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Réintroduction de l'ours et d'autres espèces : faut-il crier au loup ?

Enquête sur la raison d'une déraison

un ours marchant dans l'herbe

Alors que l'ours, le loup et d'autres espèces vivent en parfaite harmonie avec l'homme dans d'autres pays européens, la France se divise sur le sujet de façon violente. Agressions contre des citoyens innocents et autres manoeuvres illégales, les "anti-ours" sont prêt à tout pour éviter la réintroduction de l'espèce dans son environnement naturel... Entre raison ou tort et raison du plus fort, il reste cependant une question cruciale à se poser : pourquoi le problème n'existe-t-il qu'en France ? Enquête sur la raison d'une déraison.

Avant toute chose il est important comme pour chaque problème de regarder ce qui se fait ailleurs :

La Slovénie, petit pays qui héberge près de 700 ours sur un territoire deux fois inférieur à celui des Pyrénées. Ces derniers vivent en liberté et en parfaite harmonie avec la population, sans aucun problème.

L'Espagne (où la polémique - comme en Slovénie - n'existe tout simplement pas) héberge près de 140 plantigrades dans les Asturies, avec l'aide de la population ! Là bas, personne, pas même les éleveurs, ne songe à remettre en question son existence qui procure du travail à des centaines de personnes et génère des revenus locaux très importants en matière de tourisme et de vente de produits du terroir notamment. L'ours a également permis la reforestation.

L'Italie, dans les Abruzzes, attire grâce à ses ours, des touristes du monde entier et les plantigrades font le bonheur de la population locale. Aucun problème particulier ne fait débat, pas même avec les éleveurs (la population de loups y est également très développée).

Qu'est ce que l'on reproche à l'ours ?

troupeau de mouton en estive

Le massacre des brebis. Selon les éleveurs, les ours seraient un danger important pour leurs troupeaux notamment pour les brebis. Les photos d'une brebis morte ou les témoignages des enfants sont utilisés pour communiquer sur ce point relativement important. Nous nous sommes donc penchés sur les chiffres en question... D'après le Ministère de l'Écologie, le cheptel ovin sur le versant français des Pyrénées compte environ 573 000 têtes. Dans ces régions, les éleveurs perdent entre 10 000 et 20 000 bêtes chaque année. Sur ces 10 à 20 000 pertes, environ 150 seraient liées à l'ours soit environ 1% des pertes.

Pourquoi ce "massacre" n'a pas lieu ailleurs ?

Tout simplement parce qu'en France, plus de la moitié des troupeaux d'élevage extensif pour la viande, est lâchée dans la nature, sans aucun gardiennage ou regroupement alors qu'ailleurs - ou ici même autrefois - les bergers vivent en montagne avec leurs troupeaux. Aujourd'hui, ils ne montent que 2 fois l'an en 4X4, se contentant de comptabiliser, en fin de saison, le nombre de têtes manquantes.

un chien Patou couché devant un troupeau

Il est à noter également que le chien de garde Patou, dont le financement est pris en charge par le Ministère de l'Écologie, permet d'éviter la majorité des problèmes pouvant avoir lieu, que ce soit avec les ours ou d'autres prédateurs. Mais ce n'est pas tout : selon le magazine Marianne (n° 88), chaque année, victimes de la concurrence des agneaux exotiques traités et congelés dont la grande distribution sature ses frigos, 700 000 brebis invendues finissent à l'équarrissage ! Dans le même temps, sur l'ensemble du pays ce sont 100 à 200 000 brebis qui sont tuées par des chiens errants ou l'orage en France. Les chiffres parlent d'eux-mêmes.

L'ours serait dangereux pour les humains

Selon les opposants à l'ours, après les brebis, le second problème proviendrait du danger de l'ours pour les humains, les promeneurs et leurs enfants. Or, en 150 ans, les Pyrénées n'ont connu aucune attaque d'ours contre un humain. A ce sujet Darha Dolenc, porte-parole du Ministère de l'Environnement slovène, a déclaré que les habitants des Pyrénées ne devraient pas avoir peur des ours puisque les Slovènes arrivent à vivre avec des centaines d'entre eux dans leur pays. "On les rencontre dans la forêt, ils ne sont pas agressifs et n'attaquent pas les gens, sans raison" (Source : BBC). On déplore des centaines d'accidents par an, dus par exemple aux morsures de chien, personne ne pense pour autant à interdire la présence de nos fidèles compagnons sur le territoire français...

des moutons et leur berger

Au final, les critiques proférées à l'encontre de l'ours (comme du loup d'ailleurs) sont totalement infondées, et curieusement, l'ours ne pose réellement un problème qu'aux seuls éleveurs Français. Heureusement, tous les éleveurs ne sont pas à mettre dans le même sac : citons notamment, l'Association pour la Cohabitation Pastorale (ACP) qui milite pour le maintien de la présence des ours dans les Pyrénées (contrairement à ce que l'on entend parfois dans les médias, il ne s'agit pas d’une réintroduction, car le plantigrade y est déjà présent, mais d'un renforcement de la population).

