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OGM, sécurité, santé

Ce que la science révèle et qu'on ne nous dit pas

Synthèse des publications scientifiques concernant l'impact des cultures OGM sur l'environnement, la santé et la biodiversité

Introduction et résumé du document éponyme rédigé par par Lilian Ceballos et Guy Kastler, et dont l'intégralité peut-être lue en téléchargeant le fichier PDF disponible sur le site de Nature & Progrès.

Introduction

Depuis 1996, la culture de plantes GM s'est développée massivement dans quelques pays (Etats-Unis, Canada, Argentine, Chine, et plus récemment, Inde et Brésil). L'ensemble des décisions réglementaires, politiques et juridiques, qui concernent le développement de ces cultures ainsi que la consommation de leurs produits, reposent sur une expertise scientifique dite officielle. Cette dernière semble ignorer l'ensemble des connaissances scientifiques acquises depuis le début des mises en culture. Elles reposent encore sur trois dogmes établis antérieurement :

  • Le transgène, comme tout gène, serait dégradé dès qu'il est libéré dans l'environnement, le sol ou le système digestif, ce qui garantirait son innocuité totale.
  • En dehors des flux de pollen, maîtrisables grâce à des précautions de culture adaptées, aucune dissémination de transgène ne serait à craindre.
  • Le transgène, comme le gène, serait une construction stable, définitivement fixée une fois intégrée dans son organisme hôte.

Ces trois dogmes constituent le fondement de la notion d'« équivalence en substance » qui veut qu'un organisme génétiquement modifié ne diffère de son « homologue » non modifié que par la construction génétique qui lui a été ajoutée. Ainsi, une fois cette construction génétique connue et maîtrisée, aucune précaution supplémentaire, autre que celles déjà prises pour son homologue non modifié, n'est nécessaire pour autoriser la dissémination ou la consommation d'un OGM. Ces théories sont aujourd'hui sérieusement ébranlées par de nombreux travaux scientifiques, ce qui ouvre un immense champ d'incertitude quant à la sécurité des OGM et aux risques qu'ils font courir à la santé et à l'environnement. Le comportement de ceux qui disséminent ou autorisent les disséminations d'OGM ressemble de plus en plus à celui d'un chauffeur qui grille un feu rouge en fermant ses yeux et en bouchant ses oreilles. Nous sommes tous sur les mêmes routes qu'eux. Il est temps d'agir en fonction de ce qu'indiquent ces clignotants qui s'allument les uns après les autres. Il est temps que le politique et le législateur en tiennent compte, c'est pourquoi nous tentons dans ce travail de rendre compte de l'essentiel des publications connues. Malgré la contamination de semences et de denrées alimentaires et l'impossibilité pratique d'une séparation des filières OGM et non-OGM, les OGM n'ont pas été soumis à une évaluation rigoureuse de leurs effets potentiels sur la santé humaine et animale, sur la biodiversité ou encore sur les flux de gènes (pollinisation, transferts horizontaux). En effet, ignorant les publications montrant des impacts importants des OGM sur la santé ou sur la biodiversité qui s'accumulent régulièrement depuis plusieurs années, les pouvoirs publics ne prennent aucune mesure pour qu'enfin les OGM soient soumis à une réelle évaluation de leurs effets. Ce texte offre d'abord une revue la plus exhaustive possible des publications scientifiques menées dans des institutions publiques ainsi que des travaux de groupes d'experts indépendants sur les OGM. L'Independent Science Panel et l'Institute of Science in Society ont alerté depuis plusieurs années les communautés scientifiques et politiques sur ces nouveaux travaux, sans effet semble-t-il. Leurs travaux ont parfois été contesté parce que non publiés dans des revues scientifiques à comité de lecture. Pourtant, la plupart de ces travaux ont été confirmés par la suite par d’autres travaux publiés eux dans des revues officielles. Parmi d'autres, leurs publications sont ici largement reprises, leur importante contribution a été déterminante pour la mise en lumière des éléments du débat. Quelques réflexions accompagnent la présentation des résultats de ces divers travaux. Ces derniers sont ensuite repris pour apporter des réponses simples aux questions les plus couramment posées à propos des OGM. Chacun pourra vérifier les références qui sont systématiquement indiquées dans la bibliographie à la fin du document, et nous attendons des autorités politiques et judiciaires qu'elles prennent en compte ce nouvel état des connaissances pour argumenter leurs décisions.

