’achats et banques, qu’elle allait se surendetter, se créer une charge de travail trop importante, et quelque part, devenir “salariée” de l’état.
La société avait réussi à manipuler cette petite fille et son rêve vers un projet productiviste.
Juste avant l’engagement elle se “réveilla” et prit conscience que ce n’était pas ce qu’elle voulait vivre.

Alors elle acheta avec son compagnon, une vieille maison isolée en Auvergne, avec juste un jardin. Cette maison n’était pas exactement le buron dont elle rêvait mais presque, et c’est ainsi que commença sa route vers l’autonomie.
Le lieu qu’elle avait choisi était d’une grande importance car il lui donna la force et le courage de se prendre en charge, ce lieu de vie loin des villes mais proche de l’essentiel : la nature.

Elle décida "d’agricultiver" quand même mais pour sa famille : elle apprit sur le tas et se découvrit vraiment une vocation et une passion pour la vie paysanne.
C’est la suite d’un grand changement en elle, car ce lieu respire l’autarcie et la vie d’autrefois. Sa personnalité va de plus en plus vers l’écologie, la vie simple. Mais son couple ne survit pas à ce changement et elle reste seule dans ce lieu avec 2 jeunes enfants.

Elle commença avec 3 poussins, puis 5 puis 10, une chèvre, puis 2 puis 3 et ainsi de suite, en utilisant les terres abandonnées, les fossés, les friches....
La vie y est rustique (chauffage et cuisine au bois, eau de source qui gel l’hiver, pas d’eau chaude courante...), elle vit la pauvreté, mais que de richesses de l’intérieur !
Elle ramasse un peu de bois mort pour se chauffer afin d’économiser le bois acheté qu’elle ne peut couper seule dans les forêts pentues.
L’électricité du réseau lui permet de découvrir internet et de se relier à des réseaux alternatifs.
Souvent, l’hiver, la neige ne lui permet pas d’accéder la maison en voiture, et elle termine le voyage à pied.

De "l’extérieur" on s’imagine souvent cette vie comme facile et belle, c’est une erreur de penser cela car elle est rude. Mais quel que soit le "chemin" que l’on prend, il y aura toujours des inconvénients : l’essentiel est de savoir ce qui est le plus important pour soi et sa famille.
Dans ce choix de vie, il faut être capable d’être heureux avec de "petites choses" simples : un seau rempli de lait chaud, un œuf juste pondu tout chaud, un panier de légumes, un bouquet de fleurs, un chevreuil entraperçu, un coucher de soleil… sont tant de choses qui me "nourrissent" ! Elles me permettent de surmonter les moments plus durs (le froid, les difficultés de circulation, les chevreuils qui mangent mes choux, le renard qui mange les poules, l’eau qui gèle...)

Le quotidien est rythmé par les saisons.

L’hiver, l’énergie est concentrée sur le chauffage, les repas, les soins aux animaux.
En saison de végétation, le travail est plus intensif, de mars à novembre les tâches s’enchaînent. Actuellement je produis tous nos légumes et quelques fruits. Nous nous contentions de notre faible diversité de légumes, 2 chèvres nous donnent du lait (7-8 mois de l’année) et je fais des fromages. J’élève aussi de la volaille et des lapins. Et puis il y a aussi les cueillettes sauvages : cela va de l’ortie aux mûres, chénopodes, lamiers et bien d’autres que je découvre chaque année. A l’automne, il y a toutes les récoltes à préparer pour tenir l’hiver : sable, conserves, séchage, confitures...
La confection du pain et la préparation des repas font partie du quotidien. Les enfants y participent et prennent aussi une place importante dans mes occupations. Cette vie est vraiment d’une grande richesse pour eux et leur apporte un épanouissement et une autonomie indispensables pour une construction solide. Elle leur donne de bonnes bases pour leur vie future, qui sera peut-être différente de la mienne.
L’aîné est, à sa demande, scolarisé à temps partiel dans la petite école du village. Pour moi, la vraie école, c’est l’école de la vie, celle de la nature, celle où l’on apprend à prendre en charge ses besoins ; évidemment pour l’éducation nationale, savoir faire son pain et cultiver sa nourriture n’a pas de valeur. J’aimerais vraiment que la cadette ne soit pas en demande d’école : à moi de lui apporter ce contact régulier avec d’autres enfants, ce qui n’est pas évident lorsque l’on vit dans un endroit isolé.

Concernant la santé, mes conditions de vie présente font que je n’arrive pas à mettre en pratique certaines convictions notamment la phytothérapie et l’aromathérapie. Je suis aussi convaincue des bienfaits de l’allaitement long sur la santé de "mes" enfants.
La liberté étant plus forte, j’ai réussi à me détacher de l’argent, mes besoins ont baissé et baisseront encore je pense, ainsi j’ai décidé de vivre pauvrement mais pleinement (en refusant par exemple de signer un contrat d’insertion RMI). Au niveau des dépenses, je dois acheter les céréales pour les animaux et nous, l’huile, le sucre, les légumineuses, le savon. Reste aussi les assurances obligatoires, la taxe foncière, le carburant, le téléphone et l’électricité…
Les dépenses pour ces charges sont couvertes grâce à l’allocation familiale et de soutien de famille. Je me refuse à perdre ma liberté d’agir et de penser pour gagner de l’argent. Je suis intègre et vis ce que je suis jusqu’au bout.
Mon isolement m’oblige à utiliser une voiture. Téléphone, ordinateur et voiture me relient socialement aux autres et sans ce lien, je ne pourrais vivre si isolée. L’isolement n’a rien à voir avec l’endroit où l’on vit. Actuellement, je mets en place de l’accueil de bénévoles pour être reliée et trouver aussi de l’aide. Dans un plus long terme, je souhaiterais vraiment rattacher d’autres familles à proximité afin de créer des liens d’entraides et de partages .
Je ne m’informe pas sur l’actualité : je n’ai ni journaux ni radio.
Sans l’entraide, ma vie serait très pénible, c’est à l’entraide et la solidarité que je dois cet ordinateur par exemple ou les bûches tronçonnées que je mets dans le feu.

Le message que je souhaiterais faire passer c’est :
NE PASSEZ PAS VOTRE TEMPS À RÊVER MAIS VIVEZ VOS RÊVES !!

Véronique

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