Mais alors si ces problèmes ne sont que de faux semblants, pourquoi les éleveurs posent-ils tant de problème en France ?

L'élevage est certes un domaine en crise, mais nullement à cause de l'ours ou du loup, mais plutôt à cause de la concurrence australienne et néo-zélandaise. En effet, bien que les ours ne représentent que moins de 1% des problèmes des éleveurs, il faut savoir que l'indemnisation moyenne pour une brebis tuée par un ours est de 280 euros alors que le prix de vente de la même brebis pour la filière viande tombe à 120 euros ! Certains éleveurs peu scrupuleux n'hésitent alors pas à essayer de mettre sur le dos de l'ours les 10 000 à 20 000 bêtes perdues chaque année : une véritable poule aux oeufs d'or !

Anti-ours, militants ou mouvement terroriste ?

Si les pro-ours acceptent malgré tout les opinions des anti-ours, la réciproque n'est pas de mise. Ainsi, des méthodes à la limite du terrorisme ont été utilisées sans aucun scrupule par ces pseudos "militants". Quelques extraits :

- "A l'issue de la manifestation organisée par des éleveurs anti-ours à Oloron devant la sous-préfecture le 9 juin, un groupe d'une trentaine de manifestants s'est arrêté au domicile de G. Caussimont, responsable du FIEP Groupe ours Pyrénées. Là, ils ont tenté d'introduire la carcasse d'une brebis morte dans la maison, l'opération ayant été empêchée par sa femme et l'un de ses enfants ! La brebis a été laissée dans le jardin et des menaces de mort ont été proférées à l'encontre de G.Caussimont"

- Selon le Rapport d'activité des Techniciens Pastoraux Itinérants : "Certains éleveurs, appuyés par des élus locaux, s'évertuent à saborder toute tentative de cohabitation. On constate des menaces non dissimulées à l'encontre des éleveurs qui seraient prêts à mettre des mesures de protection en place."

- "Nouvelle agression de la milice anti-ours : hier, 13 Mai, en rentrant de la manifestation contre l'ours à Bagnères de Bigorre, 5 bus d'opposants ariégeois et plusieurs voitures ont fait un détour par Arbas pour aller agresser les Arbasiens. Les enfants jouant sur la place du village ont été visés d'entrée et les adultes venus à leur secours, violemment battus. Le village est sous le choc, les habitants excédés par ces violences gratuites."

- "9 hommes et une femme défilent à la barre pour répondre de leurs actes : jets de bouteilles de sang sur la façade de la mairie d'Arbas et dans des logements privés, dégradation de mobilier urbain, destruction d’une statue en bois représentant un ours et violences sur personne."

Devons nous céder ainsi aux pressions d'une simple minorité, sous la menace et les agressions ? La France serait-elle devenue une zone de non-droit au même titre que certains pays totalitaires où cette notion est inexistante? Le débat ours/pas ours est et doit rester un débat. A partir du moment où ce débat se transforme en actes de terrorisme, il convient de faire appliquer la loi par tous les moyens mis à la disposition de l'État afin de garantir la liberté et les valeurs chères à notre pays.

Conclusion

un ours, cadré de face

Nicolas Hulot, expliquait notamment dans l'article du 12 mai 2006 publié par le journal Libération "L'ours qui cache la forêt" : "Il n'existe pas d'espèce qui n'ait sa raison d'être écologique, et dont la disparition n'entraîne à court ou moyen terme un préjudice inestimable... L'ours en France est un symbole fort, le dernier rempart du sauvage à l'assaut de nos convoitises matérielles, industrielles, urbaines. Disons haut et fort que dorénavant, nous ne tolérerons que les animaux de compagnie, d'élevage, de cirque et de zoos. Et que, chez nous, loups, ours, lynx, mais aussi vipères, guêpes (autrement plus dangereuses) et autres perturbateurs de notre quotidien doivent être éliminés et qu'ailleurs baleines, dauphins, rhinocéros ou autres gêneurs des activités humaines doivent également disparaître."

Au delà de tout débat, l'Homme n'a cessé d'essayer de modeler l'environnement à son image plutôt que de s'y adapter. De quel droit l'Homme pourrait-il chasser des espèces présentes depuis des millions d'années sur la planète pour son seul confort ? L'Homme doit apprendre à s'adapter à son environnement et à vivre en harmonie avec le monde qui l'entoure, certains pays ont réussi avec l'ours et d'autres espèces, alors pourquoi pas la France? Ce sera la conclusion de cet article.

Christophe Casalegno

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