En résumé

La communauté scientifique et certains Etats, surtout européens, s'inquiètent des risques de dissémination des gènes manipulés par transferts dits « verticaux », c'est-à- dire entre les parents et leur descendance. C’est pourquoi diverses mesures sont prises pour éviter les contaminations par le pollen qui est la semence mâle des plantes. Ces mesures paraissent souvent vaines : on vient en effet de constater que des herbes à gazon transgéniques plantées sur un golf ont contaminé leurs cousines à plus de 21 kilomètres de distance (1). Certains préconisent de résoudre définitivement ce problème en ne cultivant des plantes transgéniques qu’après les avoir rendues stériles. C'est ignorer délibérément que, depuis que le monde existe, les gènes savent aussi passer d'un individu à un autre, d'espèces semblables ou différentes. Ces transferts dits « horizontaux » sont plus rares car limités par des règles précises qui ont été baptisées « théorie de l'évolution », « barrière des espèces » et « système immunitaire ». Ce sont ces barrières qui sont allègrement franchies dans le laboratoire lors de la transgénèse et il apparaît de plus en plus clairement que les fruits de ces bricolages conservent par la suite une capacité à transférer des gènes par cette voie horizontale bien supérieure à la moyenne des organismes vivants non manipulés (2).

La dissémination de transgènes dans le sol, par les racines ou les débris de plantes modifiées, est en effet susceptibles de provoquer des transferts horizontaux de gènes vers des bactéries du sol. Contrairement aux affirmations des firmes biotechnologiques, la persistance de l'ADN dans le sol peut provoquer la transformation génétique de bactéries du sol, c'est-à-dire l'intégration de l'ADN contenu dans le transgène par la bactérie. Certaines bactéries du sol ont ainsi incorporé à leur génome des gènes de résistance aux antibiotiques utilisés dans les OGM. De plus, toutes les plantes prélèvent dans le sol une partie de leur nourriture et y relâchent une partie de leurs « déchets », appelés exsudats racinaires, qui vont nourrir les microbes et champignons qui vivent dans le sol. Une plante manipulée pour que toutes ses cellules produisent en permanence une toxine relâchera cette même toxine avec ses exsudats racinaires. Or l'exsudation par les racines de toxines Bt perturbe l'équilibre délicat des communautés de microorganismes du sol, ce qui a des répercussions sur la fertilité du sol.

En ce qui concerne les risques alimentaires, la notion d'équivalence en substance, dénoncée par de nombreux scientifiques, s'est pour l'essentiel substitué à une évaluation rigoureuse basée sur des tests toxicologiques de longue durée qui peuvent seuls garantir une absence d'effets négatifs sur l'alimentation humaine ou animale. Selon cette notion, les substances chimiques constitutives d'un organisme génétiquement modifié sont les mêmes que celles du même organisme non modifié, hormis éventuellement la substance produite par le gène transféré. L'insertion du transgène dans l'organisme génétiquement modifié n'aurait aucun autre effet que ceux déjà connus de son homologue non modifié et du transgène. Les anomalies anatomiques constatées par Pusztaï sur le système digestif de rats consommant une alimentation faite d’OGM et les anomalies développementales rapportées par d';autres chercheurs n'ont jamais été étudiées en détail. Par ailleurs, il a été montré récemment que des transferts de gènes à la microflore buccale et intestinale s’effectuent in vivo. Ces bactéries et champignons qui vivent en permanence dans notre bouche et nos intestins sont indispensables à notre digestion : les modifier n'est pas anodin. Enfin, des publications montrent une augmentation d'allergies, ce qui laisse présager que les OGM (en particulier les plantes Bt) sont immunogènes, c'est-à-dire qu'ils perturbent et font réagir anormalement notre système immunitaire.

L'impact sur la biodiversité a été illustré par les effets des OGM sur la survie des larves du papillon monarque. Des études montrent aussi une toxicité des toxines Bt sur des prédateurs naturels utilisés en lutte biologique contre les insectes qui détruisent les plantes et une perturbation des interactions entre la plante, les insectes et animaux qui la consomment et leurs prédateurs (interactions dites tri-trophiques).

La contamination des variétés locales de maïs au Mexique, la contamination massive des champs de colza au Canada et surtout la contamination généralisée des lots de semences traditionnelles aux Etats-Unis sont des menaces lourdes pour la biodiversité des plantes cultivées qui pourraient provoquer de graves crises agricoles. Notre alimentation se réduit de plus en plus à la consommation d'une dizaines de plantes et de leurs dérivés. La généralisation des cultures transgéniques accélère cette réduction drastique de la biodiversité alimentaire. Comment pourra-t-on réagir si on découvre soudain qu'un gène qui a contaminé l'ensemble de la chaîne alimentaire a un effet toxique ?

L'instabilité génétique des variétés GM constitue un tabou suprême pour la communauté biotechnologique qui maintient que l'insertion du transgène dans le génome est stable dans la cellule transformée et sa descendance. Pourtant, les preuves de réarrangements génétiques divers sont de plus en plus nombreuses et les caractérisations des constructions génétiques autorisées entreprises par des chercheurs français et belges montrent au-delà de toute équivoque la réalité de ces réarrangements. Ce qui veut dire concrètement que l'organisme cultivé ou consommé n'est pas le même que celui qui a été formulé dans le laboratoire et a obtenu une autorisation de commercialisation. A l'insu des chercheurs, d'autres gènes s'y expriment et peuvent générer l'apparition de nouveaux produits toxiques ou de nouveaux organismes pathogènes. L'instabilité du promoteur viral généralement employé est maintenant établie, et les conséquences de cette instabilité pourraient être graves (activation de pro-oncogènes ou de virus dormants avec comme conséquence plausible, une augmentation des cancers).

En outre, la diminution des quantités de pesticides souvent avancée par les partisans des OGM ne semble pas se confirmer et la tendance des dernières années est à une augmentation des quantités de pesticides utilisées sur les parcelles OGM pour diverses raisons (facilité des traitements, prix des semences élevé, évolution des communautés de mauvaises herbes vers la sélection d'une résistance accrue au désherbant employé, le plus souvent le Roundup®, baisse du prix du Roundup®).

Des travaux récents montrent une incidence des maladies fongiques (maladies provoquées par des champignons) supérieure chez les sojas tolérants au Roundup® par rapport aux sojas conventionnels. La fixation de l’azote qu'effectuent les bactéries symbiotiques au niveau des nodules racinaires est perturbée, ce qui augmente d'autant les quantités d’engrais azotés qu'il faut apporter. Les concentrations en flavonoïdes des sojas tolérants au Roundup® sont diminuées. Ces molécules jouent un rôle essentiel dans la symbiose ainsi que dans la défense de la plante contre les pathogènes : la diminution de leur concentration dans les sojas tolérants au Roundup® explique l'affaiblissement de la symbiose bactérienne qui nourrit la plante en azote ainsi que l'augmentation des pathologies fongiques. Enfin, ce sont ces mêmes flavonoïdes qui sont responsables des effets bénéfiques du soja sur la santé humaine. Ces résultats montrent que le gène inséré dans les sojas tolérants au Roundup® interfère négativement avec les processus essentiels qui garantissent le développement et la santé de la plante et de ceux qui la consomment.

Le Roundup® est le désherbant le plus utilisé avec les variétés GM actuellement cultivées. Il n'est pas un produit aussi bénin que son fabriquant le suggère. Non seulement, contrairement aux publicités qui veulent le faire passer pour un produit « bio », il persiste dans le sol, mais de plus des études épidémiologiques suggèrent une association entre son utilisation régulière et le lymphome non-Hodgkinien. Très récemment, des chercheurs ont montré que le Roundup® perturbe la régulation du cycle cellulaire, favorisant ainsi la transformation de la cellule en cellule cancéreuse. Les concentrations utilisées en vaporisation par les agriculteurs sont de 500 à 4000 fois supérieures à la concentration seuil à partir de laquelle la division cellulaire est perturbée. L'ajout de produits adjuvants dans les formulations commerciales augmente cet effet.

Lilian Ceballos
Pharmacien et écologue
et
Guy Kastler
Paysan et chargé de mission à Nature & Progrès

Notes

1 - Pearce Fred. Le vent transporte le pollen GM sur des distances records. New Scientist, 20/09/04. http://www.newscientist.com/news/news.jsp?id=ns99996421
2 - Bergelson J., Purrington C. B. & Wichmann G. 1998. Promiscuité dans les plantes transgéniques. Nature, 395: 25.